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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402459

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402459

jeudi 17 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPINSON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 22 mars 2024 lui refusant un titre de séjour "salarié", retirant sa carte "saisonnier" et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la signataire de l'arrêté bénéficiant d'une délégation régulière. Il a jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur en opposant à M. B l'absence de visa de long séjour, condition requise par l'article L. 412-1 du CESEDA pour un changement de statut, et que la détention d'une carte "saisonnier" ne dispensait pas de cette formalité. La solution s'appuie sur l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2024, M. A B, représenté par Me Pinson demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 du préfet de la Haute-Garonne portant refus de titre de séjour, retrait de son titre de séjour portant la mention " saisonnier ", obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne pouvait lui opposer l'absence de démonstration de l'impossibilité de recourir à la procédure légale d'introduction depuis son pays d'origine sans avoir sollicité d'information préalable sur ce point ;

- il aurait dû être dispensé de la condition de visa de long séjour dès lors qu'il était titulaire d'une carte de séjour portant la mention " saisonnier " et avait sollicité un changement de statut ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par décision du 17 juillet 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.

Par ordonnance du 6 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lequeux, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 29 septembre 1989, est entré en France le 26 février 2022 sous couvert d'un passeport muni d'un visa de long séjour portant la mention " saisonnier " valable du 3 février 2022 au 4 mai 2022 et bénéficiait d'une carte de séjour pluriannuelle en cette qualité valable du 3 mars 2022 au 2 mars 2025. Il a sollicité le 13 décembre 2023 un changement de son statut et son admission au séjour en qualité de salarié. Par arrêté du 22 mars 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, directrice des migrations et de l'intégration qui avait reçu délégation à cet effet du préfet de la Haute-Garonne par arrêté du 12 février 2024 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles (). "

4. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 ou L. 421-13 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L.421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes enfin de l'article L. 433-6 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. Aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / () ".

6. Si, en vertu de ces dispositions, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Toutefois, l'étranger admis à séjourner en France pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier en application des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, est titulaire à ce titre non pas d'une carte de séjour temporaire mais de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, et lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engage à maintenir sa résidence habituelle. Dans ces conditions, sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an doit être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire. La délivrance de cette carte est dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la demande de changement de statut présentée par M. B, alors qu'il était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", devait être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", subordonnée à la production d'un visa de long séjour. Dès lors qu'il est constant que M. B ne disposait pas d'un tel visa, le préfet a pu légalement lui refuser la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non plus que la procédure préalable à l'édiction de sa décision de refus de titre de séjour.

8. En troisième lieu, les circonstances invoquées par M. B et tirées des difficultés de recrutement de l'entreprise désireuse de l'employer, y compris s'agissant de salariés étrangers, alors que lui-même a obtenu un visa de long séjour en 2022 lui permettant d'entrer sur le territoire français, ne permettent pas de regarder la décision de refus de titre de séjour comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En dernier lieu, dès lors qu'aucun des moyens invoqués par M. B et dirigés contre la décision de refus de titre de séjour ne sont fondés, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté attaqué seraient privées de base légale, ne peuvent, en tout état de cause, qu'être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2024. Sa requête doit donc être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Pinson et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Bouisset, première conseillère,

Mme Lequeux, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2025.

La rapporteure,

A. LEQUEUX

Le président,

P. GRIMAUDLa greffière,

M.-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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