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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306321

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306321

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 octobre 2023 et le 20 juin 2024, M. A se disant Makasidi C, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui remettant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de prendre toutes mesures propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- elle méconnaît les dispositions combinées des articles L. 811-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 47 du code civil et de l'article 1er du décret du 24 janvier 2015 ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 435-3 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaitîles dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est dépourvue de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

- elle est dépourvue de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A se disant C ne sont pas fondés.

Par une décision du 21 février 2024, M. A se disant C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M. A se disant C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant M. C, ressortissant malien, qui déclare être né le 1er décembre 2004 à Bamako et être entré en France le 15 juin 2021, a été placé à l'aide sociale à l'enfance par un jugement du tribunal pour enfants de B du 29 août 2022. Le 19 juillet 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 septembre 2023, le préfet de l'Ariège a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. M. A se disant M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A se disant C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024, ses conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

4. Il ressort des termes de la décision contestée que le préfet de l'Ariège a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également retracé les principaux éléments de la situation familiale et personnelle du requérant et indiqué les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour. Dans ces conditions et alors que le préfet n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, la décision portant refus de séjour comprend les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent à l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée et d'en contester utilement les motifs, elle est donc suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A se disant C. Le moyen tiré du défaut d'examen doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 142-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le ministère chargé des affaires étrangères et le ministre chargé de l'immigration sont autorisés à mettre en œuvre, sur le fondement du 1° de l'article L. 142-1, un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé " Visabio " () ". L'article R. 142-4 du même code dispose que : " Ont accès aux données à caractère personnel et aux informations enregistrées dans le traitement automatisé mentionné à l'article R. 142-1, à raison de leurs attributions et dans la limite du besoin d'en connaître : / () / 2° Les agents des préfectures, y compris dans le cadre de la procédure d'évaluation prévue par l'article R. 221-11 du code de l'action sociale et des familles, et ceux chargés de l'application de la réglementation relative à la délivrance des titres de séjour, au traitement des demandes d'asile et à la préparation et à la mise en œuvre des mesures d'éloignement individuellement désignés et spécialement habilités par le préfet. / () ".

7. M. A se disant C soutient qu'il n'est pas démontré que la personne ayant consulté le système de traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé " Visabio " était habilitée à cette fin. Toutefois, le requérant, qui se borne à soutenir que seul le défendeur peut justifier de la régularité sur ce point de la procédure, ne produit aucun élément de nature à faire naître un doute quant à l'habilitation de l'agent de la préfecture qui a instruit son dossier alors que les dispositions précitées de l'article R. 142-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désignent ces agents comme ayant un droit d'accès aux données du traitement " Visabio ". Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de l'agent qui a consulté le fichier " Visabio " doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

9. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans et qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Disposant d'un large pouvoir d'appréciation, il doit ensuite prendre en compte la situation de l'intéressé, appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a alors portée sur l'ensemble de ces éléments.

10. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". En vertu de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 susvisé relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet () ".

11. Lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation. En outre, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact, notamment par les données à caractère personnel enregistrées dans le traitement automatisé Visabio, qui sont présumées exactes. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

12. En cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. L'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe donc à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

13. Pour refuser de délivrer à M. A se disant M. C le titre de séjour sollicité, le préfet de l'Ariège a estimé que l'intéressé ne pouvait être regardé comme apportant, à l'appui de sa demande de titre de séjour, des indications suffisamment probantes et suffisantes sur son état-civil. Pour remettre en cause la force probante des documents d'état-civil produits, un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance n° 3705 du 23 juin 2021 du tribunal de première instance de la commune I du district de Bamako et sa transcription du 26 juin 2021 sur les registres d'état-civil par l'officier délégué de l'état-civil du district de Djelibougou, le préfet de de l'Ariège s'est fondé sur un rapport d'analyse documentaire des services de la police aux frontières, du 7 juillet 2023, rédigé par un analyste en fraude documentaire et à l'identité, dont il résulte en particulier que les documents produits ne comportent aucune sécurité documentaire et que leur mode d'impression n'était pas conforme aux documents authentiques. Il relève en particulier que l'acte de naissance ne comporte pas l'encart prévu au verso de tels actes, destinés à la mention réservée à la transcription des jugements supplétifs des actes de naissance. En outre, la consultation du fichier Visabio a permis au préfet de l'Ariège de constater, en se fondant sur la correspondance des empreintes digitales, que l'intéressé détenait un passeport, dont l'authenticité n'a pas été remise en cause, et s'était vu refuser un visa sous une autre identité, à savoir celle de M. F E, né le 29 janvier 2000 à Luanda, en Angola. A cet égard, M. A se disant M. C fait valoir qu'il ne ressemble pas à la personne figurant sur la fiche Visabio, qu'il n'est pas de nationalité angolaise mais malienne et qu'il n'a jamais exercé de profession. Toutefois, il ne donne que très peu de précisions sur les conditions de son entrée en France, ni aucune explication sur la présence de ses empreintes digitales dans le système Visabio, dans le cadre d'une demande de visa émise sous l'identité de M. E et il ressort des pièces du dossier que le niveau scolaire du requérant n'est pas cohérent avec le parcours scolaire qu'il a décrit, même dans l'éventualité d'un élève de faible niveau scolaire et que dès sa première année de scolarisation en France il a obtenu de très bons résultats ainsi que les félicitations de ses professeurs. Il ressort ainsi de ces éléments que l'intéressé est ainsi connu sous deux identités.

14. De plus, si le juge des enfants du tribunal judiciaire de B a, par jugement du 29 août 2022, confié l'intéressé à l'ASE, il a également relevé sans qu'il soit toutefois exclu qu'il soit mineur que le récit du requérant sur son parcours migratoire était confus, peu cohérent et marqué par une volonté de l'intéressé de rester évasif sur la temporalité et qu'il existait de grandes incertitudes sur son âge au regard des conclusions du rapport d'évaluation réalisé le 25 juin 2021 dans le cadre du dispositif départemental d'accueil, d'évaluation et d'orientation des mineurs isolés (D), qui concluait que M. A se disant M. C n'apparaissait pas " comme mineur et isolé sur le territoire " et de l'examen osseux alors effectué, conduisant à un âge osseux compatible à 21 ans.

15. Par ailleurs, si M. A se disant C a produit une carte consulaire, ce document est dépourvu de toute force probante pour l'application de l'article 47 du code civil dès lors qu'il ne constitue pas un acte d'état civil.

16. Au vu de l'ensemble de ces éléments, le préfet l'Ariège a pu légalement considérer que les éléments en sa possession étaient suffisants pour écarter comme dépourvus de valeur probante les actes d'état civil communiqués par M. A se disant M. C et estimer, sans commettre d'erreur de fait, qu'il ne justifiait pas qu'il était mineur lors de son entrée en France et, en particulier, qu'il avait entre 16 et 18 ans lorsqu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance. Par suite, l'autorité administrative n'a méconnu ni les dispositions de l'article 47 du code civil ni celles de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant la demande de titre de séjour présentée sur le fondement de ces dernières dispositions.

17. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

18. M. A se disant C se prévaut de son intégration scolaire réussie, du soutien de l'ensemble de ses professeurs, et de son inscription dans un certificat d'aptitude professionnel (CAP) " Peintre-Applicateur de revêtements ". Toutefois, ce faisant, M. A se disant C, célibataire sans enfant, dépourvu de lien familial en France, ne démontre pas que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions.

19. En sixième lieu, M. A se disant C qui n'établit pas avoir sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions par la décision attaquée.

20. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

21. M. A se disant M. C fait valoir qu'il réside en France depuis plus de deux ans, qu'il a obtenu son baccalauréat professionnel en 2022, qu'il poursuit une formation dans le cadre d'un CAP " Peintre-Applicateur de revêtements " et qu'il a signé un deuxième contrat d'apprentissage jusqu'au 31 août 2024. Il résulte toutefois de ce qui a été dit aux points 13 à 15 que l'identité de l'intéressé n'est pas établie. Par ailleurs, la circonstance qu'il dispose d'un contrat d'apprentissage et qu'il poursuive une formation en CAP n'est pas de nature à lui ouvrir droit au séjour. Enfin, célibataire et sans enfant, il n'a pas de logement propre et rien ne s'oppose à ce qu'il poursuive ses études au Mali, et il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident a minima sa mère et sa demi-sœur. Ainsi, eu égard à la durée de la présence en France de M. A se disant M. C et à ses conditions de séjour, l'arrêté contesté n'a pas porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est fondé. Dès lors, le requérant ne saurait se prévaloir de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

23. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, dont il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'elle est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

24. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 21, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

25. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il mentionne avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles il repose. Dès lors, la décision est suffisamment motivée.

26. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

27. Le moyen soulevé par le requérant et tiré de la méconnaissance de ces dispositions, comme celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 à 15.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

28. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

29. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, cette décision comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et permet à l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée et d'en contester utilement les motifs, elle est donc suffisamment motivée.

30. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 à 15.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

31. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont le préfet a fait application, notamment les article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les motifs pour lesquels il a fixé la durée de cette interdiction à douze mois. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

32. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant, comme mentionné précédemment, pas illégale, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

33. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

34. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, dont l'identité n'a pu être établie et qui serait entré en France le 15 juin 2021, ne justifie d'aucun lien sur le territoire français ni de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que l'autorité administrative édicte une interdiction de retour de douze mois à son encontre. Dans ces conditions, le préfet de l'Ariège n'a ni méconnu les dispositions citées au point précédent, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé en lui interdisant tout retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

35. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A se disant M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A se disant M. C tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Makasidi C, à Me Kosseva-Venzal, et au préfet de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Préaud, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

C. PÉAN

La présidente,

C. VISEUR-FERRÉ

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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