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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402205

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402205

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril et 9 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Francos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision attaquée pouvait légalement être fondée sur le motif tiré de ce que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 20 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet suivant.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Frindel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais (RDC), déclare être entré en France le 15 août 2022. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 janvier 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 19 juillet 2023. Par un arrêté du 15 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français. Le 19 septembre 2023, M. C a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 22 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par décision du 23 avril 2024, M. C été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, la décision attaquée vise l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise l'identité, la nationalité et la date déclarée d'entrée en France du requérant, la circonstance que sa demande d'asile a été rejetée et qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français non exécutée. Elle mentionne que le requérant a sollicité son admission au séjour pour motif humanitaire en raison de son état de santé et que sa demande a été examinée sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, elle précise que, selon l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) rendu le 7 décembre 2023, l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Elle ajoute que M. C ne justifie pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine et que rien dans sa situation ne justifie de répondre favorablement à sa demande. Dans ces conditions, alors qu'il n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences. / Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine ".

6. En l'espèce, pour refuser d'admettre M. C au séjour, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il n'établissait pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins nécessités par son état de santé dans son pays d'origine.

7. Il ressort du certificat médical établi le 20 septembre 2023 par un praticien hospitalier du service de psychiatrie d'un hôpital toulousain que le traitement prescrit à M. C comprend de la venlafaxine, de la cyamémazine, de la rispéridone, de l'oxazépam et de la miansérine. Or, ainsi qu'il ressort de la liste des médicaments essentiels disponibles en République démocratique du Congo, laquelle n'est pas contredite par les autres pièces versées à l'instance, seule la rispéridone est disponible dans ce pays. Dans ces conditions, et alors que la défense ne conteste pas les allégations du requérant quant à l'indisponibilité d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine, le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait légalement se fonder sur le motif cité au point précédent pour rejeter la demande de titre de séjour de M. C.

8. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Selon les termes de son mémoire en défense du 14 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne doit être regardé comme s'appropriant l'avis du collège de médecins de l'OFII du 7 décembre 2023, selon lequel l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et comme sollicitant une substitution de motifs en ce sens.

10. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

11. Pour contester l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII, M. C produit notamment deux certificats médicaux établis les 17 mai et 20 septembre 2023 par le Dr B, psychiatre, praticien hospitalier, faisant état d'un " tableau clinique évocateur d'un syndrome psycho-traumatique " à raison de sévices, de violences et de menaces de mort dont il aurait été victime dans son pays d'origine, aggravé notamment d'une " symptomatologie dépressive ", avec des " éléments de déstructuration psychique importants " et une " activité hallucinatoire à tonalité mélancolique ", pour lesquels un traitement médicamenteux associant cinq molécules lui est prescrit. Toutefois, si le second certificat médical fait état d'un " risque non négligeable de passage à l'acte médico-légal ", cette seule mention ne saurait suffire à remettre utilement en cause le bien-fondé de l'avis sus-évoqué rendu par le collège de médecins de l'OFII. Par suite, il y a lieu de faire droit à la substitution de motifs sollicitée dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur ce motif tiré de l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas d'arrêt du traitement, que cette substitution ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que ce dernier a été mis à même, dans le cadre de la procédure contradictoire devant le tribunal, de présenter ses observations. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de M. C doit également être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Francos et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Meunier-Garner, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

M.-O. MEUNIER-GARNER

La greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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