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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403326

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403326

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la requête de Mme A, ressortissante congolaise, contestant l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 25 mars 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. La requête a été jugée irrecevable pour tardiveté, car la demande d'aide juridictionnelle, déposée après l'expiration du délai de recours contentieux, n'a pas interrompu ce délai conformément à l'article 43 du décret du 28 décembre 2020. En conséquence, le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de Mme A, y compris celles relatives à l'aide juridictionnelle provisoire et aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées les 04 juin et 20 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat prévue en la matière ;

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'une incompétence de son signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte caractérisée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2014, le préfet de la Haute-Garonne conclut à l'irrecevabilité de la requête en raison de sa tardiveté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gigault ;

- et les observations de Me Benhamida représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise née le 27 juillet 1979 à Kinshasa (République démocratique du Congo), déclare être entrée en France le 29 mars 2015. A compter du 17 janvier 2020, elle a bénéficié, en raison de son état de santé, d'une carte de séjour temporaire, régulièrement renouvelée jusqu'au 3 août 2023. Le 24 juillet 2023, Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté en date du 25 mars 2024, le préfet de la

Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

3. Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 visé ci-dessus portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / 1° De la notification de la décision d'admission provisoire ; / 2° De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné.

4. Mme A a reçu notification de l'arrêté litigieux le 2 avril 2024. Le délai de recours de trente jours a ainsi commencé à courir à compter de cette date. Toutefois, la requérante justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle le 30 avril 2024, soit avant l'expiration du délai de recours. En conséquence, alors que la requête de Mme A a été introduite le

4 juin 2024, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Garonne doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

6. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. L'avis du 5 décembre 2023 rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur lequel s'est fondé le préfet de la Haute-Garonne pour rejeter la demande de titre de séjour de la requérante, relève que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Mme A indique souffrir d'un trouble bi-polaire et de stress post-traumatique. Elle produit deux certificats médicaux, l'un de son médecin traitant l'autre d'un médecin du centre hospitalier Gérard Marchant de Toulouse, selon lesquels un retour dans son pays d'origine pourrait conduire à une rupture de son suivi psychiatrique avec un risque important de rechute et risquerait de raviver les événements traumatiques qu'elle y a subi. Ces deux médecins s'accordent sur le fait que le suivi tel qu'il a été mis en place en France est un élément important de la stabilisation de son état de santé. Cependant, ces éléments ne justifient pas qu'une prise en charge identique ne puisse pas être remise en place dans le pays d'origine de l'intéressée, ni que cette dernière ne soit pas en mesure d'y adhérer, ni qu'en cas de rechute, alors qu'elle serait retournée dans son pays d'origine, elle ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge appropriée, et ne sont pas suffisant pour remettre en cause l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En second lieu, les moyens tirés d'une atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, sont inopérants pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étranger malade, qui résulte seulement d'une appréciation du caractère indispensable d'une prise en charge médicale de l'étranger et de l'impossibilité pour lui de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est mère d'une fille née le

7 août 2016 qui a été confiée à l'aide sociale à l'enfance suite à une décision du juge pour enfants du tribunal judiciaire de Toulouse du 13 décembre 2023. L'attestation établie le 28 mai 2024 par le conseil départemental de la Haute-Garonne mentionne que l'intéressée bénéficie de droits de visite et d'hébergement de sa fille, une fois par mois, et qu'elle participe financièrement à son entretien. Au regard de ces éléments, la décision litigieuse, qui aurait pour effet de séparer cette enfant de sa mère, porte atteinte à son intérêt supérieur. Dès lors, Mme A est fondée à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme A est fondée à demander l'annulation de cette décision, et par voie de conséquence, de celle fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. L'annulation prononcée par le présent jugement implique uniquement que le préfet de la Haute-Garonne réexamine la situation de l'intéressée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu en l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Sous réserve de l'admission définitive de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Benhamida renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Benhamida une somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 25 mars 2024 du préfet de la Haute-Garonne est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et qu'il fixe le pays de renvoi.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de

Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Benhamida renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Benhamida la somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, où siégeaient :

- Mme Arquié, présidente,

- Mme Gigault, première conseillère,

- M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

S. GIGAULT

La présidente,

C. ARQUIE

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2403326

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