mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2306711 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Akdag, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet du Tarn a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " visiteur ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour prise à son encontre ;
2°) d'enjoindre au préfet du Préfet du Tarn de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'autorité relative de la chose jugée ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français sont dépourvues de base légale ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ; elle méconnait les dispositions des article L. 622-2 et L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il soutient que
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Péan a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc, né le 6 avril 1966, est entré sur le territoire français pour la dernière fois le 24 octobre 2017 muni d'un visa de long séjour valable jusqu'au 10 octobre 2018. Le 10 octobre 2018, il a sollicité, auprès du préfet de la Corrèze, un titre de séjour portant la mention " visiteur ", en raison de sa qualité de fonctionnaire turc exerçant une mission d'assistance sociale, qui lui a été délivré le 12 octobre 2018 et régulièrement renouvelé jusqu'au 31 octobre 2021. Par un arrêté du 29 avril 2022, le préfet de la Corrèze a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le tribunal administratif de Limoges a annulé cet arrêté, par un jugement n° 2200922, 2200923 du 29 septembre 2022 et a enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la demande de renouvellement de titre de séjour formulée par M. A dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement. Le 15 juin 2023, M. A a informé la préfecture du Tarn de son installation dans ce département. Par un arrêté du 1er août 2023, le préfet du Tarn a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour édictée. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". Et aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " I.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. [] ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté, du 1er août 2023, par lequel le préfet du Tarn a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, comporte la mention des voies et délais de recours et a été adressé à M. A par lettre recommandée avec demande d'accusé de réception. Cette lettre a été présentée le 3 août 2023 au domicile du requérant et a été retournée à son expéditeur le 25 août 2023 avec la mention " pli avisé, non réclamé ". Cet arrêté est ainsi réputé avoir été régulièrement notifié le 3 août 2023 à M. A, qui disposait d'un délai de trente jours à compter de cette date pour en solliciter l'annulation. M. A fait valoir qu'à cette date il se trouvait en Turquie avec sa famille et qu'il n'est revenu sur le territoire français que le 5 septembre suivant. Il affirme également n'avoir eu connaissance de cet arrêté que le 9 octobre 2023 dans le cadre de l'ouverture de la procédure juridictionnelle relative à l'exécution du jugement n° 2200922, 2200923 du 29 septembre 2022. Il ressort ainsi des pièces du dossier que M. A s'est absenté de son domicile durant plus d'un mois, sans effectuer les diligences nécessaires au suivi de son courrier et sans prévenir la préfecture, alors même qu'il était dans l'attente d'une décision portant sur le réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour. Dans ces conditions, la requête de M. A n'ayant été introduite que le 5 novembre 2023, les conclusions à fin d'annulation qu'il a présentées sont tardives et, par suite, irrecevables. Elles doivent, dès lors, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Akdag, et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Préaud, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
La rapporteure,
C. PÉAN
La présidente,
C. VISEUR-FERRÉ
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026