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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305365

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305365

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 septembre 2023 et le 13 février 2024, Mme C B, représentée par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 12 mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité avec droit au travail ou à tout le moins de réexaminer sa situation en la munissant d'une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachés d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 5 de l'article 6 de l'accord-franco algérien ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de motivation en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :

- elle est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est dépourvue de motivation en droit et en fait ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 13 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, appelé en la cause, conclut à la disponibilité des soins et traitements dans le pays d'origine de la requérante.

Par une décision du 6 décembre 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 29 mars 1980, est entrée en France le 12 janvier 2023 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 10 mars 2023, elle a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 20 juillet 2023, la préfète de l'Ariège a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que la préfète de l'Ariège a visé les stipulations de l'accord franco-algérien, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également exposé le contenu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), et retracé les principaux éléments de la situation familiale et personnelle de la requérante, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour. Dans ces conditions, et alors que la préfète n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, la décision portant refus de séjour comprend les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet à Mme B d'en comprendre le sens et la portée et d'en contester utilement les motifs, elle est donc suffisamment motivée. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Dès lors le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces deux décisions doit être rejeté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, la préfète délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R.425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R.425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article () ". Si les stipulations de l'accord franco-algérien régissent intégralement les conditions de fond pour l'obtention par un ressortissant algérien d'un titre de séjour au regard de son état de santé, elles ne font pas obstacle à l'application des dispositions de droit interne régissant la procédure de délivrance d'un tel titre de séjour. Ainsi, pour les ressortissants algériens, en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de délivrer la carte de séjour " vie privée et familiale " pour raisons de santé est prise par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

5. Il ressort de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 12 juin 2023, produit par la préfète dans le cadre de la présente instance, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que celui-ci a été rendu, d'une part, sur la base d'un rapport médical établi par le Dr A le 1er juin 2023 et, d'autre part, après délibération des Drs Theis, Mauza et Quillot, ce qui résulte de la mention " Après en avoir délibéré, le collège de médecins de l'OFII émet l'avis suivant ". Ainsi, l'avis a été émis de manière collégiale au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'OFII. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté, dans ses deux branches.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

7. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un ressortissant algérien qui en fait la demande sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale en Algérie. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause en Algérie. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut pas en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment au coût du traitement ou à l'absence de mode de prise en charge adapté, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie.

8. Dans le présent dossier, le collège de médecins de l'OFII, par un avis rendu le 12 juin 2023, a considéré que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, son état de santé lui permettant en outre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

9. Il ressort du certificat médical établi le 18 août 2023 par le praticien hospitalier qui assure son suivi, que Mme B, porteuse du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), diagnostiqué au cours de l'année 2009, bénéficie à ce titre d'un suivi spécialisé régulier depuis le 30 janvier 2023 au sein du service de médecine interne du centre hospitalier intercommunal des vallées de l'Ariège et d'un traitement par trithérapie d'antirétroviraux, composé d'un comprimé de Triumeq par jour. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle a développé, en lien avec sa pathologie initiale, deux pleurésies survenues en 2007 et 2010 qui ont été traitées par corticothérapie, ainsi qu'une sinusite maxillaire gauche fongique aspergillaire et des complications biliaires, ces deux dernières pathologies ayant nécessitées des interventions chirurgicales. Alors qu'il est constant que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la requérante soutient qu'elle ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie, dès lors que l'une des substances composant le Triumeq, le Dolutegravir, n'y est pas disponible. Toutefois, il ressort des extraits de fiche Medcoi produites par l'OFII, que le traitement dont bénéficie Mme B est disponible dans son pays d'origine, au sein de l'établissement hospitalier spécialisé en maladies infectieuses " El Hadi Flici " d'Alger. Par ailleurs, la requérante, qui invoque son impécuniosité et mentionne que le coût du traitement s'élève à 635,05 euros par mois et qu'il est intégralement pris en charge par la couverture médicale dont elle bénéficie en France, n'apporte toutefois aucun élément concernant la couverture sociale à laquelle elle pourrait prétendre en Algérie, alors qu'il ressort au contraire des éléments produits en défense que ce pays a lancé, depuis l'année 2020, un plan national stratégique de lutte contre le VIH, qui prévoit notamment un accompagnement universel et gratuit dans les quinze centres de référence du pays. Dans ces conditions, les éléments produits par Mme B ne suffisent pas à infirmer l'appréciation portée par les médecins de l'OFII quant à la possibilité qu'elle puisse bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Ariège aurait méconnu les stipulations précitées du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation médicale de la requérante.

10. En deuxième lieu, Mme B ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'elle peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lesquelles ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens dont le droit au séjour sur le territoire français est régi de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ".

12. Mme B fait valoir qu'elle a fixé désormais le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Toutefois, l'intéressée, qui était présente en France depuis seulement sept mois à la date de la décision contestée, ne justifie pas avoir noué des liens particulièrement intenses, stables et anciens sur le territoire français et n'apporte aucun élément relatif à ses conditions réelles d'intégration personnelle et professionnelle. De même, elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-trois ans. Si elle se prévaut de la présence de sa fille sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que celle-ci est majeure et se trouve également en situation irrégulière. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit ainsi être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète sur les conséquences de cette décision sur la situation personnelle de la requérante ne peut qu'être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

14. Ainsi que rappelé précédemment, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Par conséquent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale ne peut être utilement invoqué par Mme B à l'appui de ses conclusions. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

15. Les éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de Mme B, tels que décrits précédemment, y compris son état de santé qui nécessite une prise en charge médicale, ne constituent pas des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels susceptibles de justifier son admission au séjour dans le cadre du pouvoir de régularisation du préfet. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste que la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer, à titre exceptionnel, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

17. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que l'interruption de son traitement et de sa surveillance médicale entraînerait pour Mme B des conséquences exceptionnellement graves et qu'elle ne peut accéder à ces soins en Algérie, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

18. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre elle relève que l'intéressée, de nationalité algérienne, n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit donc être rejeté.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

20. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Et selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

21. Mme B soutient qu'elle est exposée à une situation inhumaine et dégradante en Algérie dès lors qu'elle ne pourrait bénéficier de manière effective dans ce pays du traitement que nécessite son état de santé. Toutefois, pour les raisons exposées au point 9 du présent jugement, le risque allégué n'est pas établi. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par voie de conséquence, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

23. En deuxième lieu, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, elle est donc suffisamment motivée et le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.

24. En troisième et dernier lieu, l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Et l'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

25. Il résulte de ce qui précède que la requérante est entrée en France récemment et ne possède pas de liens personnels et familiaux sur le territoire français d'une particulière intensité. Dans ces conditions, en dépit de l'absence de comportements troublant l'ordre public, de précédentes mesures d'éloignement et en l'absence de circonstances humanitaires, la préfète de l'Ariège n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées au point précédent en prononçant à l'encontre de l'intéressée une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, ce même préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la situation de la requérante.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 juillet 2023 présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, Me Kosseva-Venzal, et au préfet de l'Ariège et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Préaud, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

C. PEAN La présidente,

C. VISEUR-FERRE

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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