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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306727

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306727

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023, Mme D A, représentée par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a procédé au retrait de son certificat de résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- il est entaché d'une erreur de droit tirée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles R. 432-3 et R. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Douteaud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 28 février 1992, est entrée en France le 10 novembre 2018, sous couvert d'un visa " C " valable du 25 octobre 2018 au 21 avril 2019, dans le cadre d'une demande de regroupement familial. Elle s'est vue délivrer un certificat de résidence le 18 juillet 2019, valable du 26 juin 2019 au 25 juin 2029, en raison de son mariage avec un ressortissant français, célébré le 27 juillet 2017. Le 5 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a informée de l'engagement d'une procédure de retrait de son certificat de résidence après que le tribunal judiciaire de Toulouse a prononcé le divorce de la requérante et de son époux par un jugement du 3 mai 2022. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a procédé au retrait de son certificat de résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des circonstances sur lesquelles le préfet s'est fondé pour procéder au retrait du certificat de résidence de Mme A. A cet égard, il retrace le parcours administratif et personnel de la requérante et mentionne l'intervention de deux jugements de divorces respectivement prononcés les 16 janvier 2018 par le tribunal de Mostaganem et 3 mai 2022 par le tribunal judiciaire de Toulouse. Le préfet de la Haute-Garonne, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances personnelles de Mme A, a ainsi suffisamment motivé en fait l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne ne se serait pas livré à un examen complet et sérieux de la situation de Mme A. La requérante ne peut se prévaloir des courriers qui lui ont été adressés au domicile de la mère de son ex-époux, où Mme A et M. B avaient établi leur domicile conjugal entre les 8 mars et 28 juin 2019, dès lors qu'il ressort des termes de l'acte de notification du jugement du tribunal de Mostaganem que le divorce a été prononcé le 16 janvier 2018. Mme A ne peut pas davantage se fonder sur son mariage avec un ressortissant français célébré le 4 mars 2023 et sur la naissance de sa fille, le 6 juillet 2023, ces circonstances étant postérieures à la date de la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, selon les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes des dispositions de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. "

5. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 5 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a informé Mme A de son intention de procéder au retrait de son certificat de résidence en l'invitant à produire ses observations, ce qu'elle a d'ailleurs fait, le 16 janvier 2023, comme en témoigne les circonstances évoquées par l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En quatrième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. "

7. D'autre part, selon les dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 432-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : () / 3° L'étranger titulaire de la carte de séjour temporaire ou de la carte de séjour pluriannuelle cesse de remplir l'une des conditions exigées pour sa délivrance ; () ".

8. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet ne s'est pas fondé sur les dispositions des articles L. 432-3 et L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour procéder au retrait du certificat de résidence de Mme A mais sur celles de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration.

9. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que, après que Mme A, dont le mariage avec un ressortissant français a été célébré en Algérie le 27 juillet 2017, s'est vu accorder un certificat de résidence le 18 juillet 2019 sur le fondement des dispositions des articles 7 bis a) et 6 2) dernier alinéa de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, l'époux de l'intéressée a demandé le divorce, lequel a été prononcé par jugement du tribunal de Mostaganem le 16 janvier 2018. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A n'a pas informé le préfet de la Haute-Garonne de l'intervention de ce jugement. A supposer qu'elle se soit trouvée dans l'ignorance de ce jugement et qu'elle n'en ait pris connaissance, ainsi qu'elle le soutient, que le 7 mai 2019, date à laquelle cet acte a été notifié, il est constant qu'elle s'est abstenue de communiquer cette information à la préfecture de Haute-Garonne alors qu'à cette date, sa demande de délivrance d'un certificat de résidence était en cours d'instruction, l'arrêté attaqué n'ayant été adopté que le 18 juillet 2019. En outre, il ne ressort ni de ce jugement ni des pièces du dossier que le divorce serait imputable au comportement de l'époux de Mme A. Par ailleurs, par les pièces qu'elle produit, à savoir quelques courriers adressés au domicile conjugal entre les 8 mars et 28 juin 2019, Mme A n'établit pas que la vie conjugale aurait repris au cours de cette période. Enfin, la seule circonstance que la requérante a demandé le divorce devant le tribunal judiciaire de Toulouse le 3 mai 2021 ne suffit pas à établir qu'elle n'a pas commis de fraude pour obtenir le certificat de résidence que l'arrêté attaqué a retiré. Dans ces conditions, compte tenu de la faible durée de la communauté de vie entre les époux et de la circonstance qu'elle s'est abstenue d'informer la préfecture de son divorce ainsi que de son remariage peu de temps après le divorce prononcé par le tribunal judiciaire de Toulouse le 3 mai 2022, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne, qui n'était pas tenu d'exercer son pouvoir discrétionnaire et n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, ne pouvait légalement retirer, pour ce motif, le certificat de résidence qui lui avait été délivré le 18 juillet 2019.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. () / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve des la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () ".

11. D'une part, contrairement à ce que soutient Mme A, les stipulations précitées ne subordonnent pas la délivrance d'un certificat de résidence à la seule existence d'une communauté de vie mais exigent l'existence de liens matrimoniaux. D'autre part, ainsi qu'il a été dit, le mariage célébré entre la requérante et son ex époux le 27 juillet 2017 a fait l'objet d'un jugement de divorce le 16 janvier 2018. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ne peut qu'être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'art 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

13. Alors que la requérante vivait en France depuis moins de quatre ans à la date de la décision attaquée, son remariage avec un ressortissant français ainsi que la naissance de sa fille étant par ailleurs postérieurs à son édiction, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 10 février 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par Me Barbot-Lafitte sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Barbot-Lafitte et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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