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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2400707

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2400707

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2400707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 février et 7 mai 2024, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées ce même jour, Mme A B, représentée par Me Joubin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour " membre de famille d'un ressortissant UE ", ou une autre carte plus favorable, dans un délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle ne mentionne qu'un seul des trois avis de situation déclarative qu'elle a fournis ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur " manifeste " d'appréciation en méconnaissance des articles L. 200-4, L. 233-1 (3°) et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- et les observations de Me Joubin, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne née le 20 avril 1999, est entrée en France le 19 avril 2023, depuis la Tunisie, sous couvert d'un passeport revêtu d'un titre de séjour portant la mention " membre de famille ", délivré par les autorités italiennes, valable du 28 septembre 2019 au 29 septembre 2024. Le 26 avril 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un ressortissant européen, qui a été examinée sur le fondement des articles L. 233-1, L. 233-2 et L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 14 décembre 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. Il résulte des termes mêmes de la décision contestée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () / 3° Descendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; () ". Aux termes de l'article L. 233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : () 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; () ". Et selon son article L. 233-2 : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1. "

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer à Mme B le titre sollicité en considérant qu'elle ne démontrait pas être à la charge de son père, M. B, ressortissant italien installé en France depuis octobre 2022, par la seule production d'une attestation de prise en charge financière établie le 22 avril 2023, du contrat de travail à durée indéterminée signé par M. B le 7 novembre 2022, et un avis de situation déclarative au service des impôts délivré le 9 janvier 2023 par les autorités italiennes.

6. D'une part, Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle ne mentionne qu'un seul avis de situation déclarative au service italien des impôts, au lieu des trois qu'elle a fournis. Si cette circonstance n'est pas contestée par le préfet, qui verse lui-même à l'instance les trois avis mentionnés par Mme B, toutefois la décision litigieuse mentionne bien le plus récent de ces avis. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier ni de la décision contestée, ni des observations du préfet en défense, que ce dernier se serait fondé sur l'absence d'avis de situation déclarative au service italien des impôts en 2021 et en 2022. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. D'autre part, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B disposerait de revenus propres, et si elle est mentionnée comme étant à la charge de son père sur les avis de situation déclarative au service italien des impôts en 2021, 2022 et 2023, ainsi que sur les avis d'imposition français de son père pour les années 2022 et 2023, toutefois ces documents sont purement déclaratifs. De même, les attestations de la Caisse d'allocations familiales, qui la mentionnent comme étant à la charge de son père, se fondent sur ses propres déclarations. De plus, si elle allègue que le logement où elle a vécu en Tunisie au cours de l'année universitaire 2022-2023 appartiendrait à son père, elle ne le justifie par aucune pièce. En outre, si elle soutient que son père a toujours subvenu à ses besoins, notamment lors de l'année qu'elle a passée seule en Tunisie, toutefois elle ne verse qu'une facture de gaz, au demeurant sans démontrer qu'il s'agit de son logement, un relevé bancaire qui établit que son père a procédé au retrait de 800 euros le 6 janvier 2023, ainsi qu'un billet d'avion. Enfin, si Mme B allègue avoir validé une licence 3 en Tunisie lors de cette même année universitaire 2022-2023, elle ne le justifie pas par la seule attestation de présence qu'elle fournit, étant observé qu'elle n'allègue pas avoir suivi des études avant cette date en Italie, ni en France depuis son arrivée. Dans ces circonstances, les éléments dont elle se prévaut ne sont pas suffisants pour établir qu'elle était effectivement à la charge de son père à la date de la décision de refus de titre de séjour en litige. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation, en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 200-4, L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et le préfet ne s'est pas prononcé d'office sur une éventuelle admission à ce titre. Ainsi, elle ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées. Au surplus, si la requérante, âgée de 24 ans à la date de la décision en litige, soutient qu'elle a toujours vécu avec sa famille à l'exception de l'année universitaire 2022-2023, et qu'elle aide au quotidien sa mère, atteinte d'un handicap compris entre 50 % et 80 %, au demeurant sans l'établir, toutefois il ressort des pièces du dossier que son séjour en France est récent, puisqu'elle y est entrée pour la dernière fois huit mois avant la décision litigieuse, qu'elle est célibataire et sans enfant, et qu'elle ne fait valoir aucune insertion socio-professionnelle en France. Enfin, le refus de titre opposé par le préfet n'a pas pour objet, ni pour effet de la priver des liens avec les membres de sa famille résidant en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale susvisé doit être écarté, en toute hypothèse.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne en date du 14 décembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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