mercredi 29 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2403484 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BIROT - RAVAUT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 juin et 25 juillet 2024, M. H D, Mme G A épouse D, Mme C D et Mme E D, représentés par Me Dalbin, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à verser à M. H D la somme totale de 3 153 186, 9 euros à titre de provision, avec intérêt au taux légal à compter du 28 mars 2024, à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices ;
2°) de condamner l'ONIAM à verser à Mme G D, Mme C D et Mme E D, les sommes respectives de 30 000, 15 000 et 15 000 euros à titre de provision, avec intérêt au taux légal à compter du 28 mars 2024, à valoir sur l'indemnisation définitive du préjudice d'affection qu'elles ont subi ;
3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il ressort du rapport d'expertise que la prise en charge de M. D a été conformé aux bonnes pratiques ; la responsabilité du CHU de Toulouse n'est donc pas en cause ;
- les conséquences de l'accident thérapeutique survenus sont donc susceptibles d'être indemnisées au titre de la solidarité nationale ;
- les dommages qu'il a subi de ce fait remplissent la condition d'anormalité et le seuil de gravité fixés par l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- ses préjudices patrimoniaux doivent être évalués comme suit :
* 2 995,45 euros au titre des dépenses de santé actuelles et des frais divers ;
* 11 630 euros au titre des frais kilométriques ;
* 68 244,95 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels ;
* 55 955,20 euros au titre des dépenses de santé futures ;
* 401 720 euros au titre de l'assistance par tierce personne avant consolidation ;
* 2 326 493,10 euros au titre du préjudice viager ;
- ses préjudices extrapatrimoniaux doivent être évalués comme suit :
* 4 290 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire total ;
* 31 858,20 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel ;
* 50 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 10 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* 110 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
* 20 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
* 20 000 euros au titre du préjudice esthétique ;
* 15 000 euros au titre de son préjudice d'agrément ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, le CHU de Toulouse, représenté par Me Cara, conclut à sa mise hors de cause.
Il fait valoir que sa responsabilité n'est pas engagée.
Par des mémoires enregistrés les 15 juillet et 6 septembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'ONIAM, représenté par Me Ravaut, conclut au rejet de la requête et à ce que l'indemnisation provisionnelle allouée à M. D soit fixée à la somme totale de 15 225 euros, soit 11 925 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 3 000 euros au titre des souffrances endurées et 300 euros au titre du préjudice esthétique.
Il soutient que :
- les conditions d'intervention de la solidarité nationale prévues à l'article L. 1142-1 II du code de la santé publique étant réunies, il ne s'est pas opposé à prendre en charge les conséquences de l'intervention chirurgicale litigieuse du 5 novembre 2018 dans le cadre amiable et a formulé plusieurs propositions indemnitaires à M. D ;
- le montant de la provision sollicitée par M. D se heurte à une contestation sérieuse ; son état n'étant pas consolidé, seuls les préjudices temporaires peuvent donner lieu à une indemnisation à titre provisionnel ; son déficit fonctionnel temporaire peut être évalué à la somme de 11 925,00 euros, sur la base d'un montant de 15,00 euros par jour de définitif fonctionnel temporaire total, déduction faire de la provision déjà réglée d'un montant de 4 806,00 euros ; les souffrances endurées peuvent être évaluées à 3 000,00 euros, déduction faite de la provision déjà réglée d'un montant de 19 000,00 euros ; le préjudice esthétique temporaire peut être évalué à 300 euros, déduction faite de la provision déjà réglée d'un montant de 500 euros ; s'agissant des autres préjudices temporaires, l'indemnisation versée le cas échéant à M. D au titre de la solidarité nationale doit être calculée après déduction des sommes versées par les organismes sociaux au titre des indemnités journalières, rente invalidité, dépenses de santé et plus généralement par tout débiteur du chef du même préjudice, cela pour éviter une double indemnisation par la solidarité nationale ; M. D est par ailleurs susceptible de percevoir ou d'avoir perçu l'Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA) ainsi qu'une aide au titre de la Prestation de Compensation du Handicap (PCH), lesquelles doivent également être prises en compte ;
- Mme G D, Mme C D et Mme E D doivent être déboutées de leur demande tendant à l'indemnisation de leur préjudice d'affection dès lors que seuls les préjudices M. D, qui n'est pas décédé, peuvent être indemnisés ;
- la provision allouée doit être ramenée à la somme de 15 225 euros ;
La requête a été transmise à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ariège, qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 23 août 2024 la clôture de l'instruction a été fixée le 23 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal par intérim Mme Cherrier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, qui souffrait d'un anévrisme de l'aorte à sa sortie du cœur et d'une anomalie de la valve aortique (bicuspidie), a subi, le 5 novembre 2018 au CHU de Rangueil, à Toulouse, une chirurgie à cœur ouvert. Cette intervention dite de " Lansac ", effectuée sous circulation extracorporelle, s'est compliquée d'une occlusion du tronc commun coronaire gauche, entraînant un infarctus étendu du myocarde avec choc cardiogénique. Il en a résulté une insuffisance cardiaque majeure ayant nécessité la mise en place d'une circulation mécanique, jusqu'à ce que l'intéressé puisse bénéficier d'une transplantation cardiaque, laquelle n'a pas eu lieu à ce jour. Dans les suites opératoires, M. D a présenté une insuffisance hépatique aigue et une insuffisance rénale consécutive à la défaillance myocardique majeure, ayant justifié l'administration de traitements appropriés, un pneumothorax gauche drainé, une fibrillation auriculaire réduite par Cordarone et une tétraparésie de réanimation, progressivement récupérée. Transféré en réanimation après l'opération, il a par la suite été transféré en réanimation polyvalente le 29 novembre 2018, puis dans le service de chirurgie cardiaque le 5 décembre 2018, suivi d'un transfert dans le service de cardiologie le 11 décembre 2018, où il est resté jusqu'au 8 janvier 2019. Après un séjour au centre de rééducation cardiaque de Beaumont de Lomagne, du 8 janvier au 4 février 2019, au cours duquel son état général a présenté une nette amélioration, avec une bonne reprise des activités sans complication rythmique ou signe d'insuffisance cardiaque décompensée, et une hospitalisation dans le service de cardiologie de Rangueil du 4 au 5 février 2019, il a pu regagner son domicile le 5 février 2019. Il a été par la suite hospitalisé à diverses reprises, pour un suivi du dispositif de Heart Mate, dans l'optique d'une transplantation cardiaque toujours envisagée, ainsi que pour divers problèmes de santé.
2. Par une demande du 9 décembre 2019, M. D a saisi la commission de conciliation et de l'indemnisation (CCI) de la région Aquitaine en application de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique. La commission a désigné le docteur B, spécialisé en chirurgie cardiovasculaire et thoracique, en qualité d'expert afin de déterminer les circonstances de survenue du dommage. Il a déposé son rapport le 7 février 2020 et conclu à un accident médical non fautif lié à l'occlusion du tronc commun coronaire gauche, ayant entrainé un infarctus étendu du myocarde et une insuffisance cardiaque massive, justifiant l'implantation d'une assistance circulatoire mécanique en attente d'une greffe. Il indique notamment que le lien de causalité entre l'intervention effectuée et la complication survenue est certain et exclusif et que l'état du requérant ne peut pas être regardé comme consolidé dès lors qu'il est en attente de greffe. La CCI, réunie le 10 septembre 2020, a retenu que le dommage de M. D était imputable à un accident médical non fautif. Après avoir précisé les préjudices qu'il convenait d'indemniser en l'état, la commission a invité l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à adresser une offre d'indemnisation à M. D. A la suite de cet avis, l'ONIAM a adressé une offre d'indemnisation transactionnelle partielle d'un montant de 35 421,66 euros, acceptée par l'intéressé. Celui-ci a de nouveau saisi la CCI, le 5 février 2023 en faisant valoir la consolidation de son état de santé. La commission a désigné le docteur F, qualifié en réparation du dommage corporel, en qualité d'expert. Il a déposé son rapport le 5 octobre 2023. Alors même qu'aucune transplantation cardiaque n'avait encore été réalisée, l'expert a considéré que l'état actuel du requérant, qui apparaissait stabilisé, pouvait être regardé comme consolidé au 22 septembre 2023, et procédé à l'évaluation du dommage. Par un avis du 7 décembre 2023, la CCI a considéré que l'état de santé de M. D ne pouvait être regardé comme consolidé dans la mesure où il était toujours en attente d'une greffe. Elle a par ailleurs adopté l'évaluation faite par l'expert des dommages en relation directe avec l'accident médical non fautif, jusqu'au 22 septembre 2023, date des opérations d'expertise, et invité l'ONIAM à adresser une offre d'indemnisation complémentaire à M. D. L'ONIAM a formulé une offre d'indemnisation complémentaire le 15 mai 2024, d'un montant de 15 225 euros, qui a été refusée par le requérant. Par la présente requête, M. D demande la condamnation de l'ONIAM au paiement de la somme totale de 3 153 186,9 euros, à valoir sur l'indemnisation de ses préjudices. Son épouse, Mme D, et ses deux filles, Mmes C et E D, demandent que l'ONIAM soit condamnée à leur verser la somme totale de 60 000 euros au titre de leur préjudice d'affectation.
Sur le droit à réparation au titre de la solidarité nationale :
3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1, soit 24%.
En ce qui concerne l'imputabilité du préjudice à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins :
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise remis à la CCI le 7 février 2020, que les complications dont M. D a été victime après l'intervention subie le 5 novembre 2018 au CHU de Toulouse-Rangueil, consistant en une reconstruction anatomique de la racine aortique avec en supplément une annuloplastie sous valvulaire externe, sont directement imputables à cette opération. Selon le rapport d'expertise et l'avis de la CCI, l'opération et les soins qui en ont découlé ont été conformes aux règles de l'art. Le rapport d'expertise précise également que cet acte de soin a entraîné un dommage notablement plus grave que celui auquel M. D été exposé en l'absence de traitement. Le dommage apparaît donc bien imputable à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins, ce que ne conteste pas l'ONIAM.
En ce qui concerne les conséquences anormales au regard de l'état antérieur de la victime :
7. Le premier expert, le Dr B, a relevé, d'une part que l'existence d'un anévrisme de l'aorte ascendante exposait M. D, à plus ou moins long terme, à une rupture de l'aorte ou à une dissection avec tamponnade et, d'autre part, que la bicuspidie dont il souffrait l'exposait à une aggravation de son insuffisance aortique, avec ses conséquences sur la dilation du ventricule gauche. Néanmoins, il résulte de l'instruction, et notamment de ce premier rapport d'expertise, que l'acte de soins litigieux a entraîné un dommage notablement plus grave que celui auquel M. D était exposé en l'absence de traitement, et que ce type d'accident revêt un caractère très rare, voire exceptionnel. Il en résulte que, malgré l'existence d'un état antérieur défavorable, les conséquences dommageables de l'accident médical non fautif dont M. D a été victime présentent un caractère anormal.
En ce qui concerne la gravité du dommage :
8. Les complications qui sont survenues ont notamment engagé le pronostic vital de M. D pendant plusieurs semaines, et entraîné des séquelles majeures. Le premier rapport d'expertise, s'il indique que l'état de santé de l'intéressé ne peut être regardé comme consolidé dès lors qu'il est toujours en attente de greffe, retient que même après transplantation cardiaque, le déficit fonctionnel permanent ne pourra être inférieur à 30 %. De ce fait, le seuil de gravité retenu par les articles L. 1142-1 et D. 1142-1 du code de la santé publique est atteint.
9. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de l'ONIAM de réparer les conséquences de l'accident médical non fautif dont M. D a été victime n'est pas sérieusement contestable dans son principe.
Sur les préjudices de M. D :
10. Il résulte du rapport d'expertise établi par le Dr B et des deux décisions de la CCI que l'état de santé de M. D n'est pas consolidé, la consolidation ne pouvant intervenir qu'après réalisation d'une greffe de cœur. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, à titre provisionnel, la réparation de l'ensemble des conséquences déjà acquises et non sérieusement contestables. Il appartiendra à M. D, s'il s'y croit fondé, de former une autre demande devant la CCI ou de solliciter une expertise devant le juge administratif pour la fixation définitive des préjudices, lorsque son état de santé pourra être regardé comme consolidé. Les deux expertises réalisées permettent d'ores et déjà d'évaluer différents préjudices en lien avec l'accident médical non fautif. La CCI a, à ce titre, invité l'ONIAM à proposer une offre d'indemnisation à M. D, puis une offre complémentaire. L'intéressé a accepté l'offre initiale, portant sur un montant de 35 421,66 euros, et refusé l'offre complémentaire, d'un montant de 15 225 euros. Il présente devant le tribunal une demande de provision d'un montant de 3 153 186,9 euros.
En ce qui concerne la demande en tant qu'elle porte sur des préjudices patrimoniaux :
S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires estimés à la date de notification de la présente ordonnance :
Quant aux frais d'assistance par tierce personne :
11. Aux termes de l'article L.1142-17 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale estime que le dommage est indemnisable au titre du II de l'article L. 1142-1, ou au titre de l'article L. 1142-1-1 l'office adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis. Cette offre indique l'évaluation retenue, le cas échéant à titre provisionnel, pour chaque chef de préjudice ainsi que le montant des indemnités qui reviennent à la victime, ou à ses ayants droit, déduction faite des prestations énumérées à l'article 29 de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 précitée, et plus généralement des indemnités de toute nature reçues ou à recevoir d'autres débiteurs du chef du même préjudice () ". En application de ces dispositions, le juge, saisi d'un litige relatif à l'indemnisation d'un dommage au titre de la solidarité nationale, s'il est conduit à évaluer le montant des indemnités ou reviennent à la victime ou à ses ayants droit, doit y procéder en déduisant du montant du préjudice total les prestations énumérées à l'article 29 de la loi du juillet 1985, et plus généralement les indemnités de toute nature reçues ou à recevoir d'autres débiteurs du chef du même préjudice. Il lui appartient en conséquence de demander à la victime ou à ses ayants droit d'indiquer, si ces informations ne ressortent pas des pièces du dossier, sa qualité d'assuré social ou d'agent public ainsi que la nature et le montant des prestations qu'elle a, le cas échéant, perçues d'un ou plusieurs des tiers payeurs énumérés à l'article 29 de la loi du 5 juillet 1985. Il entre également dans l'office du juge, s'il l'estime utile pour le règlement du litige, de diligenter des mesures d'instruction auprès des tiers-payeurs.
12. Les deux rapports d'expertise produits à l'appui de la requête font une évaluation différente du besoin en aide humaine de M. D consécutivement aux complications survenues à la suite de l'opération réalisée le 5 novembre 2018. Si le premier rapport d'expertise mentionne un besoin de 15h00 par semaine, le second rapport fixe ce besoin à 16h00 par jour, dont 2h00 actives et 14h00 de surveillance, sans toutefois préciser en quoi l'état de santé de l'intéressé nécessite une telle " surveillance ". Les besoins en aide humane du requérant ne peuvent dès lors être regardés comme fixés avec certitude, et ce d'autant qu'ils seront amenés à évoluer lorsque son état pourra être regardé comme consolidé. Il y a par ailleurs lieu de déduire de l'indemnisation due par l'ONIAM, en application du principe énoncé à l'article L. 1142-17 du code de la santé publique, les aides perçues par M. D ayant pour but de couvrir les besoins d'une aide par tierce personne des personnes en situation de handicap, s'agissant notamment de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA), qui peut être perçue à compter de l'âge de 60 ans, et de la prestation de compensation du handicap (PCH), dont l'attribution n'est soumise à aucune condition tenant à l'âge. Si les requérants soutiennent que M. D ne perçoit aucune de ces aides, ils n'ont toutefois produit aucun document ou attestation, émanant du conseil départemental ou de la maison départementale des personnes handicapées, permettant de l'établir, et ce malgré une demande en ce sens qui leur a été adressée par le tribunal le 12 décembre 2024. Dans ces conditions, et dès lors qu'il n'est pas établi que M. D ne percevrait ni l'APA, depuis le 22 novembre 2020, ni la PCH, la créance dont les requérants font état au titre de son besoin en aide humaine ne présente pas en l'état un caractère non sérieusement contestable.
Quant aux frais de santé :
13. M. D demande à être indemnisé des dépenses de santé non prises en charge par les organismes sociaux. Toutefois, il ne ressort pas du justificatif qu'il produit que les frais en cause sont en lien avec les conséquences de l'accident médical survenu le 5 novembre 2018 ni, en tout état de cause, que ces frais n'auraient pas été pris en charge par la caisse primaire d'assurance maladie et par une assurance maladie complémentaire. Par suite, il n'établit pas la réalité du préjudice dont il demande la réparation.
Quant aux pertes de gains professionnels actuels :
14. M. D produit différents documents établissant une diminution de son revenu entre l'année 2017 et les années 2019 à 2020. Il ressort toutefois de ses écritures, ainsi que de la lettre de licenciement établie par son employeur, en date du 22 juin 2020, qu'il a été placé en arrête maladie à compter du 31 juillet 2018, soit plus de trois mois avant l'intervention chirurgicale en litige. Faute de précisions sur les motifs de cet arrêt de maladie et sur sa durée prévisible en l'absence de survenance de l'accident médical du 5 novembre 2018, M. D n'établit pas de façon non sérieusement contestable que la diminution de son revenu serait en lien direct et certain avec cet accident médical. Par suite, aucune provision ne sera accordée à ce titre.
Quant aux frais de transport :
15. M. D indique avoir exposé des frais de transport pour se rendre aux deux expertises médicales réalisées par les docteurs B et F. Il convient de lui allouer la provision de 428 euros à ce titre. S'il fait valoir qu'il s'est rendu à l'audience de la CCI le 20 septembre 2020, il ne l'établit pas et ce d'autant que cette audience s'est tenue le 10 septembre 2020. Enfin, le seul document établi par le cabinet Etudia ne permet pas d'établir qu'il aurait dû se rendre à cinquante-trois reprises à la pharmacie de Saint-Girons entre le 10 janvier 2020 et le 11 mars 2024, dans le cadre des soins consécutifs à l'accident médical survenu le 5 novembre 2018.
En ce qui concerne la demande en tant qu'elle porte sur des préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires (avant consolidation) :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
16. Il résulte de l'instruction, notamment du deuxième rapport d'expertise établi par le Dr F, que M. D a subi un déficit fonctionnel temporaire total qui n'a pas été indemnisé dans le cadre de l'offre d'indemnisation initiale de l'ONIAM, du 28 au 30 mai 2020, du 29 novembre au 3 décembre 2020, les 17 et 18 juin 2021, du 14 au 17 novembre 2021, les 2 et 3 juin 2022, du 3 au 5 janvier 2023 et du 11 au 13 juin 2023, soit durant vingt-et-un jours. Le montant non sérieusement contestable de cette provision est fixé à 420 euros, sur une base forfaitaire de 20 euros par jour.
17. Il résulte également de ce même rapport d'expertise qu'en dehors de ces périodes d'hospitalisation, le requérant a subi, sur la période du 5 février 2020 au 22 septembre 2023, soit durant 1 304 jours, un déficit fonctionnel temporaire qui peut être fixé à 60 %. En l'absence d'évolution de l'état de santé de l'intéressé sur la période allant du 22 septembre 2023 au 25 juillet 2024, date du dernier mémoire des requérants, ce taux de déficit fonctionnel temporaire doit être regardé comme ayant été maintenu jusqu'à cette date. Le montant de la créance non sérieusement contestable à ce titre doit être fixé à la somme de 19 332 euros, dont il convient de déduire les 4 806 euros d'ores et déjà versés.
18. La somme restant due à M. D au titre du déficit fonctionnel temporaire doit ainsi être fixée à 14 946 euros.
Quant aux souffrances endurées à titre temporaire :
19. Les experts et la CCI ont évalué les souffrances endurées par M. D avant la consolidation de son état de santé à 6 sur 7. Vu son âge lors de sa prise en charge initiale, l'intensité des soins auxquels il est soumis depuis le 5 novembre 2018 et la probabilité de nouvelles hospitalisations, le montant de la créance non sérieusement contestable à ce titre doit être fixé à la somme de 30 000 euros, dont il convient de déduire les 19 000 euros d'ores et déjà versés. La somme restant due à M. D à ce titre doit par suite être fixée à 11 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
20. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise et des avis de la CCI, que le préjudice esthétique temporaire de M. D avant consolidation de son état de santé, constitué par les appareillages durant la phase aigüe et le port de l'appareil d'assistance circulatoire depuis lors, s'établit à 4 sur une échelle allant de 1 à 7. Le montant de la créance non sérieusement contestable à ce titre doit être fixé à la somme de 5 000 euros, dont il convient de déduire les 500 euros d'ores et déjà versés. La somme restant due à M. D à ce titre doit par suite être fixée à 4 500 euros.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents (après consolidation) :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
21. Alors même que, comme l'ont indiqué le Dr B et la CCI, l'état de santé de M. D ne pourra être regardé comme consolidé tant qu'il n'aura pas reçu de greffe du cœur, le Dr B a toutefois estimé que le déficit fonctionnel permanent de l'intéressé ne pourrait pas être inférieur à 30 %. Le montant de la créance non sérieusement contestable à ce titre doit être fixé à la somme de 40 000 euros.
Quant au préjudice esthétique permanent, au préjudice d'agrément, au préjudice d'établissement et au préjudice sexuel :
22. Ainsi qu'il a été exposé au point 10, il appartiendra à M. D de demander, s'il s'y croit fondé, l'indemnisation des préjudices temporaires qui continueraient à courir après la date de la présente ordonnance et, une fois la consolidation acquise, des préjudices permanents, qui ne sauraient être réparés à ce stade compte tenu de l'absence de consolidation. Il convient à cet égard de préciser que le préjudice d'agrément temporaire, avant consolidation, tenant à ce que M. D ne peut plus pratiquer ses activités sportives antérieures, faire de longs voyages ou participer comme il le voudrait à l'éducation de ses petits-enfants, compte tenu des contraintes liées au port d'un appareil de contrôle de l'assistance circulatoire, et le préjudice sexuel temporaire, relèvent des troubles de toute nature dans les conditions d'existence indemnisés au titre du déficit fonctionnel temporaire et n'ouvrent donc pas droit à une provision distincte.
23. Il résulte de ce qui précède que l'obligation non sérieusement contestable de l'ONIAM à l'égard de M. D s'élève à la somme globale de 70 874 euros, doit être majorée de l'intérêt au taux légal à compter du 28 mars 2024, date de la réception par l'ONIAM de la lettre du 26 mars 2024.
Sur les préjudices des victimes indirectes :
24. Aux termes de l'article L. 1142-1 II du code de la santé publique précité, lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une infection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale.
25. En prévoyant, depuis la loi du 9 août 2004, l'indemnisation au titre de la solidarité nationale des ayants droit d'une personne décédée en raison d'un accident médical, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale, les dispositions précitées ouvrent un droit à réparation aux proches de la victime, qu'ils aient ou non la qualité d'héritiers, qui entretenaient avec elle des liens étroits, dès lors qu'ils subissent du fait de son décès un préjudice direct et certain. Par ailleurs, lorsque la victime a subi avant son décès, en raison de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale, des préjudices pour lesquels elle n'a pas bénéficié d'une indemnisation, les droits qu'elle tirait des dispositions précitées sont transmis à ses héritiers en application des règles du droit successoral résultant du code civil. En revanche, lorsque la victime de l'accident médical n'est pas décédée, ces dispositions ne prévoient pas que ses proches, qu'ils aient ou non la qualité d'héritiers, puissent bénéficier d'une indemnisation en leur nom propre au titre de la solidarité nationale. Par suite, les préjudices personnels invoqués par Mmes G, C et E D, que ce soit au titre des frais de transport engagés pour rendre visite à son époux pour la première, ou au titre du préjudice d'affection pour elles trois, ne peuvent ouvrir droit à l'allocation d'une provision.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la de l'ONIAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D, et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'ONIAM est condamné à verser à M. D une somme globale de 70 874 euros, majorée de l'intérêt au taux légal à compter du 28 mars 2024, à titre de provision sur la réparation de son préjudice.
Article 2 : L'ONIAM versera à M. D une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M H D, Mme G D, Mme C D, Mme E D, au centre hospitalier universitaire de Toulouse, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affectionsiatrogèness et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ariège.
Fait à Toulouse, le 29 janvier 2025.
La juge des référés,
S. CHERRIER
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026