Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306318

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306318
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Bonneau, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution d'une part, de l'arrêté en date du 24 avril 2023 en tant que par cet arrêté la préfète du Gard lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et d'autre part, de l'arrêté du préfet du Gard du 4 octobre 2023 ordonnant son maintien en rétention ;

3°) d'enjoindre au préfet du Gard de le libérer du centre de rétention administrative de Toulouse-Cornebarrieu, sous astreinte de 1 000 euros par heure de retard suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un dossier d'admission au séjour en qualité de père d'un enfant français et de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- par un arrêté en date du 24 avril 2023, la préfète du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français ; le tribunal administratif de Nîmes, par un jugement du 3 octobre 2023, a rejeté sa requête dirigée contre cet arrêté ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il est actuellement placé en rétention administrative et exposé à la mise à exécution imminente de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale normale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant et à l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié dès lors qu'il est père d'un enfant français et qu'en raison de son éloignement, et de l'interdiction de retour sur le territoire prise par la préfète du Gard, il ne pourra pas exercer ses droits et respecter les obligations impliquées par sa paternité ; il a repris contact avec la mère de l'enfant par textos et lui envoie de l'argent pour contribuer à l'entretien de son enfant ; son conseil a saisi le procureur afin de localiser son épouse et de lui permettre de saisir le juge aux affaires familiales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 avril 2023, la préfète du Gard a rejeté la demande de titre de séjour de M. A, ressortissant algérien, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé son pays de destination. Par un jugement du 3 octobre 2023, le tribunal administratif de Nimes a rejeté la requête présentée par M. A à l'encontre de cet arrêté. Par un arrêté du 4 octobre 2023, le préfet du Gard a placé M. A en rétention administrative en vue de son éloignement vers l'Algérie. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution d'une part, de l'arrêté de la préfète du Gard du 24 avril 2023 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et d'autre part, de l'arrêté du préfet de ce département du 4 octobre 2023 ordonnant son placement en rétention.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. /() ". Il résulte des pouvoirs confiés au juge par ces dispositions, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention, que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative. Cette procédure particulière est ainsi exclusive de celles prévues par ce livre V. Il n'en va autrement que dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

4. Ainsi qu'il a été exposé au point 3, il appartient à M. A de justifier de circonstances de droit ou de fait nouvelles depuis le prononcé du jugement du Tribunal administratif de Nimes du 3 octobre 2023. A l'appui de sa requête, M. A fait état de sa situation familiale en invoquant sa qualité de parent d'enfant français et soutient qu'en raison de son éloignement, et de l'interdiction de retour sur le territoire prise par la préfète, il ne pourra pas exercer ses droits parentaux, qu'il a repris contact avec son ancienne épouse par " textos " et lui envoie de l'argent pour contribuer à l'entretien de leur enfant, que son conseil a saisi le procureur afin de la localiser et de lui permettre de saisir le juge aux affaires familiales. Toutefois, la situation personnelle et familiale du requérant n'a pas connu d'évolution depuis l'arrêté attaqué. De même, c'est par une lettre du 14 mars 2023, antérieure à cet arrêté, et dont il pouvait faire état devant le tribunal administratif de Nimes, que M. A a saisi le procureur de sa demande. Enfin, les messages téléphoniques et les photographies versés à l'instance, qui ne comportent aucun élément d'identification de leurs auteurs, ne permettent pas d'établir la réalité des liens que M. A aurait renoués avec son ancienne épouse, ni des versements qu'il aurait effectués pour l'entretien de son enfant. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que, depuis le prononcé du jugement du tribunal administratif de Nimes en date du 3 octobre 2023, sont intervenus des changements dans les circonstances de droit ou de fait tels que les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse emportent des effets qui excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution. Dès lors, les conclusions aux fins de suspension de cette décision et d'injonction présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le juge des libertés et de la détention, dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. () ".

6. Les conclusions de la requête de M. A à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet du Gard l'a placé en rétention administrative relèvent de l'autorité judiciaire et sont, par suite, irrecevables comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître. Elles doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Gard de libérer M. A du centre de rétention administrative.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Bonneau.

Une copie en sera adressée au préfet du Gard.

Fait à Toulouse, le 20 octobre 2023.

La juge des référés,

V. Poupineau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,