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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404232

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404232

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404232
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Moura, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre les effets de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 1er septembre 2022 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Vaucluse de le remettre en liberté ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros hors taxe au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il justifie d'une circonstance nouvelle depuis l'intervention de l'obligation de quitter le territoire français du 1er septembre 2022, devenue définitive, tenant à son mariage avec une ressortissante française le 15 septembre 2023 ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il est actuellement placé en rétention administrative et exposé à la mise à exécution imminente de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à son droit de mener une vie de famille normale avec son épouse, de nationalité française, avec laquelle il vit en concubinage depuis le 1er novembre 2022 et qu'il a épousée le 15 septembre 2023 ; celle-ci souffre de différentes pathologies, qui requièrent la présence de son époux à ses côtés, et met tout en œuvre pour qu'il la rejoigne ; les violences conjugales qui lui ont été reprochées se sont révélées infondées et il n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale ; entré régulièrement en France sous couvert d'un visa Schengen délivré par les autorités grecques et valable du 12 décembre 2017 au 5 janvier 2018, sa situation de conjoint d'une ressortissante française le rend éligible à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en application de l'article 6 2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de sorte que l'arrêté du 1er septembre 2022 est entaché d'illégalité ; il a déposé, le 18 septembre 2023, une demande de titre de séjour sur le fondement de ces stipulations afin de régulariser sa situation, sur laquelle le préfet n'a pas statué ; par un arrêté du 3 octobre 2023, le préfet du Vaucluse a pris une décision portant obligation de quitter le territoire, manifestant ainsi sa volonté d'abroger la précédente obligation de quitter le territoire du 1er septembre 2022 et ne peut plus, de fait, s'en prévaloir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, est entré en France au cours du mois de décembre 2017. Par un arrêté du 1er septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par un jugement du 1er décembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté le recours formé par M. B à l'encontre de cet arrêté. Par un arrêté du 8 juin 2024, le préfet du Vaucluse a placé l'intéressé en rétention administrative jusqu'au 10 juin suivant en vue de son éloignement vers l'Algérie. Par une décision du 10 juin 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse a ordonné la prolongation de la rétention pour une durée de 28 jours de M. B. Par une ordonnance du 9 juillet 2024, la période de rétention a été prolongée pour une nouvelle durée de 30 jours. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 1er septembre 2022 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'obligation de quitter le territoire français du préfet des Bouches-du-Rhône, M. B fait valoir qu'il est actuellement placé en rétention administrative et exposé à la mise à exécution imminente de la mesure d'éloignement en litige alors que son épouse, de nationalité française, souffre de plusieurs pathologies, dont la gravité requiert sa présence à ses côtés. Il ressort des termes de l'ordonnance du 11 juillet 2024 par laquelle la Cour d'appel de Toulouse a confirmé l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse, en date du 9 juillet 2024, prolongeant la durée de rétention de M. B, que le consulat d'Algérie à Marseille a été saisi en vue de la délivrance d'un laissez-passer et que les pièces nécessaires ont été transmises au consulat le 13 juin 2024. Par ailleurs, le préfet a adressé, le 25 juin 2024, une relance aux autorités consulaires, qui est restée sans réponse. Ainsi, et en l'absence de production d'éléments susceptibles d'établir que l'exécution d'office de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône portant obligation de quitter le territoire français pourrait intervenir dans un très bref délai, M. B ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La demande de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Une copie en sera adressée aux préfets des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse.

Fait à Toulouse, le 15 juillet 2024.

La juge des référés,

V. Poupineau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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