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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305942

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305942

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Laspalles, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 25 juillet 2023 de la commission de médiation de la Haute-Garonne portant rejet de son recours amiable en vue d'une offre de logement ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à la commission de médiation de la Haute-Garonne de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement et de lui attribuer un logement adapté à ses besoins, ce dans le délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa situation à l'aune de la motivation de l'ordonnance à intervenir, sous les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

-l'urgence est satisfaite dès lors que la décision litigieuse, en raison de son objet et de ses effets, et compte tenu de son illégalité, porte une atteinte grave et immédiate à sa situation dès lors qu'il se trouve privé de son droit à se voir proposer un logement alors qu'il remplit l'ensemble des conditions posées par la loi pour en bénéficier et qu'il ne peut donc mener une existence normale ;

-alors que sa demande était motivée par une menace d'expulsion locative, sans relogement ainsi que l'attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, la commission de médiation a rejeté cette demande au motif qu'il existerait des incertitudes quant à son autonomie et il appartenait alors à cette commission d'investiguer sur ce point et de le mettre en mesure de s'expliquer et de dissiper les doutes qui pouvaient encore exister ;

-il est en réalité autonome et remplit toutes les conditions posées par la loi, se trouve sous la menace d'une expulsion de son logement, de sorte que sa situation doit être regardée comme prioritaire ;

-il n'est pas à l'origine des troubles de voisinage invoqués par l'administration, ayant été lui-même personnellement victime de la personne qu'il a hébergée par humanité, ladite personne ayant quitté les lieux, ce il y a plusieurs mois, en mars 2023 ;

-il ressort d'ailleurs de la fiche demandeur de logement social que sa demande concernait une personne seule, lui-même ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-il n'a pas été procédé à un examen individualisé de sa situation ainsi qu'il ressort de la motivation de la décision litigieuse ;

-cette décision est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que, alors que sa demande était motivée par une menace d'expulsion locative, sans relogement ainsi que l'attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, la commission de médiation a rejeté cette demande au motif qu'il existerait des incertitudes quant à son autonomie, ce alors qu'il est en réalité autonome et remplit toutes les conditions posées par la loi, se trouve sous la menace d'une expulsion imminente de son logement, qu'il n'est pas à l'origine des troubles de voisinage invoqués par l'administration et est de bonne foi, ayant été lui-même personnellement victime de la personne qu'il a hébergée par humanité, ladite personne ayant quitté les lieux, ce il y a plusieurs mois, en mars 2023 ;

-en tout état de cause, la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, sa situation devant nécessairement être regardée comme prioritaire ;

-cette décision est entachée d'une erreur de droit en ce que la commission de médiation s'est estimée, à tort, en situation de compétence liée en s'abstenant d'user de la faculté, prévue par l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, de déclarer une demande de logement ou d'hébergement prioritaire et devant être satisfaite en urgence, quand bien même la personne ne remplirait qu'incomplètement les critères prévus par les textes réglementaires applicables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

-s'agissant de la condition tenant à l'urgence, les éléments portés à la connaissance de la commission de médiation n'exonèrent pas le requérant de sa responsabilité vis-à-vis des tiers du comportement des personnes qu'il accueille chez lui de façon temporaire ou permanente et ne démontrent pas sa bonne foi ;

-et qu'aucun des autres moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête n° 2305411 enregistrée le 7 septembre 2023 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 octobre 2023, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :

-le rapport de M. B,

-et les observations de Me Laspalles, représentant M. C, qui a repris ses écritures, en insistant particulièrement sur l'imminence de l'expulsion locative ainsi que sur l'indigence du motif de rejet du recours amiable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, il résulte des éléments versés dans l'instance, ainsi que des échanges tenus lors de l'audience, que par un jugement du 10 novembre 2022, le tribunal judiciaire de Toulouse a prononcé la résiliation du bail locatif dont était titulaire M. C depuis le 3 mai 2018 concernant l'appartement situé 15 rue de la Colombette à Toulouse, ce aux torts exclusifs du locataire. L'intéressé a été informé, le 22 août 2023, que le concours de la force publique pour procéder à son expulsion dudit logement avait été accordé, expulsion qui est donc susceptible d'intervenir de façon imminente. Les effets de la décision contestée, par laquelle la commission de médiation de la Haute-Garonne a rejeté son recours amiable en vue d'une offre de logement et qui a donc considéré que sa demande ne présentait pas un caractère prioritaire, sont de nature à l'exposer au risque d'être mis à la rue sans solution de relogement. Ces considérations révèlent une situation d'urgence justifiant le prononcé de mesures provisoires en référé, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu'aucun intérêt public ne s'y oppose.

Sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () / - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

6. Pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Lorsqu'un demandeur bénéficiant d'un logement dans le parc social invoque le premier alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour être reconnu prioritaire en vue d'être relogé en urgence dans un autre logement social, en se bornant à faire valoir qu'il n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement social locatif dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4, la commission de médiation peut se fonder, pour refuser de le déclarer prioritaire, sur la circonstance qu'il ne justifie pas de motifs sérieux de vouloir quitter le logement social qu'il occupe.

7. En l'espèce, il ressort des énonciations de la décision litigieuse que, alors M. C a motivé son recours amiable en vue d'une offre de logement par le fait, notamment, qu'il est sous la menace d'une expulsion locative, la commission de médiation a rejeté cette demande au motif qu'il existerait des incertitudes quant à son autonomie. Pour justifier cette décision, le préfet de la Haute-Garonne, dans ses écritures en défense, se fonde implicitement sur les énonciations du jugement du 10 novembre 2022 par lequel le tribunal judiciaire de Toulouse a prononcé la résiliation du bail locatif dont était titulaire M. C à ses torts exclusifs, soit le comportement déplacé et agressif de sa compagne depuis plusieurs années, le jugement détaillant les nombreux troubles de voisinage occasionnés. Le préfet en infère l'absence de bonne foi de l'intéressé, lequel doit selon lui être tenu pour responsable de ces agissements. Cependant, le préfet ne conteste pas l'affirmation de M. C selon laquelle la personne auteure de ces agissements n'était en réalité pas sa compagne et qu'en tout état de cause, il ne l'héberge plus depuis mars 2023, date à laquelle elle se serait vu attribuer un logement. Dans ces conditions, et au vu de la motivation lapidaire de la décision contestée, le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'un défaut d'examen individualisé de la situation de l'intéressé apparaît propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 25 juillet 2023 de la commission de médiation de la Haute-Garonne.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son conseil peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 400 euros au bénéfice de Me Laspalles, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 25 juillet 2023 du préfet de la Haute-Garonne est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Me Laspalles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 une somme de 400 euros, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Laspalles.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 19 octobre 2023.

Le juge des référés,

B. B

La greffière,

P. TUR

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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