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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2400842

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2400842

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2400842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 février et 13 mars 2024, Mme C D épouse A, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de réexaminer sa situation sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir en application des dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dans l'application des articles L. 423-3 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est privée de base légale, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de Le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D épouse A ne sont pas fondés.

Mme D épouse A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Douteaud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse A, ressortissante malgache née le 23 août 1991, est entrée sur le territoire français le 18 mai 2022, sous couvert d'un visa long séjour " conjoint de français " valable du 26 juillet 2021 au 26 juillet 2022, délivré en raison de son mariage, le 6 septembre 2019, avec un ressortissant français. Le 2 décembre 2022, l'intéressée a retiré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 27 juillet 2022 au 26 juillet 2032 auprès de la préfecture de l'Ariège. Le 19 juin 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Français. Par un arrêté du 11 décembre 2023 dont Mme D épouse A demande l'annulation, le préfet de l'Ariège a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme D épouse A ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Ariège s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme D épouse A. Par suite, et alors que le préfet de l'Ariège n'avait à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de la requérante doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :/1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; () ". En vertu de l'article L. 423-3 du même code : " ()/Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ".

5. D'une part, il ressort de l'arrêté attaqué que, pour refuser de renouveler le titre de séjour sollicité par Mme D épouse A, le préfet de l'Ariège lui a opposé l'absence de vie commune avec son époux, révélée par une enquête menée par la gendarmerie de Pamiers à la demande du préfet, à la suite d'un courrier du 30 novembre 2022 que lui avait adressé M. A pour l'informer de la rupture de la communauté de vie. Il ressort également du procès-verbal du 29 septembre 2023 que le domicile conjugal déclaré par Mme D épouse A ne contient pas le mobilier nécessaire à la vie quotidienne, la chambre étant, en particulier, dépourvue de meuble. Il ressort en outre des termes de la requête que Mme D épouse A reconnaît la rupture de la communauté de vie entre époux, laquelle constitue une condition exigée par les dispositions précitées de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au renouvellement d'une carte de séjour délivrée aux conjoints de français. D'autre part, dès lors qu'il n'est pas contesté que Mme D épouse A n'a pas sollicité de changement de statut au cours de l'instruction de sa demande de titre, elle ne peut reprocher au préfet de ne pas l'avoir invitée à déposer un dossier en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", ce que celui-ci n'était pas tenu de faire. Dans ces conditions, le préfet de l'Ariège n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant l'arrêté contesté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D épouse A, qui séjournait sur le territoire français depuis seulement dix-sept mois à la date de la décision attaquée et admet que la communauté de vie avec son époux avait cessé, n'établit pas avoir noué de relations personnelles stables et intenses sur le territoire. Sans charge de famille en France, elle ne soutient par ailleurs pas être isolée à Madagascar, où elle a vécu la majeure partie de sa vie, jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Enfin, si elle se prévaut de sa parfaite intégration, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit, à savoir deux courriers de ses employeurs attestant de leur satisfaction ainsi qu'une attestation de suivi de quatre journées de formation dispensées au titre du contrat d'intégration républicaine, délivrée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Compte tenu de ces éléments, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sollicité, le préfet de l'Ariège n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Ariège s'est fondé pour prononcer à l'encontre de Mme D épouse A une obligation de quitter le territoire français et mentionne notamment l'irrégularité de sa situation administrative et ses attaches familiales à Madagascar. Dès lors, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.

9. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, Mme D épouse A n'établit pas avoir noué de relations personnelles suffisamment stables et intenses sur le territoire national. En outre, si elle justifie occuper un emploi d'agent d'entretien depuis le 22 mars 2023 à la mairie d'Albi et avoir travaillé pour une société de services depuis le 5 octobre 2023, ces éléments, à eux seuls, ne sont pas de nature à caractériser une intégration professionnelle telle qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Ariège aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En troisième et dernier lieu, pour les motifs énoncés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

11. Les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision en litige serait illégale en raison de l'illégalité de la décision obligeant Mme D épouse A à quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme D épouse A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D épouse A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D épouse A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse A, à Me Cohen et au préfet de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Nathalie Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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