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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403264

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403264

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2024, M. A C B, représenté par Me Pinson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Tarn du 14 mai 2024 portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'une incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas reconnu que son comportement constituait une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier daté du 19 septembre 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, qu'il était susceptible de prononcer d'office une injonction tendant au réexamen de la situation du requérant.

Vu les autres pièces de la procédure.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gigault a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant russe né le 25 octobre 1982 à Grozny (Russie), déclare être entré en France le 27 mai 2003 muni d'un passeport russe. Sa qualité de réfugié ayant été reconnue par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, il a bénéficié à compter du 21 janvier 2004 d'une carte de résident régulièrement renouvelée jusqu'au 21 janvier 2014 pour une période de dix ans. Par une décision du 17 novembre 2015, confirmée par une décision du 10 janvier 2023 de la Cour nationale du droit d'asile devenue définitive, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, a retiré à M. B son statut de réfugié. Le 2 décembre 2023, M. B a sollicité un titre de séjour en qualité de conjoint de réfugié. Par un arrêté en date du 14 mai 2024, le préfet du Tarn a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. Le préfet du Tarn a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B au motif qu'il a été mis en cause à de multiples reprises pour des faits constituant une menace grave et répétée à l'ordre public, dès lors qu'il a été placé en détention provisoire le 13 février 2015 pour des faits d'association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme et de financement d'entreprise terroriste. Toutefois, il ressort de l'ordonnance de non-lieu du 2 septembre 2022 de la vice-présidente chargée de l'instruction du tribunal judiciaire de Paris, que si le requérant a été mis en examen pour les faits évoqués ci-dessus, il n'a pas été possible d'établir qu'il aurait effectivement rejoint un groupe de combattants affilié au djihad lors de ses voyages en Syrie en 2013, ni de rattacher ses activités en Syrie avec celles d'un groupe terroriste, ni d'établir que les fonds qu'il avait collectés avaient pour destination des groupes terroristes situés dans ce pays. Aucun des faits qui ont donné lieu au placement en détention provisoire de l'intéressé et à sa mise en examen n'a ainsi été établi et le préfet n'invoque aucune autre circonstance de nature à justifier la réalité et l'actualité de la menace pour l'ordre public que représenterait la présence de l'intéressé sur le territoire français. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet a inexactement apprécié les circonstances de l'espèce, en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour. L'illégalité de cette décision prive de base légale les décisions subséquentes portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il en résulte que l'arrêté du 14 mai 2024 doit être annulé dans l'ensemble de ses dispositions.

Sur les conséquences de l'annulation :

6. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté du 14 mai 2024 du préfet du Tarn, implique, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la situation du requérant dans un délai de deux mois suivant sa notification.

Sur les frais liés au litige :

7. Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Pinson à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Pinson une somme de 1 250 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Tarn du 14 mai 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Pinson et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégaient :

- Mme Arquié, présidente,

- Mme Gigault, première conseillère,

- M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

S. GIGAULT

La présidente,

C. ARQUIE

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,00

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