mercredi 29 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2402247 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PETER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 avril et 9 octobre 2024 sous le n°2402247, Mme B A, représentée par Me Peter, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder au réexamen de situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est de nature à emporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés les 13 septembre et 13 novembre 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2025, sous le n°2500150, Mme B A, représentée par Me Peter, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2025 par lequel le préfet du Tarn l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;
- il a été notifié dans des conditions irrégulières ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2025, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président par intérim du tribunal a désigné Mme Cuny, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et
L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuny,
- les observations de Me Peter, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de Mme A, qui répond aux questions de la magistrate désignée,
- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté,
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne, née le 15 mai 1975 à Conakry (Guinée), déclare être entrée en France le 8 juin 2012. Elle a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée le 22 novembre 2013. Entre le 4 avril 2014 et le 17 août 2017, elle a
été titulaire d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du
15 janvier 2019, le préfet du Rhône a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 18 mars 2021, le préfet du Tarn a rejeté sa demande exceptionnelle au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour " entrepreneur-profession libérale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 7 janvier 2025, le préfet du Tarn l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme A demande l'annulation de ces deux derniers arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2402247 et 2500150 présentées pour Mme A concerne la situation d'une même personne. Il y a eu lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 24 janvier 2024 :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A réside sans discontinuité sur le territoire français depuis, à tout le moins, le 22 novembre 2013, date à laquelle a été rendue la décision prise par la Cour nationale du droit d'asile sur sa demande d'asile, soit depuis plus de
dix ans à la date de la décision litigieuse. En outre, la requérante établit, par la production de nombreux bulletin de paie et de plusieurs attestations de réussite à des formations diplômantes, d'une insertion professionnelle d'une intensité particulière sur le territoire français. Notamment, le 14 août 2018, Mme A a créé une entreprise de préparation de plats cuisinés à emporter dont le chiffre d'affaires est en constante augmentation depuis 2020. En outre, il ressort des pièces du dossier que, depuis le 5 août 2021, Mme A est chargée d'assurer la livraison des repas chauds pour les élèves de l'école La Calandreta d'Albi, dans le cadre d'une convention de restauration, annuellement renouvelée depuis lors. Dans ces conditions, il est établi que
Mme A a fixé le centre de ses intérêts privés sur le territoire français sans que ne puisse être sérieusement opposée la circonstance qu'elle soit célibataire et que ses quatre enfants majeurs résident en dehors du territoire. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que le préfet du Tarn a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, que Mme A est fondée à en demander l'annulation.
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
7. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Par ailleurs, en raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision par laquelle le préfet du Tarn a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A doit être annulée. Par voie de conséquence, il y a lieu de prononcer également l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne l'arrêté du 7 janvier 2025 :
9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus, et notamment des considérations de faits et de droit mentionnées aux points 15, 16 et 22, que l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet du Tarn a assigné Mme A à résidence pour une durée de quarante-cinq jour doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024 attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à la requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à au préfet du Tarn de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme A.
Sur les frais liés au litige :
11. Dès lors que Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce,
sous réserve que M. Peter, avocat de Mme A renonce à percevoir la somme correspondant
à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Peter de la somme
de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du préfet du Tarn des 25 janvier 2024 et 7 janvier 2025 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4: Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Peter renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Peter une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Peter et au préfet du Tarn.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025
La magistrate désignée,
L. CUNY
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en cheffe
N°2402247, 2500150
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026