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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306910

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306910

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne refusant son admission au séjour en tant que conjoint de Français et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, de défaut de motivation et d'erreur de droit, jugeant que l'entrée irrégulière de M. A était établie faute de visa de long séjour et que le refus de titre de séjour était légal. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La requête a été rejetée dans son ensemble, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2023, M. D A, représenté par Me Camille Pougault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 du préfet de la Haute-Garonne refusant de l'admettre au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-l'arrêté est entaché de l'incompétence de son auteur ;

-il est entaché de défaut de motivation en fait ;

-la décision portant refus d'admission au séjour est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article 22 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces stipulations et dispositions n'ont pas fait l'objet de l'arrêté ministériel d'application prévu à l'article R. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que son entrée sur le territoire français ne peut être regardée comme ayant été irrégulière ;

-elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions d'obtention d'un certificat de résidence en tant que conjoint d'un ressortissant français ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus d'admission au séjour ;

-ces décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 septembre 2024 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 9 mars 1995 relatif à la déclaration d'entrée sur le territoire ;

- l'avis n° 372832 du 18 décembre 2013 du Conseil d'Etat ; ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lejeune a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien né le 8 janvier 1996 à Ain-Tedles, déclare être entré sur le territoire français le 25 mai 2019 en provenance d'Espagne, muni d'un passeport revêtu d'un visa de cent-quatre-vingt jours à entrées multiples délivré le 10 février 2019 par le consulat général d'Espagne à Oran (Algérie). Marié à une femme de nationalité française depuis le 14 janvier 2023, il a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de ressortissant français. Par un arrêté du 16 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, à l'exception d'un Etat membre de l'UE, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse. M. A conteste cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur depuis le 16 décembre 2020 : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. "

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

4. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de se prononcer sur son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité externe de l'arrêté attaqué :

5. D'une part, la décision contestée a été signée par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration au sein de la préfecture de la Haute-Garonne. Par arrêté n° 31-2023-03-13-00006 du 13 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 31-2023-099 du 15 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne lui a donné délégation de signature pour prononcer des décisions de refus d'admission au séjour et des mesures d'éloignement. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions qu'il conteste auraient été prises par une autorité incompétente.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

7. En l'espèce, l'arrêté contesté se réfère aux dispositions applicables de la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'à la faculté que détient le préfet de prendre, à titre gracieux et exceptionnel, une mesure favorable à l'intéressé pour régulariser sa situation. Les motifs de cet arrêté résument la situation de M. A et précisent les éléments qui fondent la décision. Ainsi, l'arrêté contesté est suffisamment motivé.

Sur la légalité interne de l'arrêté attaqué :

8. Aux termes de l'article 19 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 : " Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des Parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des Parties contractantes pendant la durée de validité du visa, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrées visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c), d) et e). / () 4. Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des dispositions de l'article 22. " Aux termes de l'article 22 de cette convention : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. / 2. Les étrangers résident sur le territoire de l'une des Parties contractantes et qui se rendent sur le territoire d'une autre Partie contractante sont astreints à l'obligation de déclaration visée au paragraphe 1. / 3. Chaque Partie contractante arrête les exceptions aux dispositions des paragraphes 1 et 2 et les communique au Comité exécutif. "

9. L'article R. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les règles de procédure s'appliquent aux demandes présentées par les ressortissants algériens, prévoit que la déclaration obligatoire mentionnée à l'article 22 de la convention de Schengen est souscrite à l'entrée sur le territoire métropolitain par l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne et qui est en provenance directe d'un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen. Sont toutefois dispensés de cette formalité les étrangers qui ne sont pas astreints à l'obligation de visa pour un séjour inférieur à trois mois, et ceux qui sont titulaires d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen. L'article R. 621-2 du même code prévoit qu'un récépissé est remis à l'étranger ou à défaut une mention est apposée sur le document de voyage.

10. Enfin, aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. "

11. Il suit de là que la souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire. Aussi, en l'absence de souscription de cette déclaration, l'étranger en provenance directe du territoire d'un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ne justifie pas de la régularité de son entrée sur le territoire français.

12. M. A, entré en France le 25 mai 2019 en provenance d'Espagne, soutient qu'il n'était pas en mesure de souscrire la déclaration d'entrée sur le territoire français en l'absence de l'arrêté ministériel prévu par l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Toutefois, l'arrêté interministériel du 9 mars 1995 relatif à la déclaration d'entrée sur le territoire, publié au Journal officiel de la République française du 11 mars 1995, comprend, en annexe, un modèle de déclaration d'entrée et précise que la déclaration est souscrite auprès des services de police ou, à défaut, de douane ou des unités de gendarmerie nationale présents à la frontière ou encore, auprès d'un commissariat de sécurité publique ou d'une brigade de gendarmerie nationale. Par suite, le moyen tiré de ce que l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issu de la codification du décret du 8 février 1993 pris pour l'application des articles 19, 20 bis et 22 de l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France, ne serait pas applicable au motif que l'arrêté ministériel définissant ses modalités d'application n'a jamais été édicté doit être écarté.

13. Par ailleurs, il est constant que M. A n'a pas satisfait à l'obligation de souscription de la déclaration d'entrée sur le territoire qui s'imposait à lui. Dès lors, il ne peut être regardé comme étant entré régulièrement sur le territoire français.

14. En vertu du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit " au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

15. Toutefois, eu égard à ce qui a été dit au point n° 11, M. A ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français. Par suite, et alors même qu'il a contracté un mariage avec une ressortissante française, il ne peut bénéficier des stipulations précitées de l'accord franco-algérien. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne a pu, à bon droit, et sans commettre d'erreurs de droit, de fait ou d'appréciation refuser de l'admettre au séjour en qualité de conjoint de ressortissant français.

Sur les autres moyens de la requête :

16. M. A ne démontre pas, en se bornant à invoquer sa situation maritale, récente, sans apporter d'éléments relatifs à la vie commune avec son épouse, son insertion sociale, étudiante ou professionnelle en France, et sans alléguer ne plus bénéficier d'attaches dans son pays d'origine dont il a la nationalité et où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans, que l'arrêté contesté porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Enfin, l'illégalité des décisions contestées n'étant pas établi, les moyens tirés de l'illégalité par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français puis de celle fixant le pays de destination doivent être écartés.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées. En outre, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lejeune, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

A. LEJEUNE

Le président,

H. CLEN

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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