mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2402428 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 avril 2024, M. B D, représenté par Me Jay, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au département du Tarn d'organiser son accueil provisoire d'urgence par le service de l'aide sociale à l'enfance, sans délai à compter de la notification de la décision, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.
Il soutient que :
s'agissant de l'urgence :
-la condition d'urgence est remplie dès lors que, suite au refus du département d'assurer sa prise en charge, il est en errance, sans logis, isolé sur le territoire français où il ne dispose d'aucune attache familiale, sans ressources, caractérisant une situation de danger pour sa santé, sa sécurité et sa moralité ;
s'agissant de l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
-la décision de refus attaquée viole les dispositions de l'article 11 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;
-elle méconnaît les stipulations des articles 3, 6, 19 et 20 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
-elle méconnaît le droit à l'hébergement d'urgence ;
-il n'a pas fait l'objet d'une évaluation par les services de l'aide sociale à l'enfance et du DDAEOMI, le relevé d'empreinte ne saurait constituer à lui seul un élément capable d'écarter avec certitude la minorité ;
-l'absence de mise à l'abri porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale de protection et de soins de l'enfant ainsi qu'au droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants affirmé à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2024, le département du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le requérant s'est abstenu de toute contestation de la décision en cause avant le 23 avril 2024 ;
-l'intéressé a effectivement bénéficié, ainsi que la loi le prescrit, d'un accueil provisoire d'urgence le temps de l'évaluation de sa minorité et ne pouvait plus prétendre à ce dispositif une fois sa majorité établie ;
-M. D n'établissant pas sérieusement sa minorité par les éléments qu'il a produits, il n'est porté atteinte à aucun droit fondamental.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2024, en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :
-le rapport de M. C,
-les observations de Me Jay, représentant M. D, qui a repris ses écritures,
-et les observations de Mme A, représentant le département du Tarn, qui a repris ses écritures et qui, au vu des arguments développés s'agissant de l'incertitude qui subsiste concernant l'âge réel de M. D, a déclaré qu'il y a lieu d'abroger la décision contestée et de reprendre l'intéressé sur le dispositif d'accueil provisoire d'urgence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Lors de l'audience publique, la représentante du président du conseil départemental du Tarn a déclaré qu'il y a lieu d'abroger la décision du 27 février 2024 portant refus de prise en charge. Cette décision ayant ainsi cessé de produire des effets à la date de la présente ordonnance, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. D tendant à ce que le juge des référés enjoigne au département du Tarn d'organiser son accueil provisoire d'urgence par le service de l'aide sociale à l'enfance.
Sur les frais liés au litige :
4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
5. M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son conseil peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au bénéfice de Me Jay, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. D est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. D tendant à ce que le juge des référés enjoigne au département du Tarn d'organiser son accueil provisoire d'urgence par le service de l'aide sociale à l'enfance.
Article 3 : l'Etat versera à Me Jay au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 une somme de 500 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, au département du Tarn et à Me Jay.
Fait à Toulouse, le 24 avril 2024.
Le juge des référés,
B. C
La greffière,
S. GUERIN
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
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