mardi 26 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2404349 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | TERCERO |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024 sous le n° 2404349, Mme C F épouse E, représentée par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence " commerçant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter dudit jugement ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de justifier auprès d'elle ou de son conseil de l'effacement dans le système d'information Schengen de la mention de l'interdiction de retour prononcée à son encontre, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur son intégration économique et sociale qui aurait dû conduire à sa régularisation en qualité d'auto-entrepreneure ;
- le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant est méconnu ;
- l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour d'un an sur le territoire sont entachées d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme F épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juin 2024.
II. Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024 sous le n° 2404350, M. A E, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence " commerçant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter dudit jugement ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de justifier auprès de lui ou de son conseil de l'effacement dans le système d'information Schengen de la mention de l'interdiction de retour prononcée à son encontre, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur son intégration économique et sociale ; les éléments de sa vie privée et familiale couplés à la possibilité de travailler auraient dû être analysés ensemble ;
- le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant est méconnu ;
- l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour d'un an sur le territoire sont entachées d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juin 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien, né le 28 septembre 1969, est entré en France le 15 juin 2018 sous couvert d'un visa de court séjour et y a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 décembre 2018 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 29 mai 2019. Mme F épouse E a rejoint son mari sur le territoire français le 19 septembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour, avec leurs trois enfants mineurs. Par deux arrêtés pris le 21 mars 2019, le préfet de la Haute-Garonne a obligé les intéressés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, mais, par un arrêt du 14 janvier 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a prononcé l'annulation de ces arrêtés et enjoint au préfet de réexaminer leur situation dans un délai de trois mois. Le 7 juillet suivant, les époux E se sont vu remettre des dossiers de demande de réexamen. Les intéressés ont alors sollicité un titre de séjour, le premier en qualité d'étranger malade et la seconde au titre de la vie privée et familiale en qualité d'accompagnante d'étranger malade. Par deux arrêtés édictés le 4 décembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. et Mme E ont contesté ces arrêtés devant le tribunal administratif de Toulouse, lequel a rejeté leurs demandes en annulation, par un jugement du 18 mars 2022, confirmé par la cour administrative d'appel de Toulouse, par un arrêt du 21 septembre 2023. M. et Mme E ont alors sollicité leur admission exceptionnelle au séjour. Par deux arrêtés du 5 mars 2024, dont les époux E sollicitent l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté leur demande, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
2. Les requêtes n°s 2404349 et 2404350 concernant la situation d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
3. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2024, régulièrement publié le 15 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial n°31-2024-018, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés contestés doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". L'article 7 du même accord stipule : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".
5. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme E, présents en France depuis 2018, se maintiennent en situation irrégulière depuis l'expiration de leurs visas de court séjour et le rejet définitif de la demande d'asile du requérant. Les requérants ne justifient d'aucun obstacle qui s'opposerait à la reconstitution de la cellule familiale en Algérie, où ils ont vécu jusqu'en 2018. Par ailleurs, la circonstance que la fille aînée des requérants a été admise au séjour en qualité d'étudiante ne saurait suffire à caractériser un motif exceptionnel. Dans ces conditions, alors même qu'ils ont acquis la maîtrise de la langue française, en refusant leur admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché ses arrêtés d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle des requérants.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. E a présenté à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour une promesse d'embauche et une demande d'autorisation de travail pour un poste de vendeur en cosmétique, sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, le requérant ne justifie pas qu'il disposerait d'une qualification, d'une expérience particulière et significative ou d'un diplôme de nature à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir propre de régularisation en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour ce motif. Par ailleurs, si Mme F épouse E se prévaut de la création de la société " Toulouse Délices " et de l'exercice de son activité de traiteur et verse au débat des déclarations de chiffres d'affaires Urssaf relatives à son activité de commerçant pour les deuxième et troisième trimestres 2023, mentionnant un chiffre d'affaires trimestriel de 1 550 euros et 1 800 euros, ces pièces, qui ne sont pas de nature à justifier d'une intégration professionnelle particulière sur le territoire et qui, par ailleurs, n'attestent pas de ce que la requérante bénéficierait de perspectives d'insertion professionnelle sérieuses, ne permettent pas de considérer que l'intéressée ferait état d'un motif exceptionnel au regard de son expérience et de sa qualification, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, M. et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés sont entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leur situation personnelle.
8. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Les décisions contestées n'ont pas pour objet ni pour effet de séparer les requérants de leurs deux enfants nés le 14 janvier 2006 et le 23 juin 2010, ni, en tout état de cause, de séparer la fratrie, les requérants ne faisant valoir aucun obstacle à ce que les différentes scolarités poursuivies par leurs enfants se poursuivent en dehors du territoire français, alors même que leur fille aînée bénéficie d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
10. En dernier lieu, pour les motifs qui précèdent, le moyen soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et tiré, par voie d'exception, du défaut de base légale de cette décision du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour, doit être écarté. Par voie de conséquence, le moyen soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour, tiré de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français, doit également être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme E doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés aux litiges.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Mme C F épouse E, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.
La présidente-rapporteure,
S. CAROTENUTO
La première assesseure,
N. SODDULa greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°s 2404349, 2404350
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026