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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403270

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403270

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantKASSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2024, Mme B D, représentée par Me Kassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard en application des articles

L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, et à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens, à verser à son conseil sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de compétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 422-1 et R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai supérieur à trente jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la poursuite de ses études ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 08 août 2024, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 15 mai 2024, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Niger relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Niamey le 24 juin 1994, et le décret n° 97-868 du 18 septembre 1997 en portant publication ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et de l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gigault a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante nigérienne née le 08 mars 1999 à Niamey (Niger), est entrée en France le 03 septembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 28 août 2019 au 28 août 2020. A compter du

29 août 2020, elle s'est vue délivrer une carte de séjour pluriannuelle régulièrement renouvelée jusqu'au 28 novembre 2023. Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé la demande de renouvellement de titre de séjour déposée par Mme D, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2024 publié le 15 janvier 2024 au recueil administratif spécial n° 31-2024-018, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme C A, directrice des migrations et de l'intégration par intérim, à l'effet de signer les décisions défavorables au séjour à quelque titre que ce soit, les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet a visé les stipulations de la convention franco-nigérienne du 24 juin 1994, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de l'intéressée, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, l'arrêté mentionne la date d'entrée sur le territoire français de Mme D ainsi que les éléments de son parcours universitaire ayant conduit le préfet à considérer que les études qu'elles poursuivaient ne présentaient pas de caractère sérieux. En conséquence, l'arrêté litigieux est suffisamment motivé au regard des exigences posées par les articles L. 211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième et dernier lieu, il ressort de cette motivation que, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis de prendre en considération des éléments substantiels de la situation de l'intéressée. En conséquence, le moyen tiré de l'absence d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme D doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Niger relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Niamey le 24 juin 1994 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une inscription ou d'une préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, des moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession des moyens d'existence suffisants. ". Aux termes de l'article 12 de la même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ".

6. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-nigérienne du 24 juin 1994, il appartient à l'administration saisie d'une demande de délivrance d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études en France.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à son arrivée sur le territoire français, la requérante a d'abord été inscrite en première année commune aux études de santé, puis en licence " économie et gestion " pendant deux ans. Elle était inscrite, pour l'année universitaire 2023/2024, en première année de licence mention " électronique, énergie électrique, automatique " à l'Université Toulouse III, après avoir déjà été ajournée aux examens de cette même licence l'année précédente. Pour expliquer son absence de progression, Mme D invoque des difficultés d'installation en France, une erreur d'orientation et des difficultés liées au contexte de la crise sanitaire résultant de la pandémie liée au coronavirus, sans toutefois en justifier. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que son inscription en licence pour l'année universitaire 2023/2024 résulte d'un projet professionnel défini, ni qu'elle aurait réussi aux examens du premier semestre de cette seconde année de licence. Enfin, à supposer qu'elles soient établies, les difficultés dont fait état la requérante ne sont pas suffisantes pour justifier l'absence de diplôme ou de progression après cinq années d'étude. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire et refusant d'attribuer un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision relative au séjour, ne peut qu'être écarté.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a vécu au Niger jusqu'à l'âge de vingt ans et qu'elle ne justifie d'aucun lien ou attache particulière en France. Elle ne conteste pas être célibataire et ne pas avoir d'enfant. Par ailleurs, à considérer que l'éloignement de Mme D puisse constituer une cause d'interruption de ses études au regard de la date du présent jugement qui intervient postérieurement à l'année universitaire 2023/2024, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée ne pourrait pas, à son retour au Niger, reprendre des études en lien avec un projet professionnel construit. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la poursuite de ses études.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par

Mme D aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Kassi et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Arquié, présidente,

Mme Gigault, première conseillère,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

S. GIGAULT

La présidente,

C. ARQUIELe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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