Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303510

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303510
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2023, Mme A E D B, représentée par Me Bouix, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 mai 2023 du préfet de la Haute-Garonne en tant qu'il porte refus de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle dès notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros hors taxe à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Elle soutient que :

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

-l'urgence est présumée satisfaite dans l'hypothèse, comme en l'espèce, d'un refus de renouvellement de titre de séjour dès lors qu'une telle décision a pour effet de faire basculer la personne intéressée dans une situation de séjour irrégulier ;

-l'urgence est également satisfaite dès lors que la décision contestée a eu pour effet la perte du droit d'exercer son activité d'enseignante indépendante, activité qu'elle a débuté en octobre 2022 et qu'elle a développée à temps plein depuis la fin février 2023 à l'issue de sa formation en français langue étrangère, ses clients se retrouvant du jour au lendemain sans professeur d'anglais ;

-cette interruption d'activité risque de mettre en échec la viabilité de son entreprise qui est pourtant en plein essor ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-la décision contestée est insuffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet n'ayant pas pris en compte l'expansion de son activité d'enseignante durant les derniers mois avant son édiction ni pris en considération les témoignages de satisfaction de ses clients ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas tenu compte, pour apprécier la viabilité de son entreprise, de l'expansion d'activité telle qu'elle ressort des déclarations URSSAF des mois de mars, avril et mai 2023 ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation dès lors qu'elle perd le droit d'exercer son activité et d'enseigner et que ses clients se retrouvent du jour au lendemain sans professeur d'anglais alors qu'elle leur dispensait des cours depuis plusieurs mois.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête n° 2303517 enregistrée le 20 juin 2023 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (). ". L'article L. 522-3 de ce même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Mme D B, ressortissante singapourienne, est entrée en France le 13 juin 2022 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour mention " étudiant " valable jusqu'au 9 février 2023 pour suivre une formation en français langue étrangère dispensée par l'école internationale de langue et de civilisation françaises de l'Alliance française de Toulouse. Le 1er octobre 2022, elle a créé son entreprise individuelle d'enseignante en langue anglaise. Le 4 janvier 2023, elle a sollicité non pas le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", mais son changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de son activité indépendante de professeure d'anglais. Alors qu'elle a formé un recours contentieux, suspensif, contre la mesure d'éloignement prise à son encontre et qu'elle n'allègue pas ne pas disposer d'autres moyens de subsistance que ceux qu'elle tirait de son activité professionnelle d'enseignante indépendante, la seule circonstance selon laquelle la décision en litige occasionne pour elle la perte du droit d'exercer cette activité, laquelle est en outre récente, ne suffit pas à caractériser une situation d'urgence justifiant que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'intéressée conservant en tout état de cause la possibilité de déposer auprès du préfet une nouvelle demande de titre de séjour en faisant valoir tous éléments nouveaux. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter les conclusions de Mme D B tendant à la suspension de l'exécution de cette décision et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme AEe D B.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 3 juillet 2023.

Le juge des référés,

B. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,