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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306273

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306273

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulouse a examiné la requête de M. B, ressortissant ivoirien, contestant l'arrêté du préfet de l'Ariège du 13 septembre 2023 lui refusant un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de douze mois. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen, de la méconnaissance du droit d'être entendu et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, la requête de M. B a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Gontier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu préalablement au prononcé de toute décision individuelle défavorable ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire ; il a été privé de la possibilité de présenter des observations ; la décision méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire ; il a été privé de la possibilité de présenter des observations ; la décision méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 8 mars 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- et les observations de Me Gontier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, né le 25 décembre 2002, a déclaré être entré en France le 1er avril 2019. Par un jugement du 24 octobre 2019, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Toulouse a ordonné son placement au sein du service de l'aide sociale à l'enfance de Haute-Garonne jusqu'à sa majorité. Le 22 octobre 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de jeune majeur pris en charge par l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize et dix-huit ans, sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable. Par un arrêté du 27 janvier 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 2102132 du 2 juin 2022 du tribunal administratif de Toulouse puis par une ordonnance n° 22TL21532 du 11 janvier 2023 de la cour administrative d'appel de Toulouse, la préfète de l'Ariège a refusé son admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de douze mois. Suite à son interpellation par les services de police de Foix, le préfet de l'Ariège, par un arrêté du 4 avril 2022, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour de trente-six mois. Le 4 octobre 2022, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié. Par un arrêté du 13 septembre 2023, le préfet de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par la présente requête, M. B au tribunal d'annuler cet arrêté du 13 septembre 2023.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2024, ses conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

4. Il ressort des termes de la décision contestée que le préfet de l'Ariège a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de M. B ainsi que les conditions de son entrée en France et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que celui-ci ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour sollicité et a exposé les principaux éléments de sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions et alors que le préfet n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, la décision portant refus de de délivrance d'un titre de séjour comprend les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet au requérant d'en comprendre le sens et la portée et d'en contester utilement les motifs, elle est donc suffisamment motivée et le moyen doit être rejeté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et suffisant de la situation personnelle de M. B avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, le préfet de l'Ariège fait valoir, sans être contredit, que M. B n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ressort des termes de la décision attaquée qu'il n'a pas examiné de lui-même une telle demande. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces articles.

7. En quatrième lieu, le droit d'être entendu au sens de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Il appartient donc aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. L'étranger qui sollicite un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, est en mesure de faire valoir, lors du dépôt de sa demande, toute circonstance ou pièce qu'il juge pertinente de soumettre à l'autorité administrative. Il a donc la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par suite, M. B, qui était en mesure de présenter toutes observations opportunes à l'appui de sa demande de titre de séjour, n'est pas fondé à soutenir que la procédure menée par le préfet l'Ariège aurait méconnu son droit d'être entendu.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France le 1er avril 2019 selon ses déclarations, a été confié, par un jugement en assistance éducative du 24 octobre 2019, aux services de l'aide sociale à l'enfance de la Haute-Garonne jusqu'à sa majorité. Il a signé un contrat de formation en apprentissage de CAP pâtissier d'une durée de trente-six mois du 1er septembre 2020 au 31 août 2023 et produit une attestation établie le 14 avril 2021 par son employeur faisant état de sa bonne insertion professionnelle. Le 22 octobre 2020, dans l'année de ses dix-huit ans, M. B a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a été définitivement rejetée. A la suite à son interpellation par les services de police de Foix, le préfet de l'Ariège lui a de nouveau fait obligation de quitter le territoire le 4 avril 2022, en prononçant en outre à son encontre une interdiction de retour de trente-six mois. Si le requérant se prévaut, pour contester le rejet par le préfet de l'Ariège de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 4 octobre 2022, de son intégration professionnelle, l'attestation établie par le responsable de l'association Emmaüs qu'il produit, mentionnant que M. B est compagnon au sein de cette communauté depuis le 1er juillet 2023 et qu'il y exerce à temps complet l'activité de cuisinier ne saurait, à elle seule, démontrer une insertion sociale et professionnelle, ancienne et stable, sur le territoire français, ainsi que l'existence de liens sociaux particuliers, stables et durables, qu'il aurait noués en France. Par ailleurs, M. B, célibataire, n'établit pas qu'il se trouverait en situation d'isolement en cas de retour en Côte d'Ivoire, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses frères. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. B est enregistré au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants. Dans ces conditions, le préfet de l'Ariège, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté une atteinte excessive au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B doit être rejeté.

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". En application de ces dispositions, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement de ces dispositions, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour, dont il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'elle était suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. Or, le requérant n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il aurait été empêché de communiquer aux services de la préfecture des informations utiles relatives notamment à sa situation personnelle avant que soit prise la mesure d'éloignement litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

13. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B avant d'édicter la décision en litige.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles il repose. Dès lors, la décision est suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, abrogées par l'article 6 de l'ordonnance du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen invoqué doit donc être écarté. En tout état de cause, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, le préfet n'a pas méconnu le principe du contradictoire. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

16. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B avant d'édicter la décision en litige. Le moyen d'erreur de droit invoqué à cet égard doit être écarté.

17. En quatrième et dernier lieu, le moyen soulevé par le requérant et tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet au regard des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

18. En premier lieu, la décision litigieuse vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, elle précise que M. B n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, la Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, la décision litigieuse comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

19. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B avant d'édicter la décision en litige. Le moyen d'erreur de droit invoqué à cet égard doit être écarté.

20. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait exposé au risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire, ou que sa vie et sa liberté y seraient menacées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

21. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont le préfet a fait application, notamment l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les motifs pour lesquels il a fixé la durée de cette interdiction à douze mois. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

22. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point 12 du présent jugement que le moyen tiré de la méconnaissance du droit du requérant à être entendu doit être écarté.

23. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Ariège se serait abstenu de procéder à un examen sérieux de la situation du requérant avant d'édicter la décision attaquée.

24. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

25. Pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à douze mois, le préfet de l'Ariège a tenu compte de l'inexécution de deux précédentes mesures d'éloignement dans le délai qui avait été imparti à l'intéressé pour ce faire. En outre le requérant, qui serait entré en France en avril 2019 ne justifie d'aucun lien sur le territoire français, ni de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que l'autorité administrative édicte une interdiction de retour de douze mois à son encontre. Dans ces conditions, le préfet de l'Ariège n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences qu'elle emporte sur la situation de l'intéressé en l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gontier, et au préfet de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Préaud, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

C. PÉAN

La présidente,

C. VISEUR-FERRÉ

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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