jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2402592 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 avril 2024, M. A B, représenté par Me Bonneau, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre toute exécution qui pourrait être faite de l'arrêté pris à son encontre par le préfet de la Haute-Garonne du 17 juillet 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un formulaire de demande de titre de séjour " père d'enfant étranger malade ", sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de le placer sous récépissé de demande dans l'attente, sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 400 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
s'agissant de l'urgence :
-Il demeure en situation irrégulière sur le territoire national depuis que son recours contre l'arrêté préfectoral du 17 juillet 2023 a été rejeté par jugement du 25 octobre 2023 du tribunal administratif de Toulouse et l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre peut intervenir à tout moment sur le fondement de cet arrêté ;
s'agissant de l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
-l'exécution de la mesure d'éloignement affecte le droit à la santé de sa fille, née le 12 novembre 2023, en ce qu'elle la privera de la présence de son père à ses côtés ;
-l'état de santé de sa fille exclut qu'elle puisse également être éloignée et que toute la famille reparte en Algérie en raison du suivi médical pointu, disponible en France, dont elle bénéficie ;
-il peut se prévaloir des stipulations de l'article 6-7) de l'accord franco-algérien ;
-il peut également se prévaloir des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
-ces circonstances de fait sont postérieures à l'édiction de l'arrêté préfectoral du 17 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 24 septembre 1997 à Mostaganem (Algérie), serait selon ses déclarations entré sur le territoire français en septembre 2019 et il indique y vivre avec son épouse et leurs deux enfants, nées le 16 août 2022 et le 12 novembre 2023. Il a fait l'objet d'un arrêté en date du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par jugement du 25 octobre 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulouse a rejeté son recours formé contre cet arrêté. Par la présente requête, l'intéressé demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre toute exécution qui pourrait être faite de cet arrêté préfectoral du 17 juillet 2023.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions des articles L. 614-4, L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative. Ces procédures particulières sont exclusives de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des dispositions soit des articles L. 614-4 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit des articles L. 614-7 à L. 614-13 du même code, soit successivement des deux, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
4. En l'espèce, M. B expose que l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre aura pour effet d'affecter le droit à la santé de sa dernière fille, qui est médicalement suivie pour de graves pathologies, et que le suivi médical pointu dont celle-ci bénéficie en France fait obstacle à ce qu'elle et l'ensemble de la famille repartent en Algérie. M. B précise que la naissance de cette enfant est postérieure au jugement du 25 octobre 2023 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulouse a rejeté son recours formé contre l'arrêté préfectoral du 19 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français et que cette circonstance de fait nouvelle le rend recevable à saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Toutefois, l'intéressé se borne à produire dans la présente instance un certificat médical établi par un médecin traitant daté du 15 avril 2024 indiquant seulement que l'enfant est " suivie au cabinet pour pathologie chronique ", sans aucune autre précision. Par ailleurs, M. B n'apporte dans l'instance aucune information concernant la situation administrative de son épouse. Il n'apparaît ainsi nullement ni que la présence de M. B auprès de cet enfant, en France, serait une nécessité absolue, ni qu'existerait un obstacle, notamment en raison de l'état de santé de cette enfant, à ce que l'ensemble de la famille retourne en Algérie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que, depuis ce jugement du 25 octobre 2023, sont intervenus des changements dans les circonstances de droit ou de fait tels que les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse emportent des effets qui excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution et qu'ainsi soit survenu un élément nouveau de nature à rendre recevables ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du même code de justice administrative, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Bonneau.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 2 mai 2024.
Le juge des référés,
B. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
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