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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404309

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404309

mardi 29 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantNACIRI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la requête de Mme A épouse D, ressortissante algérienne, contestant l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 10 juin 2024 lui refusant un titre de séjour en tant que parent d'enfant malade, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. La requérante invoquait notamment un vice de procédure pour absence de saisine du collège des médecins de l'OFII, une méconnaissance du droit d'être entendu, et une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-10 du CESEDA et de l'article 6 de la convention franco-algérienne. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens, considérant que la procédure avait été régulière et que la décision n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, le tribunal a rejeté la requête de Mme A épouse D.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 juillet 2024 et le 24 octobre 2024, Mme B A épouse D, représentée par Me Naciri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de parent accompagnant un enfant malade, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme par la seule application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A épouse D soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation eu égard aux dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du 5° de l'article 6 de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de sa situation personnelle et d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de sa fille ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est contraire aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant de New-York ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter des observations ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'enfant de New-York ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 23 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A épouse D ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a produit des pièces et un mémoire en observations les 7 et 8 octobre 2024.

Mme A épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par ordonnance du 25 octobre2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 octobre 2024.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mérard, rapporteure ;

- et les observations de Me Naciri, représentant Mme A épouse D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse D, ressortissante algérienne née le 5 juin 1992, est entrée en France selon ses déclarations le 25 juin 2023 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 10 mai 2023 au 10 juillet 2023. Mme A épouse D, qui s'est maintenue sur le territoire français après l'expiration de son visa, a sollicité le 8 février 2024 son admission au séjour en qualité de parent d'enfant malade, en raison de l'état de santé de sa fille, née le 16 octobre 2019 à Oran. À la suite de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 5 avril 2024, le préfet de la Haute-Garonne, par un arrêté du 10 juin 2024, a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme A épouse D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 23 octobre 2024, Mme A épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par conséquent, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".

4. Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants une autorisation provisoire de séjour pour l'accompagnement d'un enfant malade.

5. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des stipulations précitées, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

6. Pour refuser de délivrer à Mme A épouse D le certificat de résidence demandé, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur l'avis du 5 avril 2024 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) selon lequel, si l'état de santé de sa fille, née le 16 octobre 2019, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée pouvait cependant, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que la fille de Mme A épouse D, lourdement polyhandicapée, souffre d'une paralysie cérébrale de type bilatérale dystonique GMFCS 5, avec des troubles de la déglutition, des troubles du développement et des troubles de la communication, qui l'obligent à rester en fauteuil roulant adapté et qui l'empêchent de se tenir assise ou d'être autonome. Il ressort également de ces mêmes pièces que la fille de l'intéressée fait l'objet d'un suivi multidisciplinaire et bénéficiait, au moment de la décision attaquée d'une hospitalisation de jour, à raison de deux jours par semaine, en soins médicaux de réadaptation et qu'elle bénéficiait de prises en charge rééducatives en kinésithérapie, orthoptie, orthophonie, psychomotricité ainsi que de consultations spécialisées en orthopédie traumatologique. L'hospitalisation de jour étant passée à trois jours par semaine à la rentrée 2024. Les rapports produits soulignent l'évolution positive de ce suivi multidisciplinaire et le défaut de prise en charge dont elle souffrait à son arrivée en France. Enfin, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Haute-Garonne a accordé le 24 septembre 2024, soit postérieurement à la décision attaquée, une orientation en institut médico-éducatif, en section polyhandicap. Ainsi, la prise en charge de la fille de Mme A épouse D ne se limite pas à un traitement médicamenteux et nécessite, a minima, un suivi quotidien en hôpital de jour avec une équipe pluridisciplinaire et institut médico-éducatif sur une très longue durée. Pour contester l'appréciation du collège des médecins de l'OFII, Mme A épouse D produit un rapport médical et une attestation du Docteur C, médecin algérien spécialiste en pédiatrie et neurologie pédiatrique qui souligne que la situation de la fille de la requérante est particulièrement préoccupante et qu'elle ne pourra suivre en Algérie un diagnostic étiologique précis, pourtant nécessaire et que contrairement aux éléments avancés par l'OFII par le biais de fiches MedCOI, dont aucune ne concerne un profil médical comme celui de la fille de la requérante, l'hôpital Pacha d'Alger ne dispose pas d'un service spécialisé dans la prise en charge des maladies neurologiques de l'enfant, en particulier les maladies rares comme la dystonie. Mme A épouse D verse également au dossier des articles de presse sur les difficultés de cet hôpital. Dans ces circonstances très particulières, compte tenu de ce que la continuité de la prise en charge de la fille de l'intéressée dans un cadre pluridisciplinaire fait partie intégrante du traitement approprié et alors que la requérante établit que sa prise en charge ne serait pas possible en Algérie dans des conditions appropriées, Mme A épouse D est fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le refus opposé à la demande de certificat de résidence algérien de Mme A épouse D doit être annulé et par conséquent, les décisions qui s'y attachent.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme A épouse D un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des frais que Mme A épouse D devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de son conseil, et sous réserve alors que Me Naciri renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme A épouse D.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 10 juin 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme A épouse D un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Naciri, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Naciri renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse D, à Me Naciri et au préfet de la Haute-Garonne.

Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.

La rapporteure,

B. MÉRARD

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au le préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef.

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