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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2400961

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2400961

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2400961
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2024, M. B A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la délibération n° 2024-29/01-006 du 29 janvier 2024 par laquelle le conseil municipal de Cazères (31) a retiré la délibération n° 2023-26/09-66 du 26 septembre 2023 relative au rachat de l'emprunt n° 0032 94 43 contracté auprès de l'établissement bancaire Crédit Agricole.

Il soutient que :

- il a un intérêt à agir en qualité d'habitant et de conseiller municipal de la commune de Cazères ;

- la délibération contestée entraînera des conséquences immédiates et très importantes sur le compte administratif 2023 de la commune, ainsi que lors de la présentation du débat d'orientation budgétaire en mars 2024 et lors de l'établissement et du vote du budget primitif avant le 15 avril 2024 ; elle tend à prolonger une grave situation d'insécurité budgétaire ;

- la délibération contestée a pour effet d'empêcher l'inscription de 1,8 million d'euros en recettes d'investissement en méconnaissance du principe de sincérité budgétaire, d'augmenter fortement l'endettement de la commune et de détériorer sa capacité d'autofinancement brute, ce qui est susceptible d'inquiéter les prestataires de ses différents marchés ;

- la délibération contestée a été adoptée en méconnaissance du droit à l'information des conseillers municipaux, garanti par l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, dès lors que le maire ne lui a pas transmis, préalablement à la séance du conseil municipal du 29 janvier 2024 à 20h00, les éléments sollicités par courriel le matin même, et que ces informations n'ont pas non plus été communiquées au début de cette séance ; le projet de délibération n'a pas été communiqué en amont de ce conseil ; seule une note de synthèse a été jointe à la convocation des conseillers municipaux ; ce projet n'a pas non plus été lu en séance ;

- la délibération n° 2023-26/09-66 du 26 septembre 2023 a été adoptée à la suite d'un courrier des services de l'Etat du 31 juillet 2023 relatif à la situation financière de la commune, dans l'objectif de renégocier sa dette, de réintégrer en recettes d'investissement une somme d'1,8 million d'euros correspondant au solde d'un prêt bancaire, et d'ouvrir un compte à terme auprès du Trésor public ; le prêt contracté auprès du Crédit Agricole au taux de 3,07 % a été remboursé de façon anticipée en valeur du 15 novembre 2023, de telle sorte que seule la ligne correspondant au prêt à 0,93 % est toujours ouverte à cette banque.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 19 février 2024 sous le n° 2400981.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Frindel, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 de ce même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 2312-1 du code général des collectivités territoriales : " Le budget de la commune est proposé par le maire et voté par le conseil municipal. / Dans les communes de 3 500 habitants et plus, le maire présente au conseil municipal, dans un délai de deux mois précédant l'examen du budget, un rapport sur les orientations budgétaires, les engagements pluriannuels envisagés ainsi que sur la structure et la gestion de la dette. Ce rapport donne lieu à un débat au conseil municipal, dans les conditions fixées par le règlement intérieur prévu à l'article L. 2121-8. Il est pris acte de ce débat par une délibération spécifique () ". L'article L. 1612-2 du même code dispose : " Si le budget n'est pas adopté avant le 15 avril de l'exercice auquel il s'applique, ou avant le 30 avril de l'année du renouvellement des organes délibérants, le représentant de l'Etat dans le département saisit sans délai la chambre régionale des comptes () ". Aux termes de l'article L. 1612-11 du même code : " Sous réserve du respect des dispositions des articles L. 1612-1, L. 1612-9 et L. 1612-10, des modifications peuvent être apportées au budget par l'organe délibérant, jusqu'au terme de l'exercice auquel elles s'appliquent () ". Selon l'article L. 1612-12 du même code : " L'arrêté des comptes de la collectivité territoriale est constitué par le vote de l'organe délibérant sur le compte administratif présenté selon le cas par le maire, le président du conseil départemental ou le président du conseil régional après transmission, au plus tard le 1er juin de l'année suivant l'exercice, du compte de gestion établi par le comptable de la collectivité territoriale. Le vote de l'organe délibérant arrêtant les comptes doit intervenir au plus tard le 30 juin de l'année suivant l'exercice () ".

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la délibération attaquée, M. A soutient que cette dernière aura des conséquences immédiates graves sur le compte administratif 2023 de la commune, ainsi que lors de la présentation du débat d'orientation budgétaire en mars 2024 et du vote du budget primitif avant le 15 avril 2024. Il soutient, en outre, qu'elle tend à prolonger une grave situation d'insécurité budgétaire. Toutefois, il résulte de l'instruction que la décision litigieuse se borne à retirer la délibération du 26 septembre 2023 précitée autorisant le maire de Cazères à négocier le rachat d'un prêt contracté auprès du Crédit Agricole, en raison du rejet par le comptable public de la décision modificative n° 3 du budget principal 2023 de la commune du 16 novembre 2023. Ainsi, elle n'a pas pour effet, par elle-même, compte tenu de sa nature et de sa portée, d'entraîner une méconnaissance du principe de sincérité budgétaire susceptible d'affecter le compte administratif 2023, ni le débat d'orientation budgétaire sur le budget primitif pour l'année 2024, auquel le requérant, en sa qualité de conseiller municipal, sera d'ailleurs amené à participer avec la possibilité d'y faire valoir ses arguments. Par ailleurs, et alors que le budget primitif est un document prévisionnel qui peut être modifié en cours d'exercice, le requérant ne justifie pas d'une urgence particulière justifiant l'intervention du juge des référés avant l'adoption du budget primitif 2024. Enfin, M. A ne justifie pas de la situation d'insécurité budgétaire qu'il invoque au titre de l'urgence, alors que, comme il l'indique lui-même, le prêt contracté auprès du Crédit Agricole au taux de 3,07 % a été remboursé de façon anticipée en valeur du 15 novembre 2023.

4. Il résulte de ce qui précède que la condition tenant à l'urgence, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie en l'espèce. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la délibération attaquée, il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter la requête de M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Une copie en sera adressée à la commune de Cazères.

Fait à Toulouse, le 22 février 2024.

Le juge des référés,

T. FRINDEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

ou par délégation la greffière,

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