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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304043

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304043

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, de demander à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de produire les extraits Themis relatifs à l'instruction de son dossier et toute preuve de la tenue d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle, ainsi que le dossier entier détenu par l'OFII autour de la demande de titre de séjour qu'il a présentée ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans le délai d'un mois à compter de cette même date un récépissé de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans le délai d'un mois à compter de cette même date un récépissé de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII a rendu son avis en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 452-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur " manifeste " d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré 29 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 7 juin 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hecht a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 11 avril 1983, déclare être entré en France le 15 mars 2022, après avoir quitté l'Ukraine le 2 mars 2022, sans toutefois en apporter la preuve. Une autorisation provisoire de séjour valable du 13 avril au 12 mai 2022 lui a été délivrée pour accomplir, notamment, toute démarche en vue de séjourner régulièrement en France. Le 19 mai 2022, il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 5 décembre 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 18 octobre 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, notamment de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

3. En second lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté attaqué, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de M. A, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux et personnalisé de sa situation. Dans ces circonstances, le fait que l'arrêté ne mentionne ni les vingt années que M. A a passées en Ukraine, ni la religion catholique qu'il déclare être la sienne n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen, étant observé que l'intéressé a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon son article R. 425-13: " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. " Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " () Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. " Et aux termes de l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 susvisée : " I. - La validité des délibérations organisées selon les modalités prévues aux articles 2 et 3 est subordonnée à la mise en œuvre d'un dispositif permettant l'identification des participants et au respect de la confidentialité des débats vis-à-vis des tiers. () ".

5. Les dispositions susmentionnées, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 14 novembre 2022 concernant la situation de M. A porte la mention, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, " Après en avoir délibéré, le collège de médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et a été signé par les trois médecins composant le collège. La circonstance que ces trois médecins exercent dans des villes différentes ne saurait permettre de tenir pour établi que l'avis n'aurait pas été rendu collégialement dès lors que la règlementation en vigueur précise que la délibération du collège de médecins peut prendre la forme d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. De plus, si l'intéressé soutient que la procédure suivie ne respecte pas les dispositions de l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 précité, il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que cette circonstance, à la supposer établie, l'aurait privé d'une garantie, ni qu'elle aurait été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision en litige. En outre, la circonstance que, dans le cadre d'une autre instance, l'OFII ait indiqué, dans l'un de ses mémoires, que " la collégialité n'est ni présentielle ni contemporaine, il n'y a pas d'audience ", n'est pas de nature à remettre en cause le caractère collégial de la procédure suivie dans la présente instance. Enfin, la circonstance que les débats parlementaires aient mentionné la possibilité d'une tutelle du ministère de la Santé sur le collège des médecins de l'OFII est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, le vice de procédure tiré de ce que le collège de médecins de l'OFII n'aurait pas délibéré collégialement doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. En l'espèce, le collège des médecins de l'OFII a rendu un avis le 14 novembre 2022 indiquant que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'il pouvait voyager sans risques vers son pays d'origine. Le requérant soutient qu'il souffre d'un stress post-traumatique trouvant son origine dans la guerre en Ukraine et d'un état dépressif, pour lesquels il bénéficie d'un traitement médicamenteux composé d'un antidépresseur quotidien et d'un anxiolytique à la demande, ainsi que d'un suivi médical et psychologique, respectivement une et deux fois par mois. S'il se prévaut d'un certificat médical dressé le 25 janvier 2023 par le Dr M., généraliste, qui indique : " l'absence de soins et de suivi aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité : tentative de suicide, dénutrition, trouble anxieux généralisé, trouble psychotique, comorbidités addictives. La probabilité de survenue de ces manifestations est très importante, et pourrait survenir dans un délai court s'il existait une rupture des traitements et du suivi médical. ", ainsi que du certificat dressé par ses deux psychologues le 9 février 2023, dans lequel elles indiquent que son état de santé ne serait pas compatible avec un voyage et qu'il ne pourrait pas " fonctionner au quotidien " sans son traitement médicamenteux et son suivi médical, toutefois ces deux certificats, peu circonstanciés et établis postérieurement à la décision attaquée, ne sont pas de nature à remettre en question l'avis du collège de médecins de l'OFII, alors même qu'il n'est pas allégué que M. A aurait antérieurement souffert de l'une des conséquences hypothétiques mentionnées. Enfin, si le requérant soutient que la rupture des liens avec ses soignants en France pourrait entraîner une décompensation psychologique et un suicide, il ne l'établit pas, étant observé que le certificat du Dr M. note seulement que " une rupture de ce lien pourrait faire perdre un bénéfice certain sur l'amélioration de son état de santé ". Au surplus, le requérant ne démontre pas, ni même n'allègue, que son traitement médicamenteux et son suivi médical actuels ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine, le Bangladesh, ainsi que le mentionne l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit ou une erreur d'appréciation, en méconnaissance de l'article L. 425-9 précité, en toutes hypothèses.

9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et le préfet ne s'est pas prononcé d'office sur une éventuelle admission à ce titre. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale susvisé, qui est inopérant à l'encontre du refus de séjour, doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas d'attache familiale, sociale ni professionnelle en France, où il ne réside que depuis le mois d'avril 2022. La circonstance qu'il aurait résidé 20 ans en Ukraine et qu'il aurait été persécuté en raison de sa religion dans son pays d'origine, le Bangladesh, au demeurant non établies, sont sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à M. A n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.() ".

13. Ainsi qu'il a été exposé au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut de prise en charge médicale entraînerait pour l'état de santé de M. A des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'article L. 611-3 précité.

14. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Ainsi qu'il a été dit au point 10, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans charge de famille ni insertion socio-professionnelle en France, où il ne réside que depuis mars 2022. En outre, il ne conteste pas conserver des attaches familiales dans son pays d'origine, le Bangladesh, où il a vécu au moins jusqu'à ses 19 ans. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Pour les mêmes motifs et en l'absence de tout élément circonstancié à l'appui de sa requête, M. A ne saurait soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne le pays de destination :

17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

18. D'une part, ainsi qu'il a été exposé au point 8, M. A ne démontre pas que le défaut de prise en charge médicale entraînerait pour son état de santé des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni même, au surplus, que son traitement médicamenteux et son suivi médical ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine. D'autre part, s'il allègue qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, en raison de sa religion catholique, il ne le justifie par aucune pièce. Par suite, ce dernier moyen ne peut qu'être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 5 décembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.Cs A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTO La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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