lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2307590 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023, Mme A C, représentée par Me Tercero, demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre sans délai la décision d'éloignement prononcée le 7 septembre 2023 à son encontre ainsi que la décision du 7 décembre 2023 la privant de liberté, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de dire que l'ordonnance à intervenir sera immédiatement exécutoire, en application des dispositions de l'article R. 522-13 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxes, à verser à Me Tercero au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de mettre cette même somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- elle justifie d'une situation d'urgence dès lors que la mesure d'éloignement est susceptible d'être exécutée à tout moment et qu'elle établit l'existence de changements survenus dans sa situation depuis l'intervention de cette mesure ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit et au droit de ses enfants au respect de leur vie privée et familiale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants ;
- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale au respect des décisions du juge judiciaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Le préfet de la Gironde, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Héry, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 18 décembre 2023 à 10 heures en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Héry a lu son rapport, a informé les parties de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté de la préfète des Landes du 7 décembre 2023 comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, et a entendu :
- les observations de Me Tercero, représentant Mme C, qui a repris en les précisant les moyens développés dans ses écritures en ajoutant que : malgré sa situation d'extrême précarité, Mme C maintient des liens avec ses enfants ; elle n'avait connaissance que d'une précédente obligation de quitter le territoire français ; elle justifie d'éléments postérieurs à la mesure d'éloignement,
- le préfet de la Gironde et la préfète des Landes n'étant ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission de Mme C à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions des articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention, que la procédure spéciale ainsi prévue par ce code présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative. Elle est dès lors exclusive de ces procédures. Il n'en va autrement que dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à l'exécution d'une telle décision.
5. Il résulte de l'instruction que Mme C, ressortissante algérienne née le 21 août 1997, est entrée en France le 14 octobre 2021 et a fait l'objet le 21 octobre suivant d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour de 2 ans. Par arrêté du 7 septembre 2023, le préfet de la Gironde l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a également prononcé une interdiction de retour d'une durée de 2 ans. Mme C a été placée en rétention administrative par arrêté de la préfète des Landes du 7 décembre 2023.
6. En premier lieu, pour demander la suspension de l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, Mme C fait tout d'abord valoir qu'elle est mère de deux enfants nés en France respectivement le 8 novembre 2021 et le 30 mai 2023 de sa relation avec un compatriote, que ses enfants sont placés auprès de l'aide sociale à l'enfance et qu'elle bénéficie d'un droit de visite médiatisé qu'elle exerce régulièrement. Toutefois, sa fille aînée a fait l'objet d'un placement en assistance éducative dès le 5 janvier 2022 tandis que son fils a fait l'objet d'une mesure similaire le 23 août 2023. Ces mesures sont donc antérieures à la décision obligeant la requérante à quitter le territoire français, de même que celles lui accordant un droit de visite médiatisé. Ainsi, ces circonstances ne constituent pas un changement dans les circonstances de droit ou de fait survenu depuis l'intervention de l'arrêté du préfet de la Gironde du 7 septembre 2023.
7. Ensuite, si Mme C soutient que l'exécution de la mesure d'éloignement du 7 septembre 2023 est susceptible de l'empêcher de se présenter personnellement à l'audience prévue le 11 janvier 2024 devant le juge des enfants du tribunal pour enfants de B, il lui est loisible soit de se faire représenter soit de solliciter depuis l'Algérie un visa de court séjour en vue de se présenter à cette audience.
8. D'autre part, il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le ressortissant étranger faisant l'objet d'une décision de placement en rétention administrative est recevable à la contester devant le juge des libertés et de la détention, seul compétent pour apprécier la légalité de cette mesure.
9. Il résulte de l'instruction que l'objet de la requête de Mme C tend en réalité à ce qu'il soit mis fin à la mesure de rétention dont elle fait l'objet depuis le 7 décembre 2023. Une telle demande relève, comme il vient d'être dit, de la seule compétence du juge des libertés et de la détention, lequel a au demeurant ordonné le 9 décembre 2023 le maintien de la requérante en rétention administrative pour une durée de 28 jours, cette ordonnance étant confirmée le 11 décembre 2023 par ordonnance du magistrat délégué près la cour d'appel de Toulouse. Ainsi, Mme C n'est en tout état de cause pas recevable à solliciter la suspension de l'exécution de cette mesure de rétention.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que Mme C n'est pas recevable à demander au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de la Gironde du 7 septembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français ainsi que de l'arrêté de la préfète des Landes du 7 décembre 2023 la plaçant en rétention administrative. Dès lors, la requête de Mme C doit être rejetée, en ce compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Mme C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3: La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Tercero et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie en sera adressée au préfet de la Gironde et au préfet des Landes.
Fait à Toulouse, le 18 décembre 2023.
La juge des référés,
F. HÉRY
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
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