mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2401424 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, M. B A, représenté par Me Bonneau, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 21 septembre 2021 en tant que, par cet arrêté, le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de le libérer du centre de rétention administrative de Toulouse-Cornebarrieu sous astreinte de 1 000 euros par heure de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui remettre un dossier de demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade et de le placer sous récépissé de demande de titre de séjour dans l'attente ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 400 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il est actuellement placé en rétention administrative et exposé à la mise à exécution imminente de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet alors qu'il souffre d'une pathologie cardiaque grave ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, son état de santé s'étant détérioré depuis le prononcé de l'obligation de quitter le territoire français du 21 septembre 2021, qu'il n'a pas contestée, et n'étant pas compatible avec un éloignement forcé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 21 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande de titre de séjour de M. A, ressortissant algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par un arrêté du 19 février 2024, le préfet a placé M. A en rétention administrative en vue de son éloignement vers l'Algérie. Par la présente requête, M. A, qui n'a pas contesté la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 21 septembre 2021 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
Sur l'urgence :
3. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'obligation de quitter le territoire français du préfet de la Haute-Garonne, M. A fait valoir qu'il est actuellement placé en rétention administrative et exposé à la mise à exécution imminente de la mesure d'éloignement en litige alors qu'il souffre d'une pathologie cardiaque grave. Si M. A a été placé en rétention administrative pour une durée de 48 heures à compter du 19 février 2024 en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, il ne ressort pas des pièces qu'il a produites que, comme il le soutient, le juge des libertés et de la détention de Toulouse aurait, par une décision définitive, fait droit à la demande du préfet de la Haute-Garonne de prolonger son placement en rétention. Ainsi, et en l'absence de production d'éléments susceptibles d'établir que l'exécution d'office de la décision du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français pourrait intervenir dans un très bref délai, M. A ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative.
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
5. La procédure spéciale mise en place par les articles L. 614-1 et L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elle est par suite exclusive. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
6. Ainsi qu'il a été exposé au point précédent, il appartient à M. A de justifier de circonstances de droit ou de fait nouvelles depuis l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 21 septembre 2021, qu'il n'a pas contesté. Le requérant fait valoir que la mesure d'éloignement en litige n'est pas compatible avec son état de santé, qui s'est fortement dégradé. Toutefois, les seuls documents médicaux qu'il produit, dont il ressort qu'il a bénéficié en 2017 d'un remplacement valvulaire aortique mécanique, ont été établis en juillet et octobre 2020 et soumis au préfet dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour que M. A a présentée le 3 juin 2021 en qualité d'étranger malade, et qui a été rejetée par l'arrêté précité du 21 septembre 2021 portant également obligation de quitter le territoire français. Ainsi, l'état de santé de M. A, dont il n'est pas démontré qu'il se serait sensiblement dégradé depuis l'arrêté attaqué, ne peut être regardé comme une circonstance de droit ou de fait nouvelle intervenue postérieurement à cet arrêté. Par suite, les conclusions de la requête de M. A tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 21 septembre 2021 sont irrecevables et doivent être rejetées.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Bonneau.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 12 mars 2024.
La juge des référés,
V. Poupineau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
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