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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2400215

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2400215

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2400215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantOUDDIZ-NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article " L. 313-7 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article " L. 313-11 4° " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entraîne des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle ;

- les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français sont susceptibles d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 10 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Mérard, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, née le 7 juin 1999, est entrée en France le 30 août 2018 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant " valable du 21 août 2018 au 21 août 2019 puis a été mis en possession à partir du 26 septembre 2019 d'une carte de séjour d'un an puis d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiant, renouvelée jusqu'au 8 novembre 2022 et enfin d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an valable jusqu'au 8 novembre 2023. Il a sollicité le 2 novembre 2023 le renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 décembre 2023, préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il repose. En particulier, il vise l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle le parcours administratif et académique de M. B et précise que ce dernier ne démontre pas d'investissement sérieux dans ses études. Enfin, l'arrêté vise les stipulations des article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que la décision ne contrevient pas à ces stipulations. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Il appartient au préfet, saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour délivré sur le fondement de ces dispositions d'apprécier, sous le contrôle du juge, le caractère réel et sérieux des études poursuivies en France.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est inscrit pour l'année universitaire 2018-2019 en première année de licence d'informatique à l'université Toulouse III Paul Sabatier, à l'issue de laquelle il a été ajourné. Il a obtenu sa première année de licence au cours de l'année suivante puis s'est inscrit en 2eme année de licence d'informatique sans toutefois la valider. M. B s'est alors inscrit une nouvelle fois en 2eme année de licence d'informatique, à l'université Toulouse III Paul Sabatier, pour l'année 2021-2022. Le requérant s'est inscrit pour la troisième fois en 2eme année de licence à la rentrée universitaire 2022-2023, sans parvenir à la valider. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été ajourné pour sept matières en 2023. En cinq années de présence, M. B n'a donc obtenu aucun diplôme et a échoué à trois fois à sa deuxième année de licence. Si ce dernier estime qu'il est pourtant en progression dans ses résultats, le seul relevé de notes de l'année 2022-2023 ne permet pas de le démontrer. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni d'erreur de droit que le préfet de la Haute-Garonne a retenu l'absence de progression et de sérieux dans les études suivies par M. B pour refuser de renouveler son titre de séjour mention " étudiant ". Par suite, les moyens doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : /1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

7. Ainsi que le préfet de la Haute-Garonne l'oppose en défense, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant dès lors que le requérant qui n'a sollicité un titre de séjour que sur le seul fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas formulé de demande sur le fondement de l'article L. 423-1 de ce code et que le préfet n'a pas examiné d'office sa situation au regard de son droit au séjour sur le fondement de ces dispositions. En tout état de cause, le requérant n'apporte aucun élément relatif à sa vie privée.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

10. S'il est constant que M. B résidait en France depuis 5 années à la date de la décision attaquée et s'il n'est pas allégué que sa présence constituerait une menace pour l'ordre public, il ne démontre pas avoir noué des relations anciennes, stables et intenses sur le territoire, en l'absence de toute production. Le requérant se prévaut à cet égard d'être parfaitement intégré à la société française, sans toutefois en justifier la réalité. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. B, qui est célibataire et sans charge de famille, a vécu en Tunisie jusqu'à l'âge de 19 ans où il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et où il a nécessairement conservé des attaches personnelles. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction, sous astreinte, présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ouddiz-Nakache et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caratenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

La rapporteure,

B. MÉRARD

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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