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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2401331

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2401331

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2401331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDERKAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces enregistrés les 6 mars, 30 et 31 mai 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B A représenté par Me Derkaoui demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " étranger malade ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 28 février 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 10 mai 1986 qui déclare être entré sur le territoire français dans le courant de l'année 2019, a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade valable du 24 août 2021 au 23 mars 2022, régulièrement renouvelé jusqu'au 21 janvier 2023. Le 16 janvier 2023, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 5 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2024, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne constitue pas la base légale du refus de séjour, qui n'est pas intervenu pour l'application d'une telle décision. Par suite, le moyen présenté à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour et tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Pour refuser d'admettre M. A au séjour, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 20 mars 2023, qui précise que si le défaut de prise en charge médicale du requérant peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

7. M. A, qui souffre d'une tuberculose pulmonaire et d'un handicap majeur du membre supérieur gauche, se prévaut d'un certificat de situation sociale délivré par le ministère de l'intérieur de Tunisie qui fait état de la nécessité de lui attribuer une aide, ainsi que d'un justificatif de rendez-vous sur sa demande au service neurologie de l'hôpital Pierre Paul Riquet le 4 juin 2024. Toutefois, ces seuls éléments, qui ne remettent pas en cause la possibilité pour le requérant de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, ne sauraient renverser l'appréciation portée par le préfet de la Haute-Garonne au vu de l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023 publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à

Mme D C, en tant que directrice des migrations et de l'intégration, pour signer les arrêtés portant refus d'admission au séjour des étrangers ainsi que ceux portant mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en faut.

9. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué en ce qu'il porte décision de refus de séjour vise notamment les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique, après avoir mentionné l'avis du collège des médecins de l'OFII du 20 mars 2023, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, M. A peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que la décision attaquée ne porte pas atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. En application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur le 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour, dès lors que celle-ci est suffisamment motivée. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

11. M. A, qui a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade valable du 24 août 2021 au 23 mars 2022, régulièrement renouvelé jusqu'au 21 janvier 2023, soutient qu'il a tissé des liens durant son séjour. Toutefois, l'intéressé, qui a bénéficié d'un droit au séjour de dix-sept mois pour bénéficier de soins, n'avait pas vocation à rester en France et ne conteste pas qu'il puisse bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Au demeurant, il ne ressort d'aucune des pièces produites, que le requérant, qui est célibataire et sans enfant, et qui est hébergé dans le cadre de l'urgence sociale par la Croix rouge française, aurait établi sur le territoire national le centre de ses intérêts privés et qu'il y bénéficierait, en dépit de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé dont il bénéficie, de la moindre intégration sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas allégué que M. A serait dépourvu d'attache dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en édictant la décision attaquée. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 5 octobre 2023.

Sur les autres conclusions de la requête :

14. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Derkaoui et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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