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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2307149

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2307149

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2307149
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2023, Mme A se disant C F, représentée par Me Bouix, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 20 octobre 2023 du préfet de la Haute-Garonne portant refus d'admission au séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente et dès notification de l'ordonnance à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros hors taxe à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

-elle peut se prévaloir d'une présomption d'urgence dès lors que, ayant été confiée à l'aide sociale à l'enfance durant sa minorité, elle est réputée s'être trouvée en situation régulière sur le territoire français jusqu'à l'édiction de la décision en litige qui a pour effet d'interrompre ce séjour régulier et de la faire basculer dans une situation de séjour irrégulier ;

-au surplus, elle justifie d'une situation d'urgence particulière, caractérisée par l'incidence grave et immédiate de la décision contestée sur sa situation personnelle, qui entraîne l'interruption de son contrat de travail, la prive des ressources qu'elle tire de son activité professionnelle, met en péril le suivi et la validation de sa formation professionnelle et risque de compromettre son insertion professionnelle dans son domaine de compétence ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-la décision en litige est insuffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

-elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors, d'une part, que l'ensemble des éléments relatifs à son état civil n'a pas été pris en compte, le préfet s'étant contenté de contester la valeur probante des documents d'état civil qu'elle a produits en se référant à un relevé " Visabio " faisant état d'un enregistrement dans ce fichier sous une autre identité, ce alors que ce sujet a déjà été débattu devant la juge des tutelles du tribunal judiciaire de Toulouse, laquelle a relevé que le passeport qu'elle avait alors présenté ne correspondait pas à sa véritable identité, ce qu'elle a confirmé dans sa demande de titre de séjour, d'autre part, qu'elle n'a pas été destinataire de la fiche Visabio mentionnée dans la décision attaquée et n'est donc pas mise en mesure de vérifier si les conditions et les modalités de consultation du fichier étaient réunies, de sorte que les données émanant de ce fichier ne sauraient conduire à remettre en cause son identité, qui est établie par ses documents d'état civil et d'identité dont l'authenticité n'est pas valablement contestée ;

-la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a été confiée à l'aide sociale à l'enfance à l'âge de 16 ans, qu'elle bénéficie depuis le 17 mai 2023, du maintien de sa prise en charge en qualité de jeune majeure sur le fondement des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et qu'elle suit avec succès une formation d'accompagnant éducatif et social à l'IFRASS de Toulouse.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête n° 2307157 enregistrée le 23 novembre 2023 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (). ". L'article L. 522-3 de ce même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose quant à lui que " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

4. Pour justifier la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour opposée à celle qui se présente comme étant Mme C F, le préfet de la Haute-Garonne a fait état de ce que la consultation du fichier Visabio a révélé que ses empreintes digitales étaient associées à une personne connue sous l'identité de Mme B E née le 7 mai 1997 à Luanda en Angola qui s'est vu délivrer par les autorités consulaires portugaises en poste à Luanda un visa de court séjour d'une durée de 44 jours, valable du 20 janvier 2020 jusqu'au 4 mars 2021. Si la requérante fait état de ce qu'elle a reconnu avoir fait usage d'une identité d'emprunt alors qu'elle était accompagnée par un pasteur en Angola, les nouveaux documents qu'elle a produits pour justifier de son identité et de son âge, soit notamment un passeport établi sous l'identité de Mme C F née le 17 mai 2004 à Kinshasa en République démocratique du Congo, ils sont nécessairement entachés de fraude dès lors que celle-ci s'est présentée aux autorités compétentes sous deux identités distinctes. La requérante n'est dès lors pas fondée à se prévaloir de la présomption de validité tirée de l'article 47 du code civil et il s'ensuit que les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait ne sont, en toutes leurs branches, pas de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité. Aucun des autres moyens soulevés par l'intéressée à l'encontre de cette décision n'est davantage de nature à créer un tel doute. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A se disant C F n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C F et à Me Bouix.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 30 novembre 2023.

Le juge des référés,

B. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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