mercredi 16 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2307331 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er décembre 2023 et le 14 novembre 2024, M. C D, représenté par Me Brel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 mai 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaître la qualité d'apatride ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui reconnaître la qualité d'apatride dans un délai de deux mois ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou du seul article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande dès lors qu'aucun entretien n'a été réalisé ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du droit turc ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur un décret turc contraire à la convention pour la prévention des cas d'apatridie du 30 août 1961 et à l'ordre public international ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2024, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 décembre 2024.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'était ni présent ni représenté :
- le rapport de Mme Préaud, rapporteure,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,
- les observations de Me Brel, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D déclare être né le 7 mars 1961 à Yahyali en Turquie. Le 14 décembre 2022, il a présenté une demande de reconnaissance de la qualité d'apatride auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par une décision du 10 mai 2023, le directeur général de l'OFPRA a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B A, attachée d'administration de l'Etat, cheffe de bureau, qui bénéficiait d'une délégation à l'effet de signer, au nom du directeur général de l'OFPRA, notamment tous actes individuels pris en application de l'article L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette délégation de signature du 9 janvier 2023, prenant effet le 16 janvier suivant, a été régulièrement publiée sur le site Internet de l'OFPRA. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 582-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides notifie par écrit sa décision au demandeur du statut d'apatride, par tout moyen garantissant la confidentialité et la réception personnelle de cette notification. Toute décision de rejet est motivée en fait et en droit et précise les voies et délais de recours. () ".
4. La décision attaquée vise les articles L. 582-1 et suivants et R. 582-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que les craintes personnelles que M. D allègue avoir à l'égard des autorités turques sont peu crédibles et n'ont pas été tenues pour fondées lors de l'instruction de sa demande d'asile, que M. D a été déchu de sa nationalité turque en raison du non-accomplissement de son service militaire et n'a exposé aucun élément valable pour justifier de ce non-accomplissement, qu'il n'a pas rapporté la preuve de démarches effectuées en vue de régulariser sa situation auprès des autorités turques et précise que l'intéressé s'est ainsi placé lui-même, par son inaction, en situation d'être dépourvu de nationalité. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut convoquer le demandeur à un entretien personnel () ".
6. Il ressort des termes de la décision attaquée que le directeur de l'OFPRA a procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de M. D. La circonstance que M. D n'a pas été convoqué à un entretien préalable à l'édiction de cette décision n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen, en particulier dès lors que les dispositions précitées de l'article R. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient qu'un entretien facultatif. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, à supposer le moyen soulevé, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFPRA, qui n'avait en tout état de cause pas à en faire application, aurait commis une erreur de droit au regard du droit turc.
8. En cinquième lieu, la détermination des modes d'acquisition et de perte de la nationalité turque relève de la compétence exclusive de l'Etat turc. Il n'appartient ainsi pas au présent tribunal d'apprécier la conformité au droit international de la législation turque ni, par conséquent, du décret du 29 avril 2002 par lequel M. D a perdu la nationalité turque. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée, en raison de ce que ce décret méconnaît la convention sur la réduction des cas d'apatridie du 30 août 1961 et l'ordre public international, doit être écarté.
9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 582-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". L'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954 citée ci-dessus stipule que : " 1. Aux fins de la présente convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ".
10. Il résulte de son préambule que la convention du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides a pour objet de régler et d'améliorer la condition des apatrides et de leur assurer l'exercice le plus large possible des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'article 1er de cette convention stipule que le terme "apatride" désigne " une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ". Cette définition ne saurait s'appliquer aux personnes qui se seraient volontairement placées, à la faveur d'une disposition de la législation du pays dont ils étaient ressortissants, dans la situation d'être privés de leur nationalité, sans avoir préalablement obtenu la nationalité d'un autre Etat, et auraient ainsi cherché à se placer dans la situation définie par les stipulations précitées de l'article 1er de la convention du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides.
11. Il est constant que M. D a perdu la nationalité turque par un décret du 29 avril 2002 pour défaut d'accomplissement de l'obligation nationale du service militaire. Pour rejeter la demande de reconnaissance de la qualité d'apatride formulée par M. D, le directeur général de l'OFPRA a considéré que ce dernier s'était lui-même placé, par son inaction, en situation d'être dépourvu de nationalité. M. D soutient avoir quitté la Turquie par crainte pour sa sécurité en tant que sympathisant du Parti-Front de libération des peuples de Turquie (THKP), d'une part, et n'avoir pas pu faire valoir son objection de conscience, droit non reconnu par l'Etat turc, d'autre part. Toutefois, il n'apporte aucun élément au soutien de ses affirmations concernant ses craintes pour sa sécurité alors que l'OFPRA fait valoir, sans être contesté, que M. D a obtenu des documents d'identité et de voyages turcs postérieurement à son départ de Turquie. Au surplus, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA par une décision du 4 novembre 2022 n'ayant fait l'objet d'aucun recours. Par ailleurs, M. D ne peut se prévaloir de ce que le droit turc ne reconnaît pas l'objection de conscience, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif français de se prononcer sur la légalité de la législation turque sur la perte de la nationalité turque qui relève de la compétence exclusive de cet Etat. En tout état de cause, le requérant ne démontre pas avoir effectué en vain des démarches substantielles auprès des autorités turques afin de régulariser sa situation. A cet égard, M. D ne saurait soutenir n'avoir pas eu connaissance des voies et délais de recours contre le décret du 29 avril 2002 pour justifier son absence de démarche afin d'obtenir une réintégration dans la nationalité turque. Dans ces conditions, M. D doit être regardé comme s'étant volontairement placé dans la situation d'être privé de sa nationalité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 mai 2023 par laquelle le directeur général de l'OFPRA a refusé de lui reconnaître la qualité d'apatride. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Péan, conseillère,
Mme Préaud, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2025.
La rapporteure,
L. PRÉAUDLa présidente,
C. VISEUR-FERRÉLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026