Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305605
jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2305605 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 septembre 2023 et le 29 septembre 2023, M. D B A, représenté par Me Ricci, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 10 août 2023 par laquelle le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour portant mention " travailleur temporaire ", l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer, à titre provisoire et dans l'attente du jugement au fond, le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
s'agissant de la condition tenant à l'urgence :
-l'urgence est présumée satisfaite dans l'hypothèse, comme en l'espèce, d'un refus de renouvellement de titre de séjour dès lors qu'une telle décision a pour effet de faire basculer la personne intéressée dans une situation de séjour irrégulier ;
-cette décision a pour effet de le maintenir dans une situation irrégulière sur le territoire national et le prive, en conséquence, de tout droit au travail en France et donc de toute ressources économiques et aides sociales, le plongeant ainsi dans une situation financière critique ;
-elle l'empêche en particulier d'intégrer le poste d'assistant d'éducation (AED) au collège Marcel Pagnol de Mazamet pour lequel il était destiné au 1er septembre 2023, au titre donc de la rentrée scolaire qui vient juste de débuter, empêchement qui sera levé dans de très brefs délais dans l'hypothèse où le juge des référés vient à rendre une décision favorable avec injonction de lui délivrer le titre de séjour ainsi sollicité ;
-il a procédé rapidement aux diligences utiles pour contester la décision litigieuse ;
s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
-la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 412-1, L. 436-5 et R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que, alors qu'il a présenté dans les délais fixés une demande de renouvellement de titre de séjour, le préfet lui a opposé l'absence de justification d'un visa long séjour ;
-en lui opposant également le fait qu'il ne justifie pas d'une autorisation de travail, ce alors qu'en application des dispositions des articles R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail, le traitement de cette demande relève de la compétence du préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège, soit en l'espèce le préfet du Tarn lui-même, et alors que la demande d'autorisation qu'il a déposée est toujours en cours d'instruction, l'autorité préfectorale a commis une erreur de droit ;
en ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
-ces décisions sont privées de base légale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors, d'une part, que M. B A, en ayant déposé sa requête en référé 30 jours après la notification de la décision contestée, ne démontre pas que cette décision lui porterait un préjudice grave et immédiat, d'autre part, que s'il fait état d'une promesse d'embauche, celui-ci est postérieure à l'expiration de la validité de son visa et qu'il était donc, alors, en situation irrégulière sur le territoire français ;
-et qu'aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
-les autres pièces du dossier ;
-la requête n° 2305610 enregistrée le 18 septembre 2023 tendant à l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2023, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :
-le rapport de M. C, qui a informé M. B A et son conseil que les conclusions à fin de suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi étaient irrecevables,
-et les observations de Me Ricci, représentant M. B A, qui a repris ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, de nationalité mexicaine, déclare être arrivé en France le 25 septembre 2022, sous couvert d'un visa D long séjour mention " travailleur-temporaire ", dont la validité expirait au 25 mai 2023. Par un arrêté du 23 juin 2022, le recteur de l'académie de Toulouse l'a nommé en qualité d'assistant étranger en langues vivantes pour enseigner l'espagnol auprès du lycée général et technique Maréchal Soult à Mazamet dans le Tarn pour la période courant du 1er octobre 2022 au 30 mai 2023. Par une lettre datée du 7 juin 2023, la principale du collège Marcel Pagnol de Mazamet a déclaré son intention de vouloir embaucher l'intéressé en tant qu'assistant d'éducation (AED) au collège Marcel Pagnol à partir du 1er septembre 2023 jusqu'au 31 août 2024. Le 12 juin 2023, M. B A a sollicité auprès des services de la préfecture du Tarn la délivrance d'un titre de séjour " salarié-travailleur temporaire " en faisant valoir à l'appui de sa demande cette promesse d'embauche. Par décision du 10 août 2023, le préfet du Tarn a rejeté cette demande, a assorti cette demande d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. M. B A, qui par la voie de son conseil a renoncé à ses conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la seule décision portant refus de titre de séjour.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B A.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
4. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Selon l'article L. 436-5 de ce code : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 411-2, le renouvellement d'un titre de séjour demandé après l'expiration du délai requis pour le dépôt de la demande donne lieu, sauf cas de force majeure ou présentation d'un visa en cours de validité, à l'acquittement d'un droit de visa de régularisation de 180 euros. ". Enfin aux termes de l'article R. 431-8 : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. () ".
5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".
6. Il ressort des pièces versées dans l'instance que pour refuser à M. B A la délivrance du titre de séjour qu'il a sollicité, le préfet lui a opposé l'absence de justification d'un visa long séjour valide à la date du dépôt de cette demande, en se fondant sur les dispositions précitées de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce faisant, le préfet a regardé la demande présentée par l'intéressé comme étant une première demande, celle-ci ayant été déposée le 12 juin 2023, soit postérieurement à l'expiration de la validité de son visa de long séjour le 25 mai 2023. Toutefois, eu égard au faible délai qui s'est écoulé entre la fin de validité de ce visa D long séjour mention " travailleur-temporaire " et la date de dépôt de sa demande, que l'intéressé a au demeurant qualifiée de demande de renouvellement, et alors que l'article L. 436-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit expressément l'acquittement d'un droit de visa de régularisation lorsque le renouvellement d'un titre de séjour est demandé après l'expiration du délai requis pour le dépôt de la demande, et dès lors que le préfet du Tarn ne fait valoir aucun cas de force majeure susceptible de faire obstacle à cette régularisation ni n'allègue que M. B A ne serait pas disposé à s'acquitter de la somme de 180 euros en contrepartie de cette régularisation, le moyen tiré de ce que la décision en litige est entaché d'erreur de droit apparaît propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
7. Il ressort des pièces versées dans l'instance que la principale du collège Marcel Pagnol de Mazamet a déposé une demande d'autorisation de travail sur la plateforme du ministère de l'intérieur et des outre-mer en date du 2 juin 2023. A la date de la présente ordonnance, l'instruction de cette demande, qui semble avoir été suspendue en l'absence de production d'un titre de séjour en cours de validité concernant M. B A, n'apparaît pas pour autant avoir été clôturée et est donc réputée toujours en cours. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Tarn a commis une erreur de droit en rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour au motif qu'il ne justifie pas d'une autorisation de travail apparaît également propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
8. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
9. Eu égard à ce qui a été dit au point 6 ci-dessus, la demande présentée par doit être regardée comme une demande de renouvellement du titre de séjour dont il bénéficiait jusqu'au 25 mai 2023. Il peut dès lors se prévaloir d'une présomption d'urgence. En tout état de cause, le fait que la décision contestée l'empêche d'intégrer le poste d'assistant d'éducation (AED) au collège Marcel Pagnol de Mazamet qu'il aurait dû prendre dès le 1er septembre 2023 suffit à révéler une situation d'urgence justifiant le prononcé de mesures provisoires en référé, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu'aucun intérêt public ne s'y oppose.
10. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 10 août 2023 du préfet du Tarn.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Tarn de délivrer à M. B A, à titre provisoire et dans l'attente du jugement au fond, le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
12. M. B A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son conseil peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Ricci, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 10 août 2023 du préfet du Tarn est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. B A, à titre provisoire et dans l'attente du jugement au fond, le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 4 : L'Etat versera à Me Ricci au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 une somme de 1 500 euros, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M.Do B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Ricci.
Une copie en sera adressée au préfet du Tarn.
Fait à Toulouse, le 5 octobre 2023.
Le juge des référés,
B. C
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
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