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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402197

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402197

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024, M. B A, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour de plus de six mois l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai d'un mois après la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dès la notification du jugement à intervenir, de statuer sur sa demande dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans l'attente et dès la notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour de plus de six mois l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Tercero de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, s'agissant de la réalité de sa présence en France et de l'existence d'une communauté de vie effective et actuelle avec son épouse ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 19 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet suivant.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Frindel, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant cambodgien, est entré en France le 23 avril 2019, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 5 avril au 3 juillet 2019. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 juin 2019. Par un arrêté du 9 décembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français. Le 13 juillet 2022, M. A a sollicité son admission au séjour en se prévalant de la présence en France de son épouse et de leur fils âgé de trois ans. Par décision du 25 septembre 2023, prise sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature accordée par le préfet de la Haute-Garonne par un arrêté du 13 mars 2023, publié au recueil administratif spécial de la préfecture du 15 mars 2023, à l'effet de signer notamment les refus d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " .

4. Pour rejeter la demande d'admission au séjour présentée par M. A, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'apportait pas la preuve de l'existence d'une communauté de vie effective et actuelle avec son épouse, que sa présence en France n'était pas établie entre septembre 2020 et mai 2022, qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en décembre 2020, qu'il ne présentait aucune perspective réelle et sérieuse d'insertion professionnelle, qu'il n'établissait pas être dans l'impossibilité de regagner temporairement le Cambodge le temps pour son épouse de solliciter à son profit une mesure de regroupement familial, qu'il ne démontrait pas avoir créé sur le territoire national des liens personnels outre que familiaux, et qu'il ne justifiait pas de ses conditions d'existence en France ni d'une insertion particulière dans la société française.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 23 avril 2019 à l'âge de 31 ans et qu'il s'est irrégulièrement maintenu sur le territoire national après le rejet de sa demande d'asile, malgré l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 9 décembre 2020. Par ailleurs, s'il se prévaut de son mariage, le 30 octobre 2021, avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'en 2024, de la communauté de vie effective avec cette dernière, de la naissance de leurs deux enfants en août 2020 et mai 2023 et de la scolarisation de l'aîné de ces enfants depuis l'année 2023-2024, ces circonstances ne sauraient être regardées comme entachant la décision attaquée d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard des motifs de son édiction, dès lors, notamment, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait des obstacles réels et sérieux à sa séparation momentanée avec son épouse et leurs enfants, le temps que la procédure de regroupement familial, que le requérant a la possibilité de solliciter, puisse aboutir. Enfin, ce dernier ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière et durable en France. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions du séjour du requérant sur le territoire français, l'autorité préfectorale n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision lui refusant l'admission au séjour a été prise. Le préfet n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation. Enfin, eu égard à ce qui précède, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur l'absence de preuve de la communauté de vie effective entre le requérant et son épouse, ni sur la circonstance que la présence en France de celui-ci n'était pas établie entre septembre 2020 et mai 2022. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait, s'il est fondé en ce qui concerne ces deux circonstances, demeure sans incidence, sur la légalité de l'arrêté attaqué.

6. En troisième et dernier lieu, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner le requérant du territoire français et de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Bouisset, première conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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