vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2403285 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BENHAMIDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 03 juin et 19 septembre 2024, M. D A, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 du préfet de la Haute-Garonne portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français et désignant le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au visa des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la rétribution de l'Etat prévue en la matière ;
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, en ce que le préfet a considéré qu'il ne justifiait pas d'une présence en France depuis plus de dix ans ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle est entachée d'erreurs d'appréciation de sa situation personnelle et de sa situation vis-à-vis de l'emploi desquelles découle une erreur de droit ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation de sa situation personnelle et de sa situation vis-à-vis de l'emploi ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense enregistré le 08 août 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gigault ;
- et les observations de Me Benhamida représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 22 avril 1995 à Meknes (Maroc), déclare être entré en France courant décembre 2013 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " visiteur " valable du 6 décembre 2013 au 6 octobre 2014. A compter du 9 décembre 2015, il a bénéficié d'un titre séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 8 décembre 2016.
Le 24 juillet 2017, l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire pris par le préfet de la Gironde. Le 21 août 2023, M. A a déposé une nouvelle demande de titre de séjour qui a été refusée par un arrêté du 26 avril 2024 du préfet de la Haute-Garonne portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays à destination duquel il peut être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
3. L'acte attaqué a été signé par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait aux termes de l'arrêté du 12 février 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation du préfet de la
Haute-Garonne en matière de police des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 435-1, mais également le parcours personnel de l'intéressé, les perspectives d'emploi dont il se prévaut et les éléments déterminants qui ont conduit le préfet à rejeter sa demande, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle satisfait dès lors aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation avant de refuser de l'admettre au séjour. L'appréciation différente portée par l'intéressé sur sa situation ne saurait établir le défaut d'examen invoqué alors que la décision attaquée rappelle les éléments déterminants de sa situation. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
7. M. A soutient résider de façon continue sur le territoire français depuis plus de dix ans. Pour en justifier, il produit notamment ses livrets scolaires depuis la rentrée scolaire 2014, les justificatifs de ses inscriptions à l'université, diverses factures de fournisseur d'énergie, des relevés bancaires à compter de 2018, des récépissés des sommes qu'il a reçues du Maroc, une attestation relative à son engagement associatif et des attestations établies par son entourage amical. Il fournit également une licence de club d'athlétisme datée du 29 septembre 2013. Cependant, aucun de ces éléments n'est de nature à confirmer que M. A réside effectivement en France de façon continue depuis décembre 2013 comme il le soutient, mais uniquement à compter de septembre 2014. En outre, la seule circonstance qu'il disposait à cette époque d'un visa long séjour n'est pas non plus de nature à établir sa date d'entrée effective sur le territoire français. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplirait la condition de durée de séjour posée par l'article L. 435-1 suscité qui impose à l'autorité administrative de saisir la commission du titre de séjour. Le moyen doit être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'existence d'une erreur de fait.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". L'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ".
9. Portant sur la délivrance des catégories de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
10. M. A fait valoir qu'il a établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France et qu'il dispose d'une perspective sérieuse d'emploi. Toutefois, bien que l'intéressé justifie résider de façon continue sur le territoire français depuis septembre 2014, il est en situation irrégulière depuis le mois de décembre 2016 et a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. S'il justifie disposer d'un cercle amical proche, il s'abstient de produire tout élément relatif à la situation personnelle amoureuse qu'il invoque, aux liens qu'il aurait continué d'entretenir avec sa tante résidant à Mérignac (Gironde) et aux moyens de subsistance dont il a disposé depuis la fin de ses études. En outre, si la lettre adressée au préfet par l'entreprise qui a proposé de l'employer démontre le sérieux de cette offre d'emploi, ce seul élément, alors qu'il n'est pas allégué que l'emploi envisagé relèverait d'un secteur en tension, n'est pas de nature à caractériser une circonstance particulière justifiant l'admission au séjour. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreurs manifestes d'appréciation de sa situation desquelles découlerait une erreur de droit ne peut qu'être écarté.
11. En cinquième et dernier lieu, comme il a été dit au point précédent, la durée de présence en France de M. A résulte pour partie d'une présence irrégulière et il ne justifie pas de la réalité des liens personnels et familiaux qu'il invoque.
12. La circonstance qu'il dispose d'un cercle amical proche depuis plusieurs années, ne suffit pas à caractériser une vie privée et familiale d'une intensité particulière sur le territoire français. Par suite, c'est sans méconnaître les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que le préfet de la Haute-Garonne a pu refuser de l'admettre au séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision relative au séjour, ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 10, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée par rapport aux buts qu'elle poursuit, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les moyens invoqués doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. La décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 avril 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, où siégeaient :
- Mme Arquié, présidente,
- Mme Gigault, première conseillère,
- M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteureLa présidente
S. GIGAULTC. ARQUIE
Le greffier
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026