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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402316

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402316

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2024, M. D A B, représenté par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions combinées du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions du d) de l'article 7 ter et du a) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation en fait ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrer un titre de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation en fait ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A B ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2024.

Par une ordonnance du 31 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 2024 à 12:00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Douteaud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 6 mai 1981, est entré en France le 24 mars 2011, selon ses déclarations. Le 30 novembre 2013, le préfet des Alpes-Maritimes a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Après son mariage le 24 septembre 2022 avec une ressortissante française, M. A B a présenté une demande de délivrance de titre de séjour en se prévalant de sa qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 20 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrer un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, elle rappelle les conditions d'entrée de M. A B sur le territoire ainsi que ses attaches familiales en France. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / () ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

4. D'autre part, aux termes du a) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français ; () ". Le d) de l'article 7 ter du même accord énonce : " Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 : / - Les ressortissants tunisiens qui, à la date d'entrée en vigueur de l'accord signé à Tunis le 28 avril 2008, justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le séjour en qualité d'étudiant n'étant pas pris en compte dans la limite de cinq ans () ". Ces stipulations subordonnent la délivrance du titre de séjour de plein droit à la présence habituelle effective du demandeur sur le territoire national pendant la durée requise. En outre, le préfet, dans le cadre de l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, peut apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. M. A B soutient tout d'abord que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir d'appréciation. Il se prévaut à cet égard de sa relation avec son épouse. Toutefois, ainsi que l'a relevé le préfet, le requérant ne justifie ni d'une entrée régulière en France ni, ainsi qu'il sera vu ci-après, d'une durée de présence continue en France suffisante. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a tenu compte du mariage de M. A B avec une ressortissante française.

6. M. A B soutient également résider sur le territoire français depuis plus de dix ans. Toutefois, les pièces qu'il produit, composées dans leur grande majorité d'ordonnances médicales, d'attestation de prises de rendez-vous et de comptes-rendus médicaux, si elles attestent d'une présence épisodique, ne sont pas de nature à établir la présence habituelle du requérant en France depuis l'année 2013, alors, d'ailleurs, qu'il ne produit aucun justificatif pour l'année 2019.

7. Enfin, à la date de sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, le 27 février 2023, M. A B ne justifiait pas être marié à une ressortissante française depuis une année, son mariage ayant été célébré le 24 septembre 2022. Dès lors, les moyens tirés d'erreurs manifestes d'appréciation dans l'application des dispositions de l'accord franco-tunisien doivent être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Ainsi qu'il a été dit, M. A B n'établit pas qu'il était présent sur le territoire depuis dix ans à la date de l'arrêté attaqué. La durée de sa présence en France demeure indéterminée dès lors que l'attestation d'hébergement émanant de son épouse n'est pas suffisamment probante et que le seul justificatif de domicile produit porte sur une période d'un mois et est au seul nom de son épouse. En outre, en se bornant à produire un certificat médical indiquant que l'état de santé de celle-ci a nécessité sa présence auprès d'elle durant une hospitalisation de sept jours, et deux attestations rédigées par une voisine et un chauffeur de taxi attestant que le couple est aperçu en ville et qu'il a emprunté une voiture à plusieurs reprises en 2022 et 2023, M. A B ne démontre pas l'intensité des liens dont il se prévaut. Enfin, s'il fait état de la présence de sa mère sur le territoire, il n'établit pas davantage la réalité de l'intensité de la relation familiale qui les unit, compte tenu, en particulier, de leur éloignement géographique, le requérant résidant à Toulouse alors que sa mère habite à Nice. Par conséquent, M. A B n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de délivrance de titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

11. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

12. En troisième lieu, pour les motifs énoncés au point 9 du présent jugement et dès lors que M. A B a vécu en Tunisie jusqu'à l'âge de trente ans, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision lui accordant un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. En second lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, ainsi qu'il a été dit, M. A B n'établit pas l'intensité de la relation qu'il entretient avec sa femme. A cet égard, la circonstance que son épouse soit en situation de handicap ne justifie pas à elle seule de lui accorder un délai de départ volontaire supérieure à trente jours alors que le requérant ne démontre pas que sa présence à ses côtés serait nécessaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Au surplus, contrairement à ce que soutient M. A B, la décision attaquée n'indique pas que la cellule familiale a vocation à se recréer en Tunisie, pays d'origine commun. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

16. En second lieu, pour les motifs énoncés aux points 9 et 12 du présent jugement, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à D A B, à Me Barbot-Lafitte et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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