jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2401754 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mars 2024, M. B A, représenté par Me Thiam, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son avocat par l'application combinée des articles 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur la décision portant retrait de titre de séjour
- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il participe à l'entretien de son fils et connaît l'adresse où résident son fils et son épouse ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est de nature à emporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative au droit de l'enfant ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français durant une année
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle est illégale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde est illégale ;
-elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
-elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juin 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuny,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais, né le 18 janvier 1976 à Douala (Cameroun), a déclaré être entré irrégulièrement en France le 17 juillet 2014. Il a été titulaire d'une carte de séjour temporaire entre le 5 avril 2016 et le 18 novembre 2017 en sa qualité d'étranger malade puis d'une carte de séjour pluriannuelle entre le 12 avril 2018 et le 11 avril 2020 en sa qualité de conjoint de français. Le 13 mars 2023, une enquête de communauté de vie diligentée par la gendarmerie nationale a conclu à la rupture de la communauté de vie entre le requérant et son épouse, laquelle résiderait en région parisienne avec l'enfant mineur issu de leur union. Par un arrêté du 1er mars 2024, pris après mise en œuvre d'une procédure contradictoire, le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, lui a enjoint de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retour pendant une durée d'un an. Il s'agit des décisions dont l'annulation est demandée.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant retrait de titre de séjour :
4. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'enquête de communauté de vie rédigé le 12 mars 2023 et du questionnaire d'enquête, que M. A a indiqué aux forces de gendarmerie ignorer l'adresse de sa conjointe. Il en ressort également qu'il a tenu des déclarations confuses à ce propos, indiquant d'abord qu'elle serait hébergée chez des amis avant de déclarer qu'elle résiderait dans sa famille. D'autre part, s'il soutient participer à l'entretien de son fils, il ne l'établit pas. Il se borne ainsi à produire deux tickets de caisse relatifs à des achats d'articles dont il est impossible d'identifier la nature et la destination, le relevé de compte du livret A de son fils comportant des virements réalisés par le requérant mais également des retraits à son bénéfice de tel sorte que la balance de ces opérations est nulle et enfin, des attestations rédigées par son épouse mentionnant des virements bancaires opérés afin de s'acquitter d'une pension alimentaire. En outre, s'il produit plusieurs courriers émanant du Service d'éducation spécialisés, de soins et d'aide à domicile de l'Essonne, où son fils serait pris en charge du fait de son handicap, ceux-ci n'ont pour objet que d'organiser la prise en charge de son enfant en internat à l'IME Marie-Auxiliatrice et, manifestent, au surplus, la faiblesse de l'investissement du requérant. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'erreurs de fait. Ce moyen tiré de sa participation effective à l'entretien de son fils doit être écarté.
5. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2024, régulièrement publié au recueil administratif spécial n° 31-2021-08 de la préfecture le 15 janvier 2024, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
7. En deuxième lieu, la décision contestée vise les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, et notamment son article 8, ainsi que la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par ailleurs, elle fait référence à la situation familiale de M. A, à ses liens personnels sur le territoire français et dans son pays d'origine ainsi qu'à la situation particulière de son fils, et notamment à son état de santé. La décision portant obligation de quitter le territoire comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. En troisième lieu, ainsi qu'il l'a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A participe à l'entretien de son enfant. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait de nature à emporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A et son épouse sont séparés de corps depuis 2022 et que cette dernière se serait installée en région parisienne avec leur enfant. En outre, M. A ne participe pas à l'entretien de son enfant. Certes, M. A exerce une activité professionnelle de maçon et de poseur de canalisation. Toutefois, cette activité est exercée dans le cadre d'un contrat de mission temporaire et revêt, par nature, un caractère précaire et incertain. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le préfet ne peut être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur sa situation personnelle.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. M. A n'établit pas, ainsi qu'il l'a déjà été dit, qu'il participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français, ni qu'il entretiendrait des liens affectifs avec lui. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
13. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
15. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 613-2 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative doit faire état, dans sa décision, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
16. En l'espèce, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français précise qu'elle est prise en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique également que, nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement et de menace à l'ordre public, M. A est entré en France en 2014 de manière irrégulière à l'âge de trente-cinq ans, qu'il est séparé de son épouse française, qu'il n'y a plus de communauté de vie entre eux deux, que l'enfant commun du couple vit avec sa mère en région parisienne et que sa fille aînée mineure vit dans son pays d'origine. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait et n'est entachée, par ailleurs, d'aucune erreur de droit.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. Cette décision contestée vise l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique également que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision est suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
18. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire, a fixé le pays de destination a l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions de M. A tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Cuny, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
L. CUNY
Le président,
H. CLENLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026