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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304250

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304250

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAINIER-SCHALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces complémentaires enregistrés les 20 juillet 2023 et 9 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Mainier-Schall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 février 2023, par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de résidence de dix ans sur le fondement de l'accord franco-tunisien dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens ainsi que la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation car il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 10 avril 2024 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 9 août 1996 à Sbeitla (Tunisie), ressortissant tunisien, est entré en France pour la première fois en 2018 selon ses déclarations. En conséquence de son mariage contracté le 19 octobre 2019 avec Mme B, ressortissante française, il a obtenu un visa long séjour " vie privée et familiale " sur le fondement du 4° de l'article R. 311-3 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 28 décembre 2020 au 28 décembre 2021. De cette union est né à Toulouse le 10 novembre 2021, D C, de nationalité française. M. C a par la suite obtenu un titre de séjour " vie privée et familiale " valable du 29 décembre 2021 au 28 décembre 2022. Il a sollicité le 24 octobre 2022 le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par une décision du 13 février 2023, notifiée le 31 mai 2023 à M. C, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer la carte de résident de dix ans au motif que celui-ci constituait une menace pour l'ordre public. Le 30 mai 2023, cette même autorité lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle valable du 24 avril 2023 au 23 avril 2025.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 10 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français () c) au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ".

3. Ces stipulations ne privent pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

4. En l'espèce, le préfet de la Haute-Garonne, pour refuser la délivrance d'une carte de résidence de dix ans, s'est fondé sur l'existence d'une menace à l'ordre public qui ferait obstacle à la délivrance de plein droit de ladite carte de résidence. Il est à ce titre fait mention dans la décision attaquée de la condamnation de l'intéressé, le 25 octobre 2019 par le président du tribunal de grande instance de Toulouse à 750 euros d'amende et 6 mois de suspension de permis de conduire pour circulation sans assurance, prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales, et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, faits commis concomitamment le 12 septembre 2019. Si ces faits sont indéniablement sérieux et sont constitutifs d'infractions pénales, ils remontaient à plus de trois ans à la date de la décision attaquée, n'ont donné lieu qu'à une condamnation sans peine d'emprisonnement, et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait commis d'autres infractions pénales ou faits de nature à menacer l'ordre public ou que les circonstances de ces infractions, qui demeurent inconnues et sur lesquelles le tribunal ne dispose d'aucune information, révèleraient une telle menace. Par ailleurs, M. C est entré sur le territoire français de manière régulière, muni d'un visa long séjour délivré par les autorités françaises postérieurement à sa condamnation. Dans ces conditions, et dans les circonstances de l'espèce, la menace à l'ordre public n'est pas suffisamment caractérisée en l'espèce, pour faire obstacle à la délivrance à M. C d'une carte de résidence de dix ans en qualité d'ascendant d'un enfant de nationalité française.

5. D'autre part, il n'est pas contesté que M. C est le père D C, ressortissant français, né le 10 novembre 2021 à Toulouse ni qu'il exerce l'autorité parentale sur ce dernier et subvienne effectivement à ses besoins. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme entretenant de réels liens affectifs avec son enfant. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, au regard des éléments existants à la date de l'arrêté attaqué, le préfet de la Haute-Garonne, en refusant de délivrer la carte de résidence de dix ans à M. C a commis une erreur de droit ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à soutenir que la décision en date du 13 février 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'une carte de résidence de dix ans doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. le présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation retenu, que soit délivré à M. C une carte de résidence valable dix ans, en qualité de parent d'enfant français résidant en France, sous réserve d'un changement de circonstance de fait ou de droit survenu depuis l'intervention de la décision attaquée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est dans la présente instance la partie perdante, une somme de 1 500 euros au profit de Me Mainier-Schall sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 13 février 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. C un certificat de résidence valable dix ans, en qualité de parent d'enfant français résidant en France, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mainier-Schall une somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la demande est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, Me Mainier-Schall et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024

Le président, rapporteur,

P. GRIMAUD

L'assesseur le plus ancien,

A. LEQUEUX La greffière,

M.-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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