mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2403254 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et une pièce complémentaire, enregistrés les 31 mai et 20 septembre 2024, M. C A B, représenté par Me Debuisson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet du Tarn lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire national pour une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gigault ;
- et les observations de Me Debuisson, représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, ressortissant portugais né le 26 septembre 1971 à Guimaraes (Portugal), a été condamné le 8 mars 2023 à une peine de huit ans de réclusion criminelle par la Cour d'assises du Tarn, puis a fait l'objet d'une détention à domicile sous surveillance électronique. Par un arrêté du 24 mai 2024, le préfet du Tarn lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Tarn a donné à M. Sébastien Simoes, secrétaire général de la préfecture du Tarn, délégation à l'effet de signer tous les arrêtés et documents administratifs ainsi que toutes les décisions, mesures et correspondances courantes établies en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 251-1, mais également la situation pénale du requérant, en ce compris les modalités d'exécution de sa peine et la nature des faits pour lesquels il a été condamné, comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, dès lors que l'autorité préfectorale n'est pas tenue de reprendre l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, la circonstance que le préfet du Tarn n'ait pas mentionné le parcours de l'intéressé et sa situation depuis son aménagement de peine, n'est pas de nature à caractériser une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. M. A B déclare, sans en justifier, être entré sur le territoire français en 1998. Il a été condamné le 8 mars 2023 par la Cour d'assises du Tarn pour des faits de viol sur conjoint et agression sexuelle incestueuse sur mineur de quinze ans à une peine de huit ans d'emprisonnement. La Cour a en outre prononcé à son encontre une obligation de se soumettre à un suivi socio-judiciaire pendant cinq ans. Il produit une attestation de son épouse du 11 septembre 2024, dans laquelle elle exprime la peine qu'engendre pour elle la séparation d'avec son époux ainsi que son souhait de réintégrer le domicile conjugal. Il justifie par ailleurs être propriétaire de son logement et occuper depuis le 19 février 2024 un emploi d'ouvrier professionnel dans le cadre d'un contrat de travail à durée déterminée dont le terme est imprécis. Toutefois, au regard de la gravité et du caractère récent des faits pour lesquels M. A B a été condamné et est encore en train d'exécuter sa peine, c'est à bon droit que le préfet du Tarn a retenu que sa présence en France est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société Française. La circonstance que le requérant doive rester à disposition de l'autorité judiciaire pour exécuter les peines qui ont été prononcées à son encontre, si elle fait obstacle à la mise en œuvre de la mesure d'éloignement, est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Dès lors, les décisions litigieuses prises à l'encontre de M. A B n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises et n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A B aux fins d'annulation de l'arrêté du 25 mai 2024 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A B la somme qu'il réclame en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, où siégeaient :
- Mme Arquié, présidente,
- Mme Gigault, première conseillère,
- M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
La rapporteure,
S. GIGAULT
La présidente,
C. ARQUIE
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°2403254
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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