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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403926

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403926

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. B A, ressortissant turc, qui contestait un arrêté du préfet de la Haute-Garonne refusant son admission au séjour et prononçant une obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour d’un an. Le tribunal a jugé que l’arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et professionnelle du requérant. Il a également estimé que le préfet n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en estimant que M. A ne justifiait pas de motifs exceptionnels au sens de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et que la décision ne méconnaissait pas l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2024, M. B A, représenté par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 du préfet de la Haute-Garonne portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le pays à destination duquel il sera renvoyé et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", ou à défaut de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle et professionnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle, dont découle une erreur de droit ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 08 août 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gigault ;

- les observations de Me Ouddiz-Nakache, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 1er février 1967 à Kelkit (Turquie), est entré en France le 31 octobre 2019, muni d'un passeport turc revêtu d'un visa de court séjour valable du 18 octobre 2019 au 18 janvier 2020. Le 27 avril 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, laquelle a été rejetée par un arrêté du 7 octobre 2021 du préfet de la Haute-Garonne, portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté a été confirmé par une décision du 30 mars 2023 du tribunal administratif de Toulouse. Le 4 juillet 2023, M. A a sollicité une nouvelle fois son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 30 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il peut être reconduit d'office et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes applicables à la situation de M. A, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet indique expressément qu'il a analysé la demande de titre de l'intéressé sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a en outre expliqué qu'il considérait que l'ancienneté et la présence en France du requérant n'étaient pas établies pour les quatre années précédant la demande, et que les caractéristiques de l'emploi envisagé ne correspondaient ni à sa qualification ni à son expérience professionnelle. Il en a conclu que l'intéressé ne justifiait d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Il a enfin mentionné l'absence d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français d'octobre 2021 qui justifiait selon lui, au visa de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il ne soit pas fait droit à la demande de M. A. Le préfet a donc précisé les éléments déterminants qui l'ont conduit à refuser de délivrer un titre de séjour, à faire obligation au requérant de quitter le territoire français, à fixer le pays de renvoi et à prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, cet arrêté ne présente pas un caractère stéréotypé et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de rejeter sa demande. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet aurait omis de prendre en considération des éléments substantiels de la situation de M. A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. M. A se prévaut d'une présence continue en France ancienne de quatre ans, de la présence de son neveu et de sa compagne, ainsi que d'une recherche active d'emploi qui lui a permis d'obtenir une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée. Toutefois, le seul fait qu'il soit régulièrement entré en France le 31 octobre 2019 n'est pas de nature à confirmer qu'il y soit resté depuis cette date, et aucune autre des pièces du dossier n'établit la réalité de sa présence continue en France depuis 2019. En outre, la présence alléguée de son neveu et de sa compagne, sans qu'il ne soit établi ni même soutenu par le requérant qu'il entretiendrait des liens particuliers avec eux, n'est pas de nature à remettre en cause la décision du préfet. Enfin, si la production d'une promesse d'embauche tend à confirmer que M. A fait des efforts d'intégration en recherchant un emploi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'emploi envisagé s'inscrirait dans un projet professionnel construit en lien avec ses compétences et qualifications, alors qu'il ne justifie que d'une expérience, peu significative, de quatre mois en qualité de " chef maçon " en Turquie. Cette seule promesse d'embauche ne saurait donc caractériser un motif exceptionnel, au regard de son expérience professionnelle limitée, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour et, par suite à démontrer que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dont découlerait une erreur de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

7. En quatrième lieu, à la supposer établie, la seule présence en France d'un neveu de M. A et de sa compagne, n'est pas de nature à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, où siégeaient :

- Mme Arquié, présidente,

- Mme Gigault, première conseillère,

- M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

S. GIGAULT

La présidente,

C. ARQUIE

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°24039260

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