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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402750

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402750

mercredi 22 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCellule juge unique
Avocat requérantDURAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de Mme A... contestant la décision de la commission de médiation de la Haute-Garonne du 5 mars 2024, qui avait refusé son hébergement. Le tribunal a jugé que la décision attaquée était suffisamment motivée et que la commission avait bien examiné la situation particulière de la requérante. Les moyens soulevés, notamment l'irrégularité de la délibération et l'erreur manifeste d'appréciation, ont été écartés comme non fondés. La solution s'appuie sur les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que sur les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2024, Mme C... A..., représentée par Me Durand, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler la décision du 5 mars 2024 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Garonne a rejeté son recours amiable en vue de l’obtention d’un hébergement ;

3°) d’enjoindre à la commission de médiation de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre les entiers dépens de l’instance à la charge de l’Etat ainsi qu’une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du second alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, et à lui verser directement dans l’hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale ;

Elle soutient que :
- la délibération est irrégulière dès lors que le préfet n’établit pas qu’elle a été rendue conformément aux dispositions de l’article L. 441-2-3 et de l’article R. 441-13 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’erreur de droit faute d’examen de sa situation particulière ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et d’un défaut d’examen particulier de sa situation s’est fondée sur des critères étrangers à ceux posés par l’article R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2024.

Vu :
- l’ordonnance du 14 février 2023 du tribunal administratif de Nîmes ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme B..., les parties n’étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience en application des dispositions de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., qui désire bénéficier d’un hébergement, d’un logement de transition, d’un logement-foyer ou d’une résidence hôtelière à vocation sociale, a présenté un recours devant la commission de médiation de la Haute-Garonne le 19 janvier 2024 sur le fondement du III de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 5 mars 2024, dont Mme A... demande l’annulation, la commission de médiation a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2024. Il n’y a pas lieu, par suite, de statuer sur ces conclusions.




Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. En premier lieu, la partie requérante qui invoque l’irrégularité de la séance du 5 mars 2024 de la commission au cours de laquelle sa demande a été examinée au motif qu’en l’absence de communication de procès-verbal, pièce communiquée en défense, n’assortit ce moyen d’aucune précision permettant d’en apprécier le bien-fondé.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne le fondement légal sur lequel elle repose ainsi que les motifs de fait ayant conduit la commission à rejeter le recours gracieux des intéressés. Elle est par suite suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211- 2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et le moyen tiré de l’insuffisance de sa motivation doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que la commission de médiation a examiné la situation particulière de Mme A.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dispose que : « Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l’article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n'est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ». L’article L. 441-2-3 du même code prévoit, à cette fin, que, dans chaque département, une ou plusieurs commissions de médiation sont créées auprès du représentant de l’Etat dans le département. Aux termes du III de cet article : « La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l’accueil dans une structure d’hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n’a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l’article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l’accueil dans une structure d’hébergement. »

7. Il résulte des dispositions citées ci-dessus, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé l’adoption de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, dont elles sont issues, que la reconnaissance du droit à un hébergement par une décision d’une commission de médiation doit constituer, pour les demandeurs qui en bénéficient, une étape vers l’accès à un logement autonome. Il résulte également de ces dispositions que si le droit à un logement décent et indépendant ou, le cas échéant, à un hébergement, est en principe ouvert aux seules personnes qui résident sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, elles ouvrent néanmoins à la commission de médiation la possibilité de faire droit à la demande présentant un caractère prioritaire et urgent d’une personne qui ne remplit pas ces conditions de résidence régulière, mais uniquement par un accueil dans une structure d’hébergement. Toutefois, les ressortissants étrangers qui font l’objet d’une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d’asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l’article L. 542-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne peuvent prétendre à un accueil dans une structure d’hébergement, sauf circonstances exceptionnelles le justifiant.

8. D’une part, il ressort en l’espèce des pièces du dossier que la demande d’asile Mme A... a été rejetée et qu’elle a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, dont le recours a été rejeté par le tribunal. Il résulte dès lors des règles rappelées au point 6 du présent jugement que Mme A... n’est pas fondée à soutenir que la commission de médiation a commis une erreur de droit ou de fait en se fondant sur sa situation administrative au regard du droit au séjour pour rejeter son recours gracieux.

9. D’autre part, il résulte des règles rappelées au point 7 du présent jugement que, dès lors que la reconnaissance du droit à un hébergement par une décision d’une commission de médiation doit constituer, pour les demandeurs qui en bénéficient, une étape vers l’accès à un logement autonome, il est possible pour la commission de médiation d’examiner les garanties d’insertion présentées par le demandeur afin de déterminer s’il est en mesure d’acquitter les charges de tous ordres liées à l’occupation d’un tel logement. Le moyen d’erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

10. Pour solliciter l’annulation de la décision de la commission de médiation, Mme A... fait valoir que sa famille, constituée de son époux et de leurs deux enfants mineurs est dépourvue de logement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu’à la date de la décision attaquée elle se trouvait en situation irrégulière et ne faisait état d’aucune qualification ou autre perspective d’insertion, étant par ailleurs dépourvu d’emploi et de revenu, de telle sorte qu’elle ne présentait pas de garanties d’insertion ainsi que l’a relevé la commission de médiation. Si elle soutient qu’elle se trouve dans une situation précaire, cette circonstance ne suffit pas à caractériser l’urgence d’une solution d’hébergement au regard des pièces communiquées au tribunal. Il en résulte que Mme A... n’est pas fondée à soutenir que la commission de médiation aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de déclarer sa demande comme prioritaire et urgente, ni qu’elle a commis une erreur de droit.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision de la commission de médiation du 5 mars 2024. Sa requête doit donc être rejetée, y compris en ce qui concerne ses conclusions à fin d’injonction, celles tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission, à titre provisoire, à l’aide juridictionnelle de Mme A....

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A... à Me Durand et à la ministre chargée du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2025.


La présidente,



Fabienne B...
La greffière,



Karina Mellas




La République mande et ordonne à la ministre chargée du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.



Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

























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