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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404336

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404336

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantOUDDIZ-NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, M. C D A, représenté par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;

2°) d'enjoindre au préfet la Haute-Garonne à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est constitutif d'une rupture d'égalité devant les charges publiques ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'accord franco-tunisien dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire " ;

- il a porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2024

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 23 octobre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Par une décision du 30 octobre 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Carotenuto,

- et les observations de Me Ouddiz-Nakache représentant M. A, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 14 avril 1959, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 2 janvier 2023. Par l'arrêté contesté du 25 juin 2024 dont M. A sollicite l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. La décision de refus de séjour vise les textes dont il a été fait application. Elle précise que M. A a fait a fait l'objet de plusieurs décisions de refus de séjour assorties de mesures d'éloignement en décembre 2000, mars 2005 et septembre 2011 ainsi que les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, que l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à justifier une insertion particulière dans la société française ni sa régularisation par le travail. Ainsi, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation de l'intéressé, il a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Enfin, la décision fixant le pays de destination rappelle la nationalité de M. A et précise que ce dernier n'établit pas être exposé dans son pays d'origine à des peines ou traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle du requérant, ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

5. En troisième lieu, si M. A soutient que l'arrêté attaqué serait constitutif d'une rupture d'égalité devant les charges publiques, il n'assortit, en tout état de cause, ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En quatrième lieu, M. A n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de ces stipulations. En tout état de cause, il ne démontre nullement remplir l'ensemble des conditions requises pour pouvoir bénéficier d'un tel titre, en particulier celle tenant à la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixe notamment les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien. Toutefois, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. M. A se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France et de son entrée, pour la première fois, le 5 avril 1990, soit depuis trente-quatre ans. Toutefois, et alors que plusieurs décisions de refus de séjour assorties de mesures d'éloignement ont été édictées à son encontre les 14 décembre 2000, le 1er avril 2005 et 7 septembre 2011 et qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est entré une nouvelle fois en France le 12 septembre 1999 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires compétentes, il n'établit pas avoir résidé de manière habituelle en France depuis 1990 ainsi qu'il le soutient en se bornant à produire une lettre du 17 novembre 2008 du préfet de la Haute-Garonne l'informant, s'agissant d'une précédente demande de titre de séjour, que sa demande avait été soumise à l'avis de la commission du titre de séjour qui, réunie le 17 novembre 2008, avait émis un avis favorable, une copie de son passeport délivré le 24 novembre 2021, une carte mobilité inclusion " CMI Priorité " délivrée le 25 avril 2023, un compte rendu de consultation d'un médecin cardiologue établi le 6 juin 2024, un certificat médical du 15 juillet 2024, deux avis d'impôt sur le revenu établis en 2023 au titre des revenus 2020 et 2022, lesquels ne comportent aucun revenu déclaré et une attestation d'hébergement en date du 2 juillet 2024. Ainsi, sa situation personnelle et familiale ne relève pas de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels. Par ailleurs, il ne justifie pas de son intégration sociale et professionnelle. Par suite, en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour et de faire usage de son pourvoir de régularisation, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, M. A ne peut être regardé comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors au demeurant que ses deux enfants majeurs résident en Tunisie. Dans ces conditions, et alors même que sa présence ne constituerait pas une menace pour l'ordre public et qu'il maîtrise parfaitement la langue française, il n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté contesté, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A, à Me Ouddiz-Nakache et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

La première assesseure,

N. SODDULa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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