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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305135

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305135

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2023, et un mémoire enregistré le 29 novembre 2023, M. A D, représenté par Me Galinon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi sur l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet ne pouvait lui opposer l'absence de visa de long séjour dans le cadre de l'instruction de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit en ce qu'il ne pouvait, sans ajouter à la loi, appliquer un critère relatif aux diplômes et à l'expérience, qui est retenu uniquement pour les étrangers étudiants et ne s'applique plus à l'admission exceptionnelle au séjour aux termes de la circulaire du 12 juillet 2021 ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- le tribunal se réfèrera aux moyens développés concernant la demande d'annulation de la décision de refus de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- le tribunal se réfèrera aux moyens développés concernant la demande d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant fixation du pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2024.

Par une ordonnance du 29 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2021-360 du 31 mars 2021 relatif à l'emploi d'un salarié étranger ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Poupineau,

- et les observations de Me Galinon, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant de la République démocratique du Congo, est entré en France le 6 août 2018, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour en cours de validité. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 8 novembre 2018 mais sa demande a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 novembre 2020. A la suite de cette décision, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée par le préfet du Gers par un arrêté du 25 novembre 2020, qui a cependant été annulé par un jugement du 11 février 2021 du tribunal administratif de Pau. Il a alors sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de ses attaches familiales et d'une promesse d'embauche pour un emploi d'agent de propreté des bâtiments. Par un arrêté du 24 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 20 mars 2024, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E B, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation accordée par le préfet de la Haute-Garonne par un arrêté du 13 mars 2023 publié le 15 mars suivant au recueil des actes administratifs spécial (n° 31-2023-099), à l'effet de signer notamment les décisions défavorables au séjour et les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. D'une part, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne ne s'est pas fondé sur le motif tiré de l'absence de justification par l'intéressé de la possession d'un visa de long séjour pour rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour mais a examiné l'opportunité de le faire bénéficier d'une mesure de régularisation, en appréciant notamment l'intensité de ses liens avec le territoire national et, s'agissant de l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, sa qualification et son expérience professionnelle au regard des caractéristiques de l'emploi envisagé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. D'autre part, si le décret n°2021-360 du 31 mars 2021 relatif à l'emploi d'un salarié étranger a recentré l'instruction des demandes d'autorisation de travail sur les seuls critères d'opposabilité de la situation de l'emploi, du niveau de rémunération et du respect par l'entreprise de ses obligations légales, cette réforme ne concerne que la délivrance d'un titre de séjour salarié de droit commun et non l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. A cet égard, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 12 juillet 2021 du ministère de l'intérieur et du ministère du travail, de l'emploi et de l'insertion, qui est dépourvue de portée normative et qui, au demeurant, ne comporte pas de prescriptions nouvelles s'agissant de l'instruction des demandes d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Enfin, M. D fait valoir qu'il résidait en France depuis près de cinq ans à la date de la décision attaquée et se prévaut de la présence sur le territoire français de son père, de ses deux sœurs et de son frère, tous de nationalité française. Toutefois, il n'établit pas entretenir des liens particuliers avec ces derniers dont il a vécu séparé pendant plusieurs années. Par ailleurs, à la date de la décision attaquée, il était célibataire et sans charge de famille en France et n'était pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il a quitté à l'âge de 28 ans et où résidaient, selon ses déclarations, sa mère et ses deux enfants mineurs. Enfin, il ne justifie pas d'une intégration particulière. En conséquence, eu égard à sa situation personnelle et familiale, M. D n'établit pas l'existence d'un motif exceptionnel ou de considérations humanitaires justifiant que lui soit délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, la durée du séjour ne constituant pas un tel motif. S'il ressort des pièces du dossier que M. D a bénéficié d'une promesse d'embauche, le 7 décembre 2021, assortie d'une demande d'autorisation de travail pour un poste d'agent de propreté des immeubles, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps plein, et qu'une nouvelle demande d'admission d'autorisation de travail pour le même poste, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel, a été établi le 22 juillet 2022 par la même société, cet élément n'est pas à lui seul suffisant, au regard de son absence d'expérience et de qualifications professionnelles et des caractéristiques de l'emploi concerné, pour le faire regarder comme justifiant d'un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour en qualité de salarié. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. D sur le fondement de ces dispositions.

9. En troisième lieu, le moyen soulevé par M. D et tiré de la méconnaissance par l'arrêté attaqué de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent.

10. En quatrième et dernier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. D n'est pas fondé à exciper de son illégalité pour contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Cette dernière n'étant pas davantage entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la mesure fixant le pays de destination doit également être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 24 juillet 2023. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. D.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Galinon et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU

L'assesseure la plus ancienne,

M. ROUSSEAULa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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