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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402355

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402355

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant que l'arrêté était signé par une autorité bénéficiant d'une délégation régulière et qu'il était suffisamment motivé en droit et en fait. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A, sans qu'il soit statué sur le fond des autres moyens soulevés (erreur de droit, violation de l'article 8 de la CESDH ou de l'intérêt supérieur de l'enfant). Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration (articles L. 211-2 et L. 211-5) et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024 et un mémoire, enregistré le 11 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Saihi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au même préfet de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 10 de l'accord franco-tunisien et de l'article L. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire et qu'il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'absence de menace à l'ordre public et des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de renvoi :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- l'accord-cadre franco-tunisien du 28 avril 2008 relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clen a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 16 juillet 1992, déclare être entré en France le 11 février 2011. Il a reconnu le 12 février 2016 être le père d'un enfant français, Iris Couffignal, née le 23 avril 2016. Il a bénéficié à ce titre d'une carte de séjour temporaire régulièrement renouvelée jusqu'au 5 décembre 2020. Le 13 janvier 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de père d'un enfant français. Par un arrêté du 5 mars 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, l'acte attaqué a été signé par Mme C D, directrice des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait aux termes de l'arrêté du 12 janvier 2024, publié le 15 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation du préfet de la Haute-Garonne en matière de police des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, notamment sa situation personnelle et familiale. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code dispose que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Lorsque l'administration oppose à un étranger le motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

7. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, M. A a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Foix du 11 janvier 2021 à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence aggravée suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, par conjoint, concubin ou partenaire lié à une victime par un pacte civil de solidarité et que, d'autre part, le requérant a été condamné, par un jugement du même tribunal correctionnel du 19 novembre 2021 à une peine d'un an et trois mois d'emprisonnement pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à une victime par un pacte civil de solidarité et vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, de sorte que sa présence en France constitue une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. Le cumul des peines d'emprisonnement auxquelles l'intéressé a été condamné s'élève ainsi à près de 2 ans. Dans ces conditions, eu égard à la nature des faits de violence sur personne à l'origine de ces condamnations, à leur caractère répété et à leur gravité, le préfet a pu légalement estimer que son comportement constituait une menace pour l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de parent d'un enfant français. Il y a lieu, dès lors, d'écarter les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision contestée.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A se prévaut de la présence de sa compagne de nationalité française et de son enfant français mineur sur le territoire national. Il fait valoir qu'il est père d'une enfant, née le 23 avril 2016 et donc âgée de sept ans à la date de la décision contestée, ainsi que de sa présence en France depuis le 11 février 2011, selon ses déclarations, et des circonstances que si le couple s'est séparé au mois de février 2016, il s'est reformé au mois d'avril 2021 et partage un logement à Valady avec leur fille. Par ailleurs, le requérant produit le témoignage du 22 avril 2022 d'une institutrice d'Onet-le-Château attestant que M. A vient chercher sa fille à l'école et est présent lors des différentes réunions scolaires, trois attestations du 22 avril 2024 ainsi qu'une attestation du 20 avril 2024 d'un entraîneur de basket de sa fille certifiant qu'il est présent aux évènements du club de cette commune de l'Aveyron. Toutefois, il ressort des termes de sa demande de titre de séjour du 29 août 2022, que le requérant indique qu'il habite à Toulouse et qu'il est célibataire. Par ailleurs, il ne justifie pas de liens anciens, intenses et stables sur le territoire français par la production de photographies non datées, ni de sa participation effective à l'entretien et à l'éducation de sa fille par la production de relevés bancaires attestant de versements à la mère de son enfant effectués en août 2023, octobre 2023 et décembre 2023 ainsi que durant le premier trimestre 2024. Il produit également des documents attestant des travaux qu'il effectue en qualité d'auto-entrepreneur ainsi qu'une attestation du 25 avril 2024 d'un artisan d'Onet-le-Château certifiant collaborer avec l'intéressé pour des travaux de sous-traitance. Toutefois, ces attestations, qui sont pour la plupart postérieures à la date de l'arrêté attaqué, ne démontrent pas la fréquence et l'intensité des relations existantes entre l'enfant et son père. Dans ces conditions, les éléments produits ne suffisent pas à établir que M. A contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance, ni depuis au moins deux ans à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, M. A, qui n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent ses parents, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porte à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

11. Eu égard à ce qui a été dit au point 9 ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant refus de titre de séjour prise à l'encontre de M. A serait de nature à affecter l'intérêt supérieur de son enfant, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait dépourvue de base légale doit être écarté.

13.Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur d'appréciation, qu'elle méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet de la Haute-Garonne du 5 mars 2024.

Sur les conclusions relatives à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Saihi la somme réclamée en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Saihi et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lejeune, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le Président- rapporteur,

H. CLEN

L'assesseur le plus ancien,

L. QUESSETTE La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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