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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403073

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403073

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, Mme D A, représentée par Me Galinon, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du préfet de la Haute-Garonne du 18 décembre 2023 portant refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2° 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

-l'urgence est présumée satisfaite dans l'hypothèse, comme en l'espèce, d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;

-en outre, la décision litigieuse a une incidence immédiate sur sa situation personnelle dans la mesure où elle a pour effet de lui faire perdre notamment le bénéfice du revenu de solidarité active ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 23 novembre 2023 a été régulièrement émis dans les conditions fixées à l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le rapport médical en date du 11 novembre 2023 a été régulièrement dressé, soit conformément aux dispositions de l'article R. 425-12 ;

-l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 23 novembre 2023 n'a pas été établi conformément à la réglementation dès lors qu'il ne précise pas si l'étranger a été, ou non, convoqué par le médecin ou par le collège, ni si des examens complémentaires ont été, ou non, demandés enfin si l'intéressé a été conduit, ou non, à justifier de son identité ;

-la décision en cause est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

-la présomption d'urgence ne peut être retenue en l'espèce dès lors, d'une part, que la présence en France est uniquement motivée par l'état de santé de la requérante et que cet état de santé n'impose plus la poursuite des soins en France, d'autre part, que la décision contestée n'emporte aucune incidence sur la poursuite des soins pour le temps durant lequel l'intéressée s'y maintient ;

-la décision contestée ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'argument tiré de la situation sécuritaire en Haïti n'étant notamment pas de nature à démontrer à lui seul que les médecins de l'OFII se seraient mépris en indiquant que les soins requis par l'état de santé de Mme A sont effectivement disponibles en Haïti ;

-et qu'aucun des autres moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

Afin de compléter l'instruction, le tribunal a demandé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), par lettre du 24 mai 2024, de produire l'entier dossier médical de Mme A ainsi que tous éléments concernant l'accessibilité en Haïti du traitement que son état de santé requiert.

Vu :

-les autres pièces du dossier, dont les pièces produites par l'OFII en réponse à la demande qui lui a été faite en date du 24 mai 2024 ;

-la requête n° 2403079 enregistrée le 23 mai 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2024, en présence de M. Subra de Bieusses, greffier d'audience :

-le rapport de M. B,

-les observations de Me Galinon, représentant Mme A, qui a repris ses écritures, en insistant particulièrement sur les graves difficultés d'accessibilité du traitement requis,

-et les observations de M. C, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui a repris ses écritures en soulignant notamment le fait que la décision contestée a été édictée antérieurement aux troubles ayant débuté en Haïti au mois de février 2024 et en relevant également la chronicité des graves désordres qui affectent ce pays.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme A.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, le refus opposé par le préfet de la Haute-Garonne à la demande présentée par Mme A tendant au renouvellement de son titre de séjour confère à cette dernière le bénéfice de la présomption d'urgence devant le juge des référés, peu important que ce titre de séjour ait été précédemment délivré en raison de son état de santé et que l'intéressée ne pouvait ainsi prétendre à une quelconque garantie de renouvellement, ni même que la décision contestée n'emporterait aucune incidence sur la poursuite des soins que son état de santé requiert. La condition tenant à l'urgence doit donc être regardée comme satisfaite, sans qu'aucun intérêt public ne s'y oppose.

Sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Il ressort des pièces versées dans l'instance que Mme A, qui souffre d'un diabète de type 2, bénéficie d'un traitement antidiabétique par voie orale (ADO) à base de Sitaglipine, molécule qui n'est pas au nombre de celles figurant sur la liste nationale des médicaments essentiels établie par le ministère de la santé publique et de la population de la République d'Haïti alors qu'elle est intolérante à la metformine, substance qui y est inscrite et qui constitue le traitement substituable. Eu égard par ailleurs aux éléments produits par l'intéressée concernant la situation socio-économique, politique et humanitaire extrêmement dégradée en Haïti, situation qui affecte notamment de manière très importante la disponibilité des médicaments, et en l'absence de toute information de la part de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en réponse à la demande qui lui a été faite dans la présente instance de produire tous éléments concernant l'accessibilité en Haïti du traitement que l'état de santé de l'intéressée requiert, le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile apparaît propre à créer, en l'état de l'instruction et dans les circonstances particulières de l'espèce, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

6. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 18 décembre 2023 du préfet de la Haute-Garonne.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme A, à titre provisoire, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Son conseil peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au bénéfice de Me Galinon, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 18 décembre 2023 du préfet de la Haute-Garonne est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Me Galinon au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 une somme de 500 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Galinon.

Fait à Toulouse, le 11 juin 2024.

Le juge des référés,

B. B

Le greffier,

F. SUBRA DE BIEUSSES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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