jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2403366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | MERCIER |
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 juin 2024 et le 28 septembre 2024 sous le n°2403366, Mme A E, représentée par Me Mercier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à tout le moins, de réexaminer sa demande et sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1500 euros à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entaché d'incompétence négative, car le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- elle est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation et sur celle de son fils C ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2024, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2024.
II. - Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 juin 2024 et le 28 septembre 2024 sous le n°2403369, M. B D, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à tout le moins, de réexaminer sa demande et sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1500 euros à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entaché d'incompétence négative, car le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- elle est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation et sur celle de son fils C ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2024, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2024.
III. - Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 septembre 2024 et le 23 octobre 2024 sous le n°2405500, Mme A E, représentée par Me Mercier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au retrait de son inscription du système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ; cette décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ; elle est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ; elle est entachée d'incompétence négative, car le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ; elle est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation et sur celle de ses enfants mineurs ; elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation et sur celle de ses enfants mineurs ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît son droit au maintien sur le territoire français pendant toute la durée de la procédure d'asile et son droit au recours effectif en matière d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de situation et de ses conséquences sur sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2024 à 12h00.
IV. - Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 septembre 2024 et le 23 octobre 2024 sous le n°245501, M. B D, représenté par Me Mercier, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au retrait de son inscription du système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ; cette décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ; elle est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ; elle est entachée d'incompétence négative, car le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ; elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation et sur celle de ses enfants mineurs ; elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation et sur celle de ses enfants mineurs ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît son droit au maintien sur le territoire français pendant toute la durée de la procédure d'asile et son droit au recours effectif en matière d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de situation et de ses conséquences sur sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Fiblec ;
- les observations de Me Mercier, représentant M. D et Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme E, ressortissants géorgiens nés respectivement le
1er novembre 1975 à Kashuri (URSS) et le 2 août 1978 à Kashuri (URSS) déclarent être entrés sur le territoire français le 18 septembre 2023. Ils ont sollicité leur admission au bénéfice de l'asile le 27 septembre 2023. Le 14 novembre 2023, ils ont sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en raison de l'état de santé de leur fils mineur C. Par deux décisions du 7 mai 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leur demande. Par deux ordonnances du 16 août 2024, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ces décisions de rejet. Par deux arrêtés du 6 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de les admettre au séjour et par deux arrêtés du 6 août 2024, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et leur a interdits de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. M. D et Mme E demandent au tribunal d'annuler ces décisions.
2. Les requêtes susvisées N°s 2403366, 2403369, 2405500, 2405501 concernent les deux membres d'un même couple et présentent à juger les mêmes questions. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Par des décisions du 25 septembre 2024, postérieures à l'introduction des requêtes,
M. D et Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle des requérants présentées dans les instances n° 2405500 et 2405501 sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus d'admission au séjour :
4. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant prévoit que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
5. Il ressort des pièces des dossiers, et notamment d'un certificat médical d'un médecin pneumologue exerçant au pôle enfants du centre hospitalo-universitaire (CHU) de Toulouse, que le fils de M. E et de Mme D est porteur à l'état homozygote d'une mutation W12 82 X de la mucovisidose, forme peu répandue de cette maladie, et qu'il bénéficie d'une prise en charge médicale avec des soins quotidiens à domicile et un suivi médical hospitalier au moins tous les trois mois. Il ressort également du certificat précité que la symptomatologie respiratoire et digestive de l'enfant s'est nettement améliorée en neuf mois depuis sa prise en charge en France, notamment grâce à la kinésithérapie respiratoire et à un traitement quotidien par nébulisation de pulmozyme. Nonobstant l'avis du collège des médecins de l'OFII du 2 février 2024, il ressort des pièces des dossiers qu'outre l'absence de commercialisation de certains médicaments qui lui sont administrés en France, tels que le zithromax et le deka, l'absence de remboursement des frais de service et des traitements nécessités par son état de santé tels que la physiothérapie, la vitamine deka, les antibiotiques, l'inhalateur, les inhalations et les modulateurs génétiques et l'absence de protocole dans les hôpitaux géorgiens destiné à protéger l'enfant d'une infection bactérienne, le fils des requérants est susceptible de bénéficier prochainement sur le territoire français d'essais cliniques résultant de protocoles de recherches pour un traitement de la mutation qu'il porte, adapté à la forme rare de mucoviscidose qui l'affecte. Les décisions contestées auront ainsi pour effets de l'empêcher d'accéder à des soins constituant une prise en charge adaptée et durable de sa pathologie. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, M E et
Mme D sont fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne a porté une atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant et méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions portant obligations de quitter le territoire français :
6. Dans la mesure où un refus de titre de séjour n'est pas le fondement d'une obligation de quitter le territoire français, l'éventuelle annulation du refus de titre de séjour ne conduit pas, par elle-même, à l'annulation par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français, qui aurait pu être légalement prise en l'absence du refus de titre de séjour et n'est pas intervenue en raison de ce refus. Il en va ainsi, en principe, pour les obligations de quitter le territoire français prises sur le fondement du 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, dans le cas où serait contesté à l'occasion d'un recours dirigé contre une telle obligation un refus de titre de séjour pris concomitamment, si le juge administratif annule le refus de titre de séjour, il lui appartient, s'il est saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier, eu égard au motif qu'il retient, si l'illégalité du refus de titre de séjour justifie l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Tel est le cas notamment lorsque le motif de l'annulation implique le droit de l'intéressé à séjourner en France.
7. Il résulte des motifs explicités au point 5 du présent jugement que le motif d'annulation des refus de titre de séjour, sollicités par les requérants en qualité de parents d'enfant malade, implique l'autorisation de séjour des intéressés. Il s'ensuit que l'illégalité du refus d'admission au séjour qui leur a été opposé justifie l'annulation des obligations de quitter le territoire français prononcées à leur encontre, quand bien même elles sont également fondées sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, les moyens tirés du défaut de base légale des décisions contestées par les requérants en raison de l'illégalité du refus de séjour doivent être accueillis.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que M. D et Mme E sont fondés à demander l'annulation des décisions portant refus d'admission au séjour et des décisions portant obligation de quitter le territoire français du 6 mai et du 6 août 2024, ainsi que par voie de conséquences les décisions fixant le pays de renvoie et leur interdisant le retour pour une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
10. Eu égard à ses motifs d'annulation, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. D et Mme E, un titre de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction d'assortir cette injonction d'une astreinte.
11. En outre, le présent jugement, qui prononce l'annulation des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français en conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire, implique nécessairement que le préfet supprime le signalement aux fins de non-admission des requérants dans le système d'information Schengen. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder sans délai à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais relatifs aux litiges :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mercier, avocate des requérants, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mercier de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. D et Mme E sollicitant leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire
Article 2 Les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 6 mai 2024 et du 6 août 2024 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade à M. D et à Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission de M. D et de Mme E dans le système d'information Schengen à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : L'Etat versera à Me Mercier une somme de 1 800 (mille huit cents) euros en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que
Me Mercier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.
Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme A E, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, où siégeaient :
Mme Arquié, présidente,
M. Le Fiblec, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
Le rapporteur,
B. LE FIBLEC
La présidente,
C. ARQUIE
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
NOS2403366,2403369,2405500,240550
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026