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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403884

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403884

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. B, qui contestait l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 22 mai 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment le défaut de motivation, le non-respect du droit d'être entendu, et l'absence de saisine de la commission du titre de séjour. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le requérant avait eu l'opportunité de présenter ses observations lors de sa demande de titre. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, en application des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, M. A C B, représenté par Me Benoit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne :

- à titre principal, de l'admettre exceptionnellement au séjour et de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît son droit à être entendu tel que garanti par la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/ CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et de l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gigault ;

- les observations de Me Benoit représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, né le 27 juillet 1979 à Andaingo (Madagascar), est entré en France le 9 juin 2004, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valide pour la période du 8 juin au 8 août 2004. Par un arrêté en date du 22 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision contestée précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet à refuser de délivrer un titre de séjour à M. B et indique à cet égard qu'il a notamment été considéré que l'ancienneté et la continuité de la présence du requérant sur le territoire français ne sont pas établies et qu'aucun élément de sa situation personnelle par rapport au projet professionnel dont il fait état ne caractérise un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer que sa demande peut faire l'objet d'un refus et qu'il pourra faire l'objet le cas échéant d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que dans le cadre de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, M. B n'aurait pas pu porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont il souhaitait se prévaloir, ni qu'il aurait été placé dans l'incapacité de faire évoluer son dossier initial de demande de titre de séjour en apportant toute information qu'il jugeait utile. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu au sens des dispositions précitées doit être écarté.

6. En troisième lieu, bien que n'étant pas tenu de faire un exposé exhaustif de tous les éléments de la situation personnelle du requérant, le préfet mentionne dans la décision attaquée sa date d'entrée sur le territoire français, la présence de ses sœurs, ressortissantes françaises, ainsi que la promesse d'embauche dont il se prévaut. La décision attaquée décrit donc de manière suffisamment détaillée l'examen de la situation personnelle de l'intéressé auquel a procédé le préfet. En conséquence, le moyen tiré de l'absence d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

7. En quatrième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

8. Pour soutenir que le préfet devait solliciter l'avis de la commission du titre de séjour, M. B avance qu'il réside habituellement en France depuis 2004. Pour en justifier, il produit notamment des attestations de son entourage familial et amical selon lesquelles il est hébergé à la même adresse depuis son arrivée en France, ainsi que divers courriers et factures à son nom et à cette même adresse. Plus particulièrement, pour les dix années précédant la date de la décision attaquée, il produit des photographies datées de 2015, 2016, 2017, 2020 et 2022 le montrant avec des membres de sa famille, un courrier de la Caisse primaire d'assurance maladie daté de février 2017, le formulaire d'ouverture de son livret A daté de mai 2018, des relevés de ce livret faisant état de retraits dans des distributeurs automatiques situés à Toulouse pour les mois de juin à décembre 2018, juillet et décembre 2019, janvier à décembre 2020, janvier à décembre 2022 et janvier à décembre 2023. Il fournit également des relevés de la Caisse primaire d'assurance maladie mentionnant des remboursements liés à une période de maladie pour les mois d'avril à juin 2019, de février et avril 2024. Il verse en outre ses relevés de vaccination réalisée dans le cadre de la pandémie liée au coronavirus pour les mois d'août et septembre 2021, ses cartes de bénéficiaire de l'aide médicale d'Etat pour les années 2019 à 2024, de même que des affiches de concerts dans lesquels il a joué dans la région Toulousaine en 2015, 2019 et 2020. Si ces éléments sont de nature à établir la présence continue et habituelle du requérant à compter de l'année 2017, soit moins de dix ans avant la date de la décision attaquée, les seuls justificatifs censés en attester pour les années 2014 et 2015 sont des photographies non-géolocalisées avec sa famille et des attestations de son entourage familial ou amical. Ces justificatifs ne sont pas suffisants pour établir la présence continue de l'intéressé sur le territoire français pour les années en question. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, doit être écarté.

9. En cinquième lieu, selon l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

10. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

11. Pour justifier l'existence de motifs exceptionnels qui auraient dû conduire le préfet de la Haute-Garonne à lui délivrer un titre de séjour, M. B soutient qu'il est présent en France de façon continue depuis au moins vingt ans, qu'il est devenu un proche aidant pour ses sœurs et leurs familles, qu'il est musicien et dispose depuis juin 2023 d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée dans une entreprise qui a renouvelé, en juin 2024, son souhait de l'employer par le biais de la mise en œuvre de la procédure légale d'introduction d'un travailleur étranger. Cependant, comme il a été dit au point 8, la présence continue de M. B sur le territoire français avant 2017 n'est pas établie. En outre, la place qu'il occupe dans sa famille et son activité de musicien ne caractérisent pas des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 précité. Enfin, M. B, n'apporte pas d'éléments justifiant d'une qualification ou d'une expérience particulière pour exercer l'emploi envisagé démontrant l'existence d'un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'admission au séjour en qualité de salarié. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. M. B est célibataire et sans enfant. Il a tenu le rôle de proche aidant vis-à-vis de ses nièces quand elles étaient enfants et est intégré dans la famille de ses sœurs comme en témoignent les différentes attestations produites. La décision en litige n'est cependant pas de nature à le contraindre à couper tout lien avec les membres de sa famille ayant vocation à rester en France et il n'est pas allégué qu'il n'aurait plus de famille résidant à Madagascar. Dans ces conditions, la décision de refus de délivrance de titre ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit à une vie privée et familiale de M. B au regard du but poursuivi.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

14. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doit être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées en ce compris les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse la somme réclamée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de la Haute Garonne.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, où siégeaient :

- Mme Arquié, présidente,

- Mme Gigault, première conseillère,

- M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

S. GIGAULT

La présidente,

C. ARQUIE

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,0

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