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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2400681

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2400681

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2400681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2024, M. B A, représenté par Me Soulas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juin 2023 par laquelle le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens, ainsi que le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité externe :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance de l'article 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le préfet n'a pas saisi préalablement la commission du titre de séjour ;

En ce qui concerne la légalité interne :

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale, protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse du 22 novembre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Par une ordonnance en date du 24 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Quessette, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant du Suriname, né le 12 septembre 2001, est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français le 1er janvier 2004. L'intéressé a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur le 18 juin 2014, valable jusqu'au 17 juin 2019. La commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable le 7 décembre 2020 à la délivrance d'un titre de séjour du fait que son comportement est constitutif d'une menace à l'ordre public. Le 8 février 2021, une décision portant refus de séjour lui a été notifiée. Le 2 février 2022, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été rejetée par une décision du préfet de la Haute-Garonne du 8 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023 publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, notamment d'admission au séjour de ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction, en particulier concernant le parcours du requérant en France et sa situation professionnelle et familiale. La décision, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, est suffisamment motivée et a permis au requérant de pouvoir utilement la contester. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'une première demande d'admission exceptionnelle au séjour que M. A a présentée le 6 août 2019 en invoquant sa résidence habituelle en France avec un de ses parents depuis au plus l'âge de treize ans, le préfet de la Haute-Garonne a saisi la commission du titre de séjour qui a rendu un avis défavorable à la régularisation de l'intéressé le 7 décembre 2020 au motif que le comportement de M. A est constitutif d'une menace pour l'ordre public. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour que M. A a présentée le 2 février 2022 soit fondée sur des faits nouveaux intervenus depuis l'avis émis le 7 décembre 2020, le temps écoulé depuis lors ne pouvant être regardé, par lui-même, comme un fait nouveau. Dans ces conditions, la circonstance que le préfet n'a pas consulté une seconde fois la commission du titre de séjour n'a effectivement privé le requérant d'aucune garantie et n'a pas exercé, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise. Au demeurant, si le requérant se prévaut de plus de dix-huit années de résidence habituelle sur le territoire, il ne l'établit pas et a reconnu d'ailleurs dans un procès-verbal du 28 septembre 2023 relatif à une procédure de retenue aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour, être retourné à plusieurs reprises depuis la Guyane au Suriname, son pays d'origine. Par suite, le moyen du vice de procédure tiré du défaut de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. En premier lieu, en présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. M. A a déclaré être entré en France le 1er janvier 2004 et soutient être présent sur le territoire français depuis plus de dix-huit ans. Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la durée et la continuité de sa présence sur le territoire. En outre, il ne démontre pas avoir tissé des liens personnels particuliers sur le territoire français, en se bornant à justifier de la présence en situation régulière de son père, de son frère et de sa sœur dans le département de la Guyane, et de son oncle sur le territoire métropolitain, et en versant au débat une note éducative du 30 novembre 2022 du pôle social Le chêne vert en charge d'une maison d'enfants à caractère social indiquant que M. A est intégré dans la société française. Dans ces conditions, la situation de M. A ne saurait être regardée comme répondant à des considérations humanitaires ou se justifiant par des motifs exceptionnels permettant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et de la note éducative précitée que M. A bénéficie d'un accompagnement social jusqu'à ses vingt-cinq ans et que dans le cadre de sa prise en charge à l'aide sociale à l'enfance par le département de la Haute-Garonne de septembre 2020 à septembre 2022, il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle de chaudronnerie en 2019. Si le requérant justifie d'une attestation de recherche d'entreprise en apprentissage afin de valider un titre professionnel de commis de cuisine du 28 novembre 2022, sa réorientation professionnelle est récente à la date de la décision attaquée et il ne détient ni promesse d'embauche, ni demande d'autorisation de travail. Dans ces conditions, ces éléments ne sauraient constituer des motifs exceptionnels justifiant une admission au séjour au titre du travail. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné par le tribunal pour enfants de D le 14 juin 2017 à une peine de quatre années d'emprisonnement pour de faits graves de vol avec armes, de menace ou acte d'intimidation, d'arrestation ou de séquestration suivi d'une libération avant le 7e jour ainsi que pour des faits de viols en réunion. M. A, qui a exécuté sa peine sur le territoire métropolitain, fait l'objet d'un suivi par les services de la protection judiciaire de la jeunesse de la Haute-Garonne depuis mars 2019 dans le cadre d'un placement extérieur accordé par le juge des enfants de C pour l'exécution de la fin de sa peine et d'un suivi socio-judiciaire. Le requérant se prévaut du respect des mesures de suivi le concernant par la production d'une note de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse du 16 novembre 2020 et d'une attestation de la juge des enfants du 29 octobre 2021. Toutefois, eu égard à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné pénalement, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 8 du présent jugement, la décision de refus de titre de séjour ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de décision du 8 juin 2023 par laquelle le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Sa requête est rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction sous astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

12. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Me Soulas demande au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

14. M. A ne justifiant pas avoir engagé de frais au titre des dépens, ses conclusions à ce titre, qui doivent être regardées comme présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Soulas.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Cuny, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

H. CLENLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2400681

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