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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2400980

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2400980

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2400980
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné le recours de M. A, ressortissant guinéen, contre un arrêté préfectoral du 22 janvier 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le requérant invoquait notamment une insuffisance de motivation, une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et du droit d'être entendu. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses demandes, estimant que l'arrêté était suffisamment motivé, que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, et que la procédure avait respecté le principe du contradictoire. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 19 février et le 25 mars 2024, M. B A, représenté par Me Gontier, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer une carte de séjour d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation au titre de son activité professionnelle et de sa vie privée et familiale en France et, en toute hypothèse, dans l'attente et dès notification du jugement à intervenir de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'État, ou à lui-même sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 47 du code civil et l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 dès lors qu'il justifie effectivement de son état-civil, les documents justifiant de son état civil ayant été légalisés par le consulat de Guinée à Paris et ayant donné lieu à la délivrance d'une carte d'identité consulaire par le consulat de Guinée en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- ces décisions n'ont pas été prises sur sa demande il devait donc être mis en mesure de présenter ses observations préalablement à leur édiction, elles ont donc été prises en méconnaissance du principe du contradictoire résultant des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et du droit d'être entendu résultant du droit de l'Union européenne ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet du Tarn, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viseur-Ferré ;

- et les observations de Me Gontier, avocat, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, qui a déclaré être né le 10 janvier 2002 et qui soutient être entré en France en 2018, a été placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance du Tarn par jugement du 18 février 2019. En septembre 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui lui a été refusé le 17 septembre 2021 par la préfète du Tarn. Le 17 janvier 2023, M. A a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement d'une admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté du 22 janvier 2024, dont l'annulation est demandée, le préfet du Tarn refusé la délivrance d'un titre de séjour, a fait obligation à M. A de quitter le territoire français, a fixé un délai de trente jours pour procéder à l'exécution volontaire de cette obligation et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire au moment de l'introduction de sa requête, toutefois il est constant qu'il n'a ensuite pas formalisé sa demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Dès lors, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France au plus tard en août 2018 et qu'il a été pris en charge en qualité de mineur, un jugement du 18 février 2019, retenant une présomption de minorité, l'a confié à l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 10 janvier 2020, date de sa majorité. A compter de cette date il a bénéficié d'un contrat d'accueil provisoire Jeune majeur renouvelé jusqu'au 16 juillet 2022. Dans ce cadre, M. A a intégré une formation professionnelle en septembre 2020 et il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) mention Sellerie générale en juillet 2021. En juillet 2021, il a conclu un contrat d'apprentissage, financé par un organisme paritaire collecteur agréé, d'une durée de deux ans avec la société Ben Abdallah Abdelhamid AB Color dans le cadre de la préparation du CAP. Toutefois, en septembre 2021, la demande présentée en septembre 2020 par M. A de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423- 22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée et le préfet du Tarn lui a fait obligation de quitter le territoire français. En mai 2023, M. A a interjeté appel du jugement du tribunal du 17 avril 2023 ayant rejeté son recours contre ces décisions. Parallèlement M. A, qui a obtenu en juillet 2022 un CAP mention Peintre applicateur de revêtements, a présenté en janvier 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Ainsi il ressort des pièces du dossier que M. A, qui parle couramment français, résidait en France depuis plus de cinq ans à la date de la décision contestée. Il ressort également des pièces du dossier, en particulier des attestations de ses professeurs de 2019 à 2022 et du président du club de football de Blagnac, que durant cette période, M. A, décrit comme sérieux, digne de confiance, respectueux des autres et bien intégré, déterminé, consciencieux, courageux, s'est montré soucieux de réussir et que, malgré des difficultés en particulier la rupture du contrat d'apprentissage du fait de la décision de septembre 2021 de refus de délivrance d'un titre de séjour, il s'est pleinement engagé dans les deux formations professionnalisantes qu'il a suivies et qui se sont concrétisées par l'obtention du diplôme préparé. Il ressort également des pièces du dossier que M. A s'est vu proposer en avril 2022 puis en février 2023 une promesse d'embauche par deux entreprises différentes. Dans ces conditions, eu égard aux circonstances très particulières de l'espèce, à l'implication de M. A dans sa prise en charge par les services sociaux et à son insertion professionnelle en cours en France et alors même qu'il ressort des pièces du dossier qu'il conserverait des liens avec sa famille dans son pays d'origine où résident sa mère, sa demi-sœur et son oncle, M. A est fondé à soutenir que la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2024 du préfet du Tarn portant refus de lui délivrer un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant un délai de trente jours pour procéder à l'exécution volontaire de cette obligation et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre portant admission exceptionnelle au séjour au titre de l'insertion professionnelle soit délivré à M. A sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Tarn de délivrer un tel titre de séjour au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 22 janvier 2024 du préfet du Tarn est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. A un titre portant admission exceptionnelle au séjour au titre de l'insertion professionnelle dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à M. A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gontier et au préfet du Tarn.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Péan, conseillère,

Mme Préaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024

La plus ancienne assesseure,

C. PÉAN

La présidente-rapporteure,

C. VISEUR-FERRÉ La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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