vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2403885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. D B, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut la mention " salarié ", et ce sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est entaché d'une incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre :
- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas fait application de l'article R. 5221-17 du code du travail ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet a retenu qu'il ne disposait ni d'une qualification ni d'une expérience particulière dans l'emploi projeté ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les articles 6-5 et 7b de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 août 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code des relations entre le public et de l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gigault a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant algérien né le 7 juin 1978 à Mostaganem (Algérie), est entré en France le 29 juillet 2015 muni d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valide jusqu'au 10 septembre 2015. Après avoir vu sa demande d'asile définitivement rejetée par une décision du 20 décembre 2016 de la Cour nationale du droit d'asile, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 18 avril 2017. Il a sollicité le 19 septembre 2018 son admission exceptionnelle au séjour, refusée par un arrêté du 5 octobre 2018 du préfet du Lot et lui faisant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par une décision du 16 avril 2019 du tribunal administratif de Toulouse. M. B a sollicité le 9 février 2023, une nouvelle fois son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 28 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation consentie par le préfet de la Haute-Garonne en matière de police des étrangers, par un arrêté du 12 février 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes applicables à la situation de M. B, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a par ailleurs indiqué qu'il considérait que la durée de présence alléguée sur le territoire français de M. B ne pouvait constituer un motif de nature à justifier la mise en œuvre de son pouvoir discrétionnaire, notamment au regard des deux précédentes obligations de quitter le territoire français non exécutées. Le préfet a également indiqué qu'il considérait que la présence d'autres membres de la famille de M. B sur le territoire français n'était pas de nature à lui conférer un droit au séjour et que l'intéressé ne rapportait pas la preuve d'une insertion particulière dans la société française. Enfin, le préfet a expliqué que la promesse d'embauche, au regard du profil de M. B, n'était pas non plus de nature à conduire à une mise en œuvre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Dans ces conditions, le préfet a bien précisé les éléments déterminants qui l'ont conduit à prendre sa décision. Ainsi, cet arrêté ne présente pas un caractère stéréotypé et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui ont permis au requérant d'en discuter librement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet a procédé à un examen complet de la situation de l'intéressé, notamment en mentionnant dans la décision attaquée sa date d'entrée sur le territoire français, l'ancienneté alléguée de résidence sur le territoire français, la présence de membres de sa famille et le rôle de proche aidant qu'il déclare occuper. Le préfet a également pris en compte la promesse d'embauche dont se prévaut le requérant. En conséquence, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.
Sur la décision de refus de titre :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. B se prévaut d'une durée de présence en France de neuf ans et de sa position d'aidant familial à l'égard de ses parents, désormais âgés et ayant des problèmes de santé. Toutefois, à supposer qu'il soit établi que M. B ait bien séjourné de façon continue en France au cours des neuf dernières années, ce séjour, irrégulier, ne résulte que du fait qu'il n'a pas déféré à deux précédentes obligations de quitter le territoire français, dont l'une a pourtant été confirmée par la juridiction administrative. Par ailleurs, si M. B dispose d'attaches familiales en France, il n'est pas pour autant dépourvu de famille en Algérie. De même, dès lors que certains autres membres de sa fratrie sont également présents sur le territoire français et qu'il n'est pas démontré que ces derniers ne pourraient pas, par eux-mêmes ou par le biais du recours à un auxiliaire de vie, s'occuper de leurs parents et de leur neveu, le rôle que M. B assume auprès de sa famille ne saurait justifier à lui seul son admission au séjour. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé ou de ses parents.
7. En deuxième lieu, ni les dispositions de l'article R. 5221-17 du code du travail, ni aucune autre disposition législative ou règlementaire, n'imposaient à l'autorité préfectorale de saisir les services régionaux du ministère chargé de l'emploi sur la demande d'autorisation de travail produite par l'intéressé à l'appui de sa demande d'admission au séjour. Le requérant, bien que disposant d'un diplôme obtenu en Algérie dans le secteur de la peinture en bâtiment, n'apporte aucun élément susceptible d'établir l'existence de difficultés de recrutement pour son employeur potentiel à la date de l'arrêté en litige. Dès lors, le préfet de la Haute-Garonne n'a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation, dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.
8. En troisième lieu, le requérant se prévaut de son certificat d'aptitude professionnelle obtenu en Algérie et de son expérience professionnelle dans son pays d'origine. Cependant, l'expérience professionnelle mentionnée au curriculum vitae produit par l'intéressé n'est confirmée par aucun élément objectif et il ne ressort pas des pièces du dossier que le diplôme dont il fait état serait reconnu par les autorités françaises. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en affirmant que M. B ne disposait pas d'une expérience particulière et significative ou d'un diplôme reconnu par les autorités françaises compétentes. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1, 3° de ce code, qui au demeurant comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, sa motivation se confondant avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 3° doit être écarté.
10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
11. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
12. La décision fixant le pays de destination vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, elle mentionne la nationalité de l'intéressé et le fait que sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile. Il ne revient pas au préfet de s'enquérir des conditions particulières d'hébergement des personnes obligées à quitter le territoire français. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'un défaut de motivation ni davantage d'un défaut d'examen complet que le préfet de la Haute-Garonne a fixé le pays à destination duquel M. B pourra être reconduit d'office.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Haute Garonne.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, où siégeaient :
- Mme Arquié, présidente,
- Mme Gigault, première conseillère,
- M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
S. GIGAULT
La présidente,
C. ARQUIE
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°24038850
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026