mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2400915 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés respectivement les 14 février, 18 mars et 28 octobre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme A D demande au tribunal :
1°)d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°)d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de faire droit à sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre des perturbations morales et psychologiques ayant résulté de l'arrêté attaqué.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé ;
- elle n'a pas détourné l'objet du visa qui lui a été délivré ;
- en refusant de procéder au renouvellement de son titre de séjour au motif qu'elle n'établissait pas la réalité et le sérieux de ses études, le préfet a commis une erreur d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cherrier,
- et les observations de Mme D.
Une note en délibéré enregistrée le 19 novembre 2024, a été présentée par Mme D et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante togolaise née le 18 juin 2000, est entrée régulièrement en France le 14 octobre 2022 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 23 septembre 2022 au 22 septembre 2023. Le 17 novembre 2023, elle en a sollicité le renouvellement. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté réglementaire du 12 janvier 2024 publié au recueil administratif spécial n° 31-2024-018 du 15 janvier 2024, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous les actes et décisions en matière de police des étrangers, au nombre desquels figurent les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé à Mme D un titre de séjour portant la mention " étudiant " vise les textes applicables et fait état des éléments de fait propres à sa situation justifiant, selon l'administration, le rejet de sa demande. Cette décision, qui énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est, par suite, suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation dans des disciplines spécialisées qui n'existent pas dans l'État d'origine sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. "
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est vue délivrer un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant " aux fins de poursuivre des études en deuxième année de licence " Droit, économie, gestion mention économie et gestion ", à l'université des Antilles à Fort-de-France en Martinique. Il est par ailleurs constant que l'intéressée, qui a quitté le Togo le 13 octobre 2022, est arrivée en France, à l'aéroport d'Orly, le 14 octobre et qu'elle ne s'est par ailleurs jamais rendue en Martinique. Si elle s'est par la suite inscrite à l'ESI Business school à Toulouse, à une date indéterminée, elle a été exclue de cet établissement à compter du 17 février 2023 et ne justifie pas qu'elle aurait suivi des études au cours de cette année universitaire. Alors même qu'elle s'est inscrite, pour la rentrée universitaire de septembre 2023, en troisième année de Bachelor " gestion finances " à l'ESG de Toulouse, elle n'indique pas les motifs pour lesquels elle ne s'est pas rendue en Martinique ni n'a poursuivi les études pour lesquelles un visa de long séjour lui avait été accordé. Au vu de l'ensemble de ces éléments, et nonobstant la circonstance qu'elle a validé la troisième année de " Bachelor " à laquelle elle s'est inscrite en septembre 2023, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a pu considérer, à la date de sa décision de refus de renouvellement de titre de séjour, que Mme D n'établissait pas le caractère réel et sérieux de ses études. Si celle-ci fait valoir que contrairement à ce qu'a considéré le préfet, elle n'a pas détourné l'objet du visa qui lui avait été délivré, cette circonstance, à la supposer établie, est sans conséquence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour qui est fondée sur le défaut de caractère réel et sérieux de ses études, lequel apparaît établi alors même que l'intéressée n'aurait pas entendu délibérément s'abstenir de poursuivre le cursus pour lequel un premier titre de séjour en qualité d'étudiante lui a été délivré.
6. En quatrième et dernier lieu, si Mme D fait valoir que l'exécution de la décision par laquelle le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français est de nature à interrompre son année universitaire en cours et à ruiner les sacrifices financiers qu'elle a pu faire, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 5 février 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'indemnisation des perturbations morales et psychologiques ayant résulté de cet arrêté.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mlle D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
N. SARRAUTE
La présidente-rapporteure,
S. CHERRIERLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026